Une matinée avec Philippe Limousin

Ma wonderwoman de prof, Audrey Blaü, organise de temps en temps des stages avec le très grand Philippe Limousin, en Belgique. Écuyer du Cadre Noir de Saumur, c’est un cavalier hors pair, formé par des très grands, et mentor d’un nombre incalculable d’excellents cavaliers en France, dont Alizée Froment. Malgré un emploi du temps chargé, j’ai pu passer la première matinée du stage à observer son enseignement.

Le stage débute avec Sweet, le 3 ans d’Audrey, un bel alezan prometteur. Elle débute en le laissant ouvert, juste marcher, trotter et galoper dans la piste, pour l’y habituer. Il est très sage, un poil tendu. P. Limousin insiste sur le fait qu’il n’y a aucunement besoin de mettre en place les jeunes chevaux, ils n’ont pas encore la force de se porter. Le laisser ouvert est pour l’instant la bonne option, on se focalise essentiellement sur l’activité des postérieurs et des abdominaux. Il critique notamment l’utilisation des enrênements sur des chevaux de ce jeune âge.

Il aborde un exercice qu’on verra toute la matinée : faire déraper les épaules avec un pli très franc de l’encolure. Cet exercice, qui, pour Limousin, incarne le début de l’éducation sous la selle, permet plusieurs choses :

  • aller doucement vers la mise sur la main, par étirements successifs des deux côtés de l’encolure, par relaxation de la nuque et de la mâchoire (c’est quelque chose dont Karl parle également)
  • demander au postérieur interne de beaucoup avancer sans qu’il n’ait besoin de beaucoup porter, ce qui augmente sa souplesse et son activité
  • commencer à introduire le contrôle du dérapage des épaules : on tend la rêne externe, et on l’ouvre plus ou moins du côté du dérapage. Cela doit être comme “une porte ouverte”, elle a le rôle de contrôler les épaules mais doit permettre un dérapage important au début.

Tout ceci s’effectue avec de l’activité et un rythme le plus constant possible. P. Limousin explique qu’il ne faut pas reculer la main intérieure, il faut plutôt l’avancer à mi-encolure et faire une rêne d’opposition, qui permet d’agrandir le cercle en poussant les épaules conjointement avec la rêne externe en ouverture. Il souligne qu’il ne faut pas laisser le cheval s’enrouler (ce qu’il tente de faire une ou deux fois), et de corriger en demandant encore plus de dérapage et d’avancée du postérieur interne.

Au fur et à mesure de la séance, il invite Audrey à travailler un peu mieux la réponse au contact, et souligne un point très important : c’est au cheval de passer la nuque au-dessus du mors, et pas l’inverse, on ne doit pas ramener le mors sous la nuque.

Enfin, il répète à tous le même conseil pour les transitions descendantes : on ne tire jamais quand on freine, on met du poids dans les étriers et on s’enfonce dans le ventre du cheval. Enfin, il demande que l’on passe au pas en contrôlant le pas, et ensuite seulement on relâche les rênes pour faire une pause, plutôt que d’arrêter tout directement du trot, ou du galop, ça incite le cheval à s’effondrer dans la transition descendante.

Pour Philippe Limousin, le travail d’un jeune se déroule ainsi : on part se promener après avoir fait 20/30 minutes de boulot basique comme celui précédemment décrit.

Le deuxième cheval est une jument de 14 ans qui a déjà tourné en CCE1*. Elle est assez raide, et un peu coincée dans le contact, donc Philippe Limousin lui suggère de laisser plus passer le nez, de lui faire confiance, puis il entame le même exercice qu’au cours précédent : déraper les épaules.

