Vendre son cheval : quand les routes se séparent

Est-ce que vendre son cheval est un tabou ? Est-ce une décision difficile pour soi, pour le cheval, ou pour les autres ? Y a-t-il trop de cavaliers et de chevaux qui ne devraient plus être ensemble et qui seraient probablement mieux chacun de leur côté ?

L’étrange vie du “couple” cavalier-cheval

Aussi étrange que cela puisse paraître, j’aime bien comparer le cheval et l’humain à un couple. Un couple un peu bizarre, tout de même, puisque l’un des deux membres, a priori, est un peu plus passif que l’autre. Comme tout couple, l’association du cavalier et du cheval est souvent “célébrée“. Si vous annoncez à votre entourage que vous acheté ce nouveau cheval, il est complètement normal qu’on vous félicite et qu’on vous souhaite beaucoup de bonheur, n’est-ce pas ?

Inversement, si vous décidez de revendre votre cheval, l’entourage vit ça comme un aveu d’échec, exactement comme lorsque deux personnes divorcent : les réactions varient de “oh, c’est si dommage” à “en même temps, peut-être que vous n’étiez pas fait l’un pour l’autre“, je me trompe ?

Le résultat, c’est qu’on rend finalement la revente de son cheval comme la séparation d’un couple : c’est triste, voire parfois un peu dramatique. Or, a priori, le couple cavalier-humain n’est quand même pas la même chose que deux adultes (de la même espèce, accessoirement) consentants décidant de s’unir ou de se séparer. Il y a quelque chose d’autre qui, parfois, n’est pas avoué par peur de sortir du politiquement correct, et moi, ça me pose problème.

Entre amour et incompatibilité : de l’usage du cheval

Ben ouais, il est là, le gros mot : comment allez-vous utiliser votre cheval ?

Je sais que, de notre temps, il faut faire attention à ce qu’on dit par rapport aux animaux, et qu’on a créé une forte culpabilité à l’idée que l’on “utilise” le cheval pour notre loisir. Or, c’est pourtant bien ce qu’on fait, et même si on le fait de la façon la plus douce, la plus respectueuse, la plus progressive et intelligente possible, nous restons des “utilisateurs” – et il n’y a aucun mal à ça de mon point de vue, du moment qu’on a l’honnêteté et la compétence de reconnaître que le cheval s’y épanouit ou non.

Lorsque vous achetez un cheval, vous devriez déjà savoir ce que vous aimez, en équitation, et si le cheval que vous achetez pourra vous le donner. Si oui, parfait. Si non, peut-être que vous l’aimerez assez pour en retirer d’autres choses et qu’il vous ouvrira vers de nouvelles disciplines – c’était mon cas avec Trifine, qui ne m’était pas destinée à l’origine et sans qui je ne serai jamais devenue pro.

Et si malgré tout, votre cheval ne vous apporte ni l’un, ni l’autre… C’est là que vous risquez d’envisager de vous en séparer. Cela peut prendre des mois avant d’en prendre même conscience. Peut-être que vous allez même vous acharner pendant des années, espérant secrètement que “ça ira mieux plus tard”. D’ailleurs, peut-être que ça ira mieux en effet ! Ou peut-être pas.

La peur du changement

Serena en liberté

J’entends souvent cet argument, lorsqu’une revente est envisagée : “j’ai peur qu’il soit moins bien traité ailleurs.” Cet argument est parfaitement compréhensible, puisqu’on a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas, et mieux vaut un mal qu’on connaît, plutôt qu’un mal qu’on ne connaît pas, pas vrai ?

Il y a également, là-dedans, une forme d’égocentrisme qui est complètement naturelle : ce cheval peut-il aller mieux sans moi ? Peut-il être plus heureux sans moi qu’avec moi ? 

Je crois que l’importance de se poser honnêtement ces questions est sous-estimée.

La première réponse que notre cerveau risque de faire émerger, c’est celle-ci : “et s’il tombait sur moins bien ?”, “et si je le revendais à une personne incompétente ?”, “et si c’était pire ?”

Et ça, c’est ce qu’on appelle la peur, notamment la peur du changement.

Apprenez à choisir de répondre : “et si c’était mieux, pour lui, et pour moi ?

La peur du regard des autres

Je terminerai l’article là-dessus : les gens réagissent de façon toujours très étrange à la revente d’un cheval. Tout le monde se permet de juger sans avoir jamais été confronté à ce genre de situation difficile. La revente d’un cheval est, comme la séparation d’un couple, considéré comme un évènement triste, et inquiétant, puisqu’on ne peut pas prédire le futur et que l’humain a une tendance naturelle à avoir peur de l’inconnu, et à préférer une situation mauvaise mais connue.

Je vois les choses différemment.

Je célèbre l’inconnu et le changement, car c’est le changement qui est à l’origine de toute amélioration d’une situation donnée. C’est aussi l’inconfort et la difficulté qui amène des choses positives, même si l’on est incapable de les voir immédiatement.

Il existe trop de cas aujourd’hui où le cheval et l’humain seraient mieux sur deux routes différentes, et par peur du changement, par peur du jugement, l’humain reste bloqué sans permettre ni à son cheval, ni à lui-même, de connaître une meilleure vie.

Trifine

Comment entamer une transition

Plusieurs options s’offrent à vous, si vous traversez une période difficile dans laquelle vous envisagez de vendre votre cheval :

  • le proposer en demi pension ou carrément en pension complète : la demi-pension a ce désavantage que vous serez deux à partager le cheval et, parfois, dans des situations où l’on envisage une séparation, on va confondre le fait de vouloir garder le contrôle avec le fait de vouloir garder le cheval. Une pension complète me semble plus intéressante, car elle simule tout à fait la situation de revente du cheval et vous permet de voir comment vous, et le cheval, réagirez.
  • le confier à un cavalier professionnel : cette option est plus coûteuse et convient souvent mieux quand on a un cheval typé sport, puisque le professionnel peut valoriser le cheval pour une revente future à des cavaliers qui conviendraient bien au niveau du cheval.
  • vous en séparer pendant un temps, et voir comment cela vous affecte : une de mes clientes avait choisi de changer son cheval d’écurie, et de le placer très loin de chez elle pendant deux mois. Il n’était pas au travail, mais bien soigné et géré quotidiennement. C’est une option qui permet surtout de tester votre capacité à laisser ce cheval vivre sa vie sans vous.

Et vous, avez-vous déjà vendu votre cheval ? Ou bien pensé à le vendre ? Comment votre entourage a réagi ? Et comment avez-vous géré toutes les émotions liées à cette situation ? Racontez-moi tout en commentaire.

One thought on “Vendre son cheval : quand les routes se séparent

  1. Salut, j’envisage de vendre mon poney Highland parce qu’il n’a pas assez de sang. MAIS c’est un LBI assez extrême (plus le manque de sang…..) et cela demande une honnêteté sans fard avec les futurs acheteurs pour que cela se passe bien pour lui.
    En même temps, si j’ai commencé l’ethologie et sa pratique c’est à cause de lui et c’est un vrai challenge.
    Bref, une décision et une démarche pas evidente. Bisous merci Bisous

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