Une petite histoire de ferrure bien-aimée

Puisque mon petit sondage Facebook n’a clairement pas DU TOUT établi de préférence nette entre l’écrit et la vidéo, et que j’avais envie de vous parler de ma petite réflexion du moment, je poursuis l’alimentation de ce truc super has-been et dépassé qu’est le blog.

Aujourd’hui, on parle de lourd, on parle polémique, on parle d’un sujet e-xce-ssi-ve-ment délicat : LES PIEDS DE PONEY. *musique dramatique*

Pourquoi les pieds des chevaux suscitent autant de drama 🧐

L’humain est fascinant, pas vrai ? Capable du pire, comme du meilleur… Capable de s’étriper et de dépenser une énergie monstre dans des débats sur des pieds de poney. On croirait que certains sauvent le monde en râpant de la corne et en soignant de la PPF (pour ceux que cet acronyme laisse pantois : pourriture profonde de fourchette – on est trendy ou on ne l’est pas).

J’avoue avoir été sérieusement intriguée par cette fameuse histoire de pieds-nus, de DRAME INTERSIDÉRAL autour de la ferrure et que j’avais même fait un stage qui m’a énormément aidée – ça me permet notamment d’être autonome sur le parage de mes chevaux. J’avais même écrit un article pas du tout du tout orienté ici, un des plus lus sur le blog pendant une longue époque.

Vous êtes prêts, vous êtes chauds les gars ?

Quand t’as un cas pathologique sauvé par une bonne ferrure comme chez Mamie

J’en ai déjà parlé ici, ma jument de trait m’a causé mes premiers cheveux blancs avec des soucis de santé à la noix bien trop compliqués. Figurez-vous, que grâce à une meilleure gestion de l’alimentation, de l’exercice et du parage, j’avais beaucoup réduit la fréquence des abcès… Ben y’en avait quand même, alors que tout était millimétré et que c’en était pesant. Oui, j’entends l’argument qu’il est nor-mal pour un cheval d’avoir des abcès, il élimine des toxines, c’est naturel… Sauf lorsque chaque abcès empêche votre cheval d’avoir une locomotion normale pendant 10 à 15 jours, voire plus car avec les compensations structurelles, il finit boiteux pendant un mois, voire plus parce que la compensation a créé un autre abcès de l’autre côté 🙄…

A un stade, on s’est regardées Trifine et moi, et on s’est dit : “Si c’est ça le naturel, mouais, chépatrop si on devrait insister.” Moi, j’ai dit pendant des mois “si si, c’est mieux le naturel”. Trifine disait “mouais, t’es sûre ?” à chaque abcès (cette jument est tellement une déesse qu’elle parle très bien français, russe et arabe, c’est comme ça).

C’est ainsi que Trifine, aka Beyoncé, cette déesse vivante, mon Bouddha à moi, m’a ENCORE sortie de ma zone de confort et de mes croyances. Ce cheval est épuisant. J’en suis arrivée à la réflexion suivante : sauvage, ma jument aurait clairement pas duré le temps d’une saison de Game of Thrones… Est-ce que vraiment, faire du 100% naturel, c’est le mieux pour elle ? Est-ce que finalement, y’a des trucs que je rejette qui sont pas si mal dans certaines circonstances ? C’est là qu’on en arrive au sujet du jour : être borné et fermé d’esprit, c’est pas folichon.

Ce qui m’intéresse, moi, humaine propriétaire de chevaux domestiqués et clairement pas “naturels” (poke Trifine, cheval génétiquement sélectionné pour les humains et pas pour être un Przewalski ), c’est que mes chevaux aillent bien. Qu’ils se sentent bien dans leur tête et dans leur corps. Et ce qui m’intéresse, bien sûr, c’est que j’ai un rôle dans l’apport de ce confort mental et physique. C’est ça, qui me fait kiffer.

Alors, après des années de patience d’une vétérinaire merveilleuse et hors pair qui insistait pour ferrer… J’ai ferré. Uniquement les antérieurs, dans un premier temps, pour voir si ça suffisait.

