[VIDEO] Extrait et commentaire d’une séance avec Jazon

On parle pas mal de dressage par-ici, et je trouve que ça manquait un peu de vidéo. Bon il faut l’avouer : je suis rarement contente de ce que je vois quand j’ai la chance d’avoir quelqu’un pour me filmer. Je me rends compte de mes erreurs, et comment dire… Ça me pique les yeux. Parfois même, je m’en veux d’avoir été injuste car je constate que le poney était bloqué à cause de moi, même si c’était très subtil.

Ici, je ne suis pas particulièrement fière, mais j’aime bien ce que je vois sur Jazon. Il est calme, il a le cerveau qui crépite, en témoignent ses petites oreilles ultra mobiles et attentives, il est délié, il est mentalement ET physiquement relâché. Il est connecté.

Alors je me suis dit que j’allais faire un petit commentaire de cette détente, pour expliquer ce que je fais, ce qui va, ce qui ne va pas, etc.

Je commence toujours par un long moment de pas. Long, et surtout lent… Plus le pas est lent – et c’est valable aussi pour les autres allures – plus le cheval a le temps de poser ses pieds, de réfléchir, d’utiliser convenablement son corps. Pensez au Yoga : on ne se précipite jamais dans une pose pour la simple raison qu’il faut prendre le temps d’avoir conscience de son corps, de sentir l’équilibre se répartir, d’utiliser correctement les muscles adéquats pour travailler dans le bon sens. Si l’on veut gagner en souplesse, on prend aussi le temps de laisser les muscles s’étirer doucement.

A un moment, je relève mes mains et je les baisse d’un coup : en fait, Jazon étant le type de poney qui refuse le contact en levant fort la tête, je lui ai appris “l‘action-réaction” à la Karl. Dès qu’il a le nez perché et qu’il lâche le contact, et donc qu’il cesse de tendre son dos (parce qu’il y a un chat/un fantôme/un méchant caché dans les buissons par exemple), on met de l’inconfort par le biais des rênes en renforçant le contact vers le haut et l’avant. Cela permet d’atteindre seulement les commissures et de ne pas bloquer le cheval en tirant vers l’arrière. Ici, je ne vais pas assez vers l’avant, mais comme Jazon connaît l’exercice, je n’ai pas besoin d’en faire beaucoup, c’est juste un léger rappel à l’ordre parce qu’il y avait probablement un monstre dans le buisson. Tout de suite, il reprend le contact de lui même et donc je cède dans les mains immédiatement, pour qu’il y trouve du confort et donc qu’il comprenne le chemin à suivre. A savoir aussi : le cheval comprend aussi très vite qu’il a beaucoup d’intérêt à prendre le contact, car en se tendant par le biais du mors (ou side-pull), il étire son système ligamentaire qui permet de protéger et libérer le dos, malgré le poids du cavalier.

Vous remarquerez que mes mains suivent la bouche, je n’ai pas les mains fixées en un point. Si vous fixez vos mains (littéralement, genre on s’accroche au pommeau et on ne bouge plus), vous bloquez le balancier de l’encolure et vous créez des tensions, vous perturbez le contact. Votre cheval, naturellement, a l’encolure qui bouge au pas : adaptez-vous à sa mécanique.

Quand je tourne en quittant la piste, je demande toujours d’abord une légère flexion latérale pour apprendre au cheval 2 choses :

  • il apprend à tourner correctement dans le pli et non pas en contre-pli comme lui ferait naturellement. Pourquoi ? Parce que tourner en contre-pli, c’est un super exercice mais ça doit être demandé, pour augmenter la souplesse des épaules, par exemple, et avec un dosage bien précis pour tourner équilibré dans le contre-pli. Tourner dans le pli force le cheval à charger son épaule extérieure, et donc à tourner avec beaucoup plus d’équilibre, ce qui est évidemment intéressant en dressage.
  • il apprend à ne pas se précipiter dans le tournant dès qu’on fait une flexion. Flexion, on marche, puis on tourne. Sinon, dès qu’on ouvre la rêne, le cheval se jette dans le virage et on n’a pas tout le bénéfice du pli, qui est l’assouplissement, mais aussi l’équilibre.