Vient ensuite un poney de sport, qui s’est vraiment transformé au cours du stage. Outre le travail de dérapage des épaules dont j’ai déjà décrit le déroulement, il explique qu’on ne travaille pas exactement pareil à gauche qu’à droite :

  • à main droite, on se focalise sur le contrôle du dérapage de l’épaule
  • à main gauche, on se focalise sur maintenir le postérieur interne sous lui
  • aux deux mains, le nez doit venir à droite mais il ne faut pas le raccourcir pour autant, et à main gauche, on maintient la rêne gauche en ouverture pour laisser passer l’épaule

Avec ce “simple” travail, le poney s’est transformé, il est arrivé à montrer un trot quasi passager.

Philippe Limousin a beaucoup fait faire de doubler dans la longueur pour travailler les angles en plus des coins, mais cette fois sans le soutien du pare-bottes. Parmi les conseils techniques à retenir, il faut ouvrir à gauche quand on double à main gauche dans la ligne du milieu, tourner avec la rêne externe droite pour redresser les épaules, et maintenir le cheval droit d’encolure. Avec cette façon de faire, la plupart des cavaliers a la sensation qu’on tourne contre-incurvé, car on prend trop l’habitude de pli à gauche un cheval déjà “trop” souple du côté gauche. Or, si on veut symétriser le cheval, il faut assouplir son côté droit, donc mettre le nez à droite. Il a beaucoup répété qu’il fallait tourner avec le dos et les jambes plus qu’avec les mains, pour aider le cheval à maintenir son équilibre.

Lors du travail au pas rassemblé, le cheval doit élever sa tête et son encolure, et non pas être rond et bas, sinon il ne peut pas se rassembler. Le point entre les oreilles doit rester le plus haut.

Lors du départ au galop à gauche, il ne faut pas ramener le nez à gauche, car cela raccourcit le côté gauche, or, le cheval a besoin d’avancer son latéral gauche pour sauter dans le galop. Il faut partir droit, sans accélérer, prendre son temps. Philippe Limousin résume l’essentiel du travail du cheval sur l’ensemble des exercices que l’on rencontre ainsi :

“Contrôle à droite, équilibre à gauche.” = contrôle du dérapage de l’épaule à droite, et équilibrage du cheval par le postérieur interne à gauche.

Passe ensuite un trotteur, sur lequel il fera faire également beaucoup de travail en dérapage des épaules pour faire avancer le postérieur ainsi qu’abaisser la hanche. Ce cheval, comme les précédents, ne met jamais son nez à droite, toujours à gauche : il vrille légèrement la nuque ce qui donne l’impression au cavalier qu’il est “juste”, alors qu’en fait non.

Sur un entier gris, il décrit précisément l’action de la jambe :

  • elle se fait toujours de l’arrière vers l’avant, et pas de l’avant vers l’arrière
  • l’action de la jambe part du fessier, voire même de la hanche, et se termine éventuellement par les mollets et les talons s’il n’y a aucune réponse
  • si on avance la jambe au-delà de la sangle, c’est uniquement pour faire bouger les épaules dans des cas très précis

La matinée s’est terminée par un couple présentant déjà des airs relevés (passage/piaffé). Il s’agit d’une grande jument travaillé à la hollandaise, très expressive mais un peu stressée et excessivement généreuse, elle a tendance à présenter systématiquement un trot très “show off”, donc Philippe Limousin entreprend de partir sur des choses simples et de les améliorer en début de séance : tourner droit, comme on l’a vu sur le poney (et les autres aussi, en fait), puis trotter actif mais pas passager, il faut apprendre à travailler les basiques. Il aborde ensuite le travail du piaffer, du changement de pied… Il donnera quelques conseils : ne pas frotter les éperons à chaque foulée, ça contracte le cheval, mais plutôt demander avec le dos le piaffé.

Un grand regret de ne pas avoir pu assister à l’ensemble du stage, Philippe Limousin est un homme très charismatique, chargé d’un savoir très précieux et d’un talent incroyable, mais surtout, il garde les pieds sur Terre, travaille avec tout type de cheval et semble passionné par chacun d’entre eux.

Je vous laisse avec un exemple d’une de ses reprises :

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