Quand tu découvres que tu avais de bonnes grosses œillères

Il s’est passé quoi exactement ? Déjà, j’ai méga flippé en observant le parage de préparation au fer qui n’a pas de rapport avec le parage d’un cheval pied-nu (c’est assez normal), j’ai commencé à tourner dans ma tête toutes ces informations qui tournaient et que j’avais moi-même véhiculé en disant que le fer c’était le dark side absolu force ++++++++, puis, sur demande du maréchal, j’ai fait marché Trifine une fois le taff fini.

Et là… Mon cerveau en PLS. Mais une bonne PLS. Une PLS positive, on va dire, si ça existe.

Trifine marchait HY-PER bien. Je ne l’avais pas vue marcher comme ça depuis… Ben je ne sais pas si je l’ai vue marcher comme ça. Elle avait une expression tellement apaisée, j’en revenais pas. Suite à ça, Trifine a retrouvé son corps, et honnêtement ça l’a même rendue vachement plus positive et apaisée qu’avant. Et ça dure, depuis février 2019. Bon, je sais qu’on va me sortir probablement tous les arguments que vous avez sûrement tous déjà lu et entendu : oui mais le fer réduit la sensation dans le pied, diminue la circulation sanguine, donc c’est normal que le cheval sente moins, du coup ça se peut elle fera moins attention et s’abîmera etc, etc. Honnêtement, j’entends, je comprends, car finalement, j’ai abandonné ce débat.

Je ne sais pas. J’admets, je ne sais juste pas. Ça n’est pas mon métier, je ne suis ni maréchale, ni pareuse, et je ne le serai jamais. Je ne sais juste pas, je ne me permettrai plus de me positionner sur ce débat puisque finalement, la réalité m’a rattrapée et m’a permise de me décoller des normes diffusées en masse sur Internet. Beaucoup de choses nourrissent mon idée que plus on peut laisser pieds-nus, mieux c’est. Ça n’a pas changé. Cependant, c’est le systématisme et l’absence d’observation individuelle qui a changé en moi.

Alors oui OK, Trifine est un cas “pathologique”, ceux du style “l’exception confirme la règle“. Sauf que des cas pathologiques, y’en a un gros paquet chez les chevaux. Je pense que tout pro confronté à des chevaux de sport, notamment, constatent que ceux-là n’ont pas de facilité du côté des pieds, puisque c’est pas nécessairement un facteur pris en compte dans l’élevage… Bien sûr, ils existent, et ils sont plus nombreux que ce qu’on croit, mais il y a un sacré paquet de gros cas.

Évidemment, la pratique équestre a une influence…

C’est le moment où l’on contre-balance pour rester objective un max. Évidemment, of course, la pratique équestre de chaque cheval joue un rôle énorme. Si vous avez acheté un top cheval super bien géré depuis petit, avec une génétique solide, une bonne gestion du métabolisme et des pieds, vous allez probablement pouvoir vous débrouiller comme ça sans problème. Jazon, par exemple, dresse, sautille et balade pieds-nus. D’ailleurs, je dois bien admettre qu’en balade il est quand même vite sensible sur des cailloux. Mais ça se passe très bien et je ne ressens pas du tout le besoin de le ferrer, il est super bien dans ses sabots.

In fine, ce qui compte, je crois… C’est de faire le meilleur choix pour rendre le cheval confortable. Ce que je regrette un peu, c’est de m’être laissée influencée par des trucs assez extrêmes, et d’avoir pris tardivement une décision qui a rendu son corps à ma jument.

Honnêtement, il serait facile de critiquer ceux qui alimentent ces débats. La réalité, c’est que je suis entièrement responsable de la façon dont j’ai interprété et utilisé ces informations, et que c’était mon job d’être assez mature et détachée pour faire la part des choses.