La rêne extérieure se détend un petit peu à un moment : ce n’est pas “grave” mais ce n’est pas bien non plus. Je tentais probablement de récupérer le pli à gauche, mais il faut garder le contact sur la rêne externe car elle permet vraiment au cheval de trouver un repère dans son équilibre.

Une première épaule en dedans, gentillette, on commence la séance donc je lui laisse le temps de se délier (il a 18 ans le petit en plus). On voit pas très bien, mais l’angle est assez faible : il est raide, et d’ailleurs il ralentit, il relève un peu la nuque, il se concentre, bref, ça travaille, et c’est pas hyper facile. Vous constaterez qu’au moment où son corps commence à se délier, il se relâche : il abaisse l’encolure, et cède dans sa bouche. Je ne demande aucune cession de mâchoire, c’est lui tout seul qui s’est géré, je lui ai juste proposé une position pour travailler son corps.

La deuxième épaule en dedans est NETTEMENT meilleure ! On voit bien que c’est délié, il est relâché, ça semble beaucoup plus simple, il y a plus d’angle. Déjà, j’ai les hanches bien tournées dans le sens des épaules (j’oublie souvent et c’est un vrai problème car il n’est pas grand et la moindre action de mon corps se répercute fortement sur le sien), et ensuite, il reste bas, tranquille. Un défaut assez important toutefois : il vrille la nuque de temps en temps. Il essaye de “tricher” pour moins étirer son côté gauche, qui est plus court que son côté droit. Il faut faire vraiment attention à ce genre de détails, parce que le cheval ne travaille pas dans le bon sens du coup, et tout le bénéfice de l’exercice se perd. Donc je corrige gentiment en levant la rêne intérieure (ça tire, je vais pas le forcer à s’étirer non plus), et je répète, je répète, parce que c’est la seule façon d’étirer doucement et bien le muscle, pour faciliter l’exercice par la suite. Attention aussi parfois, il suffit juste de redonner un peu de mou dans la rêne extérieure et le problème se règle tout de suite.

Départ au trot, contact flottant : ici, je m’en fiche. Si le cheval trouve sa place, qu’il se tient bien, qu’on est en début de séance…

A nouveau, quelques petites corrections car Jazon est un peu distrait par divers choses, donc je lui rappelle gentiment qu’on bosse 🙂

Au trot, il cherche sa place : après mes rappels, il essaye de me prendre les rênes pour avoir le nez par terre, il remonte, il ferme la nuque, la rouvre… Pas encore très stable, il se cherche. Ici je ne veux pas l’avoir le nez par terre (la veille, on avait fait QUE ça, donc j’essaye de varier et d’avoir une attitude plus horizontale). Donc je garde ma longueur de rênes, ne l’engueule pas s’il cherche à aller plus bas que prévu (je rappelle qu’il a une tendance nez perché), juste je reste sur ma décision de le garder un peu plus horizontal.

Première épaule en dedans au trot : pas mal, étonnamment pas mal. On va encore un peu vite à mon goût.

La transition au pas est su-per (à notre petit niveau hein) : Jazon qui repasse au pas en s’étirant, c’est juste rarissime… Là il le fait vraiment en tendant le dos, c’est top.

La transition au trot est encore flottante.

Bon sur le slalom…. Hm… Je regarde par terre quoi ! Ça non plus, c’est pas bien !!!

Quelques cessions à la jambe pour mobiliser gentiment en latéral : la nuque qui vrille à nouveau, ça va un peu trop vite.

Ensuite… Vous voyez l’instant où il perche à nouveau le nez ? C’était parce qu’il sentait venir la demande de départ au galop. Donc je corrige, et le départ d’après c’est bon. De même dans l’autre sens, pas mal de corrections… On voit bien que j’ai fait des erreurs et que ce n’est pas encore du tout acquis.

Voilà pour cette petite détente 🙂

Pour plus d’infos sur ce que je cherche, une grosse fiche de lecture du livre de Gerd Heuschmann ici 🙂

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