Une histoire d’étriers, quand la magie opère à 3 cm près

De retour en Belgique, me voilà en tournage pour The Tack Room avec Eugénie Cottereau. Eugénie, si vous ne la connaissez pas, est spécialiste en ergonomie de l’équipement équestre, autrement dit, saddle-fitter (mais elle préfère ergonomie car le terme est plus adapté). Lors de sa venue, il m’est arrivé un truc de fou et un article était absolument nécessaire.

En gros, j’ai changé ma longueur d’étriers et soudainement, j’ai réussi à monter correctement. Je vous explique.

Quand le saddle-fitting te colle une claque monumentale

Eugénie était déjà venue m’observer cet été pour un premier tournage pour la plateforme. Théoriquement, Jazon et moi étions déjà “fittés” par un pro. Cependant, je ressentais quelques soucis et le service ne m’avait pas entièrement satisfaite. Eugénie, elle, je l’ai vue bosser, et c’est ce genre de pro qui vous rappelle qu’il y a les bons, et les autres. Bref, après divers essais et mesures, elle m’a fait réaliser que ma selle était non seulement pas adaptée à mon cheval, mais surtout, qu’elle ne ME convenait pas du tout…

Crédits : Laureline van Overmeir.

(ici, on voit que mon bassin passe en antéversion, les genoux partent en avant, car la selle est trop large pour moi entre autres)

Me voilà à tester une selle dont la conception était bien plus adaptée à nous deux. Si la différence sur Jazon s’observait bien, la différence sur moi était… Monumentale.

C’est simple : dans l’ancienne selle, j’avais une sensation de me battre à chaque foulée de trot enlevé contre moi-même. Non seulement je me sentais gourde, mais en plus, je me fatiguais beaucoup – alors qu’entre nous, Jazon, c’est pas Totilas, donc ça devrait pas être trop physique de trotter enlevé. Dans la selle d’essai, tout était changé : tout avait l’air simple, soudainement.

Vers l’Isabell Werth (la selle, hein)

Au vu de nos conformations respectives, Eugénie nous suggère de prendre une Isabell Werth. Jazon n’est pas jeune, donc mettre des milliers d’euros dans une selle, je suis pas très chaude. Va pour la Werth. Comme je suis quand même très hermétique au synthétique, je pars sur une Bates et pas sur une Wintec. J’en trouve une franchement pas chère et en état, et à poney !

Trouver sa place a été franchement “life-changing” pour moi.

Et cette histoire d’étriers, alors ?

Ah oui, c’est vrai. J’oubliais.

Donc Eugénie revient vérifier que la selle. Tout va plutôt bien, on ajuste par-ci par-là mais ça fonctionne. Problème : Jazon est vraiment pas dispo du tout. Je trouve pas le contact, je n’arrive pas à communiquer avec lui. Je sens que ça coince, et je me demande si c’est dû au fait qu’il y ait quelqu’un qui nous observe ou si c’est juste que c’est le matin et que d’habitude je viens l’après-midi. Je suis un peu gênée, on dirait vraiment que je monte très mal et que Jazon pige rien / veut pas.

Elle, en bonne pro, elle a senti que c’était peut-être autre chose. Elle me demande de me rapprocher, et me demande si c’est ma longueur d’étriers habituelle.

Non, il y a juste un trou de moins que d’habitude car sur San j’aime bien être un peu plus court.

Eugénie me demande de rallonger d’un trou, d’un seulement. Sur mes étrivières, les trous sont très proches, donc il y a peut-être 2/3 cm de différence maximum.

Je me remets en route, et là…

La magie opère à 3 cm près

Dingue. Complètement dingue, Jazon était immédiatement, sans délai d’adaptation, dans le contact, le dos à sa place, le garrot remonté. C’était comme si on avait allumé un bouton on/off.

Au pas, au trot, au galop, je me suis retrouvée vraiment avec cette sensation d’être “dans” mon cheval et donc d’avoir une vraie symbiose.

J’étais déjà archi convaincue par l’importance d’avoir un bon matériel pour améliorer le confort certes, mais aussi la performance dans tous les sens du termes (communication et entraînement physique). A ce point-là, j’avoue que j’ai été bluffée.

Et vous, si c’était votre équipement ?

J’ai une pensée pour une élève, dont la selle, à mon sens, ne convenait pas à ELLE. Je lui en avait fait part, mais pourtant, elle disait bien se sentir dedans. Elle avait une tendance à l’antéversion du bassin et avait des douleurs aux lombaires importantes après avoir monté.

Après passage d’un pro, on lui dit que le siège est pratiquement 2 tailles trop petit… Évidemment, moi, ça n’est pas ma spécialité, même si j’avais senti que quelque chose clochait. C’est là que je souligne l’importance d’un travail en équipe : chaque pro du cheval a sa spécialité. Des entraîneurs-ostéo-véto-podo-ergonome ça n’existe pas, car de mon point de vue, c’est impossible d’être excellent dans autant de domaines à la fois.

L’équitation c’est une pratique toujours transversale : un coach doit pouvoir sentir qu’une selle ne va pas, mais ça n’est en aucun cas son job de l’adapter et conseiller le cavalier. Il doit savoir déléguer à la personne dont c’est la compétence principale. Un ostéopathe doit savoir quand déléguer au vétérinaire, même si un bon ostéo doit d’office avoir des notions vétérinaires pour soigner correctement.