Ferrer ? Non, les méchants cavaliers ne font pas (toujours) ça pour leur plaisir personnel uniquement… Certains font ça parce qu’ils aiment partager ce plaisir avec leur coéquipier, leur meilleur pote, c’est-à-dire leur cheval. Si vous faites différemment, très bien, c’est votre choix et c’est toujours intéressant d’en discuter ouvertement – en retenant l’envie pressante de sermonner ceux qui sont dans le dark side.

C’est aussi un article pour vous inviter à ne pas rester collé à la théorie comme un chewing-gum à sa chaussure. Bien gérer un cheval, ça n’est pas cocher sa checklist du “bon” propriétaire selon les chevaliers de la morale des Internet (qui, régulièrement, n’ont pas eu beaucoup de chevaux à gérer dans leur vie… ce qui est vrai pour un cheval, peut être faux pour l’autre).

Bien gérer un cheval, c’est s’adapter à son cas individuel et être capable de sortir de sa zone de confort et de ses croyances pour lui offrir tout le confort de la vie moderne.

Que cela soit en lui enlevant, ou en lui mettant des fers.

See you next time!

 

 

10 thoughts on “Une petite histoire de ferrure bien-aimée

  1. Bonjour !

    Merci pour cet article. Farouche défendante des pieds-nus, j’ai quelques exemples autour de moi (dont le vôtre maintenant) qui m’ont ouvert les yeux depuis quelques mois sur la non-systématisation d’un process qui ne convient pas à tous les chevaux puisque, comme vous le dites très bien dans votre article, les sélections et les modifications génétiques ont fragilisé nos chevaux domestiques d’un point de vue physiologique.

    J’ai une question : est-ce qu’avant de repasser à la ferrure, vous aviez essayé les boots et si oui, qu’est-ce que ça a donné ?

    Merci et bonne journée 🙂

  2. Génial ton post. J’ai bien rigolé et merci. Je n’arrête pas de dire à mes propriétaire qu’il n’y a pas de solution miracle et qu’il faut juste écouter son cheval au lieu d’écouter ce qui se passe ou se fait à côté. Chaque cheval est différent. Il serait temps que tout le monde le comprenne.

  3. MERCI ! Ce n’est pas facile de s’ouvrir à des concepts que jusque là on réfutaient en force :p
    Mais comme pour tout ce qui concerne l’équitation et les chevaux de près ou de loin : Il y a tellement de possibilités parce qu’il y a tellement de chevaux différents, de cavaliers différents, d’activités différentes et d’environnement différent.

    Peut être que juste dans une autre région avec un écosystème différent votre jument n’aurait jamais fait d’abcès et aurait pu continuer de vivre pieds nus ?!

    Il y a des solutions qui dégrade la santé moral et physique de certains chevaux qui sur d’autres vont les améliorer ou n’auront aucun effet :/

    C’est ça qui est génial avec les chevaux rien n’est écrit et rien n’est définitif !!
    On en apprend tous les jours 😀

    J’ai une jument qui vit en Box (Paddock ou marcheur selon les jours en plus du travail quotidien) je ne peux pas la déferrer pour plusieurs raisons et ni la faire vivre totalement au pré.
    Et à côte de ça la ponette de ma soeur vit pieds nus au pré et concoure en AS Poney 2 en CCE .
    Il faut savoir écouter nos chevaux et leurs besoins qui par l’évolution de l’équitation et du sport peut varier de leurs besoins ancestraux à l’état naturel .

    Merci beaucoup pour tous vos partages et votre honnêté 😀

  4. Je viens de relire ton article sur les fers suite à l’article de ce matin. Qu’est-ce qui j’ai pu me remettre en question pour garder Undigo sans fers pendant des années et maintenant je me dis qu’on a vraiment perdu notre temps… Il n’a jamais été aussi bien que depuis qu’on ferre, et j’irai même plus loin, depuis qu’il a 4 fers. Faut peut être arrêter de se leurrer et se dire qu’effectivement, si on l’avait garder totalement au naturel et dans la nature il n’aurait pas survécu. Comme dans la vie, il n’y a pas de méthode ou de vérité universelle, on adapte à chacun et on vit bien mieux comme ça qu’en se forçant dans un moule qui ne correspond pas à la situation.

  5. Tout les chevaux peuvent marcher hyper bien avec 4 fers car cela à été creer pour les désensibiliser et les emmener à dépasser leurs limites métaboliques. Donc il ne s’agit pas d’avoir sauver ce cheval, juste d’avoir caché la douleur. Elle n’est pas guérie pour autant même si les symptomes ont disparus, les causes principales ressurgiront ailleurs. Tout dépend de se qu’on est pret a faire pour soigner son animal, vouloir arreter qu’il souffre c’est bien, lui permettre de retrouver son fonctionnement naturel est encore mieux, et il ne s’agit pas uniquement que de ces pieds. Malheureusement cela demande certains moyens, ou une grosse remise en question, car on peut être sur la bonne voie ( parage physiologique) mais ne pas encore avoir vu le vrai problème, il ne faut pas baisser les bras!

    1. Bonjour Alysson,

      Malheureusement, ce que vous dites est non seulement faux mais en plus dangereux. Non, les fers n’ont pas été créés pour désensibiliser les chevaux et dépasser leurs limites métaboliques (les fers n’interviennent pas sur le métabolisme qui est un processus interne et non influençable par des axes exogènes). Non, on ne “cache” pas une douleur, et non, les causes n’ont jamais resurgi ailleurs (ce cheval est ferré depuis longtemps maintenant), puisque les causes (et c’est expliqué dans cet article) sont régulées par une meilleure alimentation et gestion de son effort (les abcès sont dus à sa PSSM). Si vous vous étiez intéressée de près à cette histoire, vous sauriez que la remise en question a été quasi maladive, que je me suis même formée au parage afin de pouvoir mieux gérer, et que cela n’a pas du tout aidé.

      1. Il ne suffit pas de simplement réfuter sans argumenter! Je ne jette la pierre à personne, peu importe que la remise en question ai été maladive elle peut avoir donné lieu aux mauvaises conclusions ou démarches! Les fers par leur rigidité et leur mode de fixation ont énormément de répercutions sur tout le système biologique et mécanique du cheval. Les fers sont nés d’une necessité militaire afin de pouvoir utiliser un cheval n’importe où n’importe quand et n’importe comment malgré des conditions de vie inadapté (immobilité, nourriture à heures fixes et céréales) ils sont fixés sur la zone du pied qui est constituées de poils agglutinés dont la vibration donne au cheval des informations sur la nature du terrain sur lequel il se trouve, le cheval férré est donc anesthésié de fait. Le pied férré est également bien moins vascularisé ce qui entraine la nécrose des tissus et des nerfs, ce qui empèche aussi la proprioception, et emmène le cheval à mal gérer la force qu’il emploie et la préssion qu’il exerce sur ses tendons. Un cheval pied nus présentera des signes d’incomfort si le cavalier l’emmene aux dela de ce que ses pieds peuvent supporter, le cheval férré devra attendre que le dérèglement ai causé une boiterie avant d’être arrété.
        Le fer empéchant la vascularisation du pied, le coeur du cheval force plus pour renvoyer le sang dans la jambe, ce qui réduit la durée de vie des chevaux férrés.
        Le métabolisme se régule toujours en fonction de l’environnement exterieur, c’est l’homéostasie. Si il fait frois le corps s’adapte et deviendra de plus en plus résistant au froid si on lui donne ce dont il à besoin pour se régénérer.

        1. La queston c’est de savoir si cette maladie que les vétos connaissent mal est vraiment génétique ou si elle peut découler d’une carence ou d’un organisme épuisé dont les organes ne permettent plus la gestion des déchets. Les vétos ont peu de moyens si ce n’est du chimique aveugle et biocide. Peut être qu’une demande à Eric Ancelet pourrait vous apporter des réponses?
          Bonne continuation à vous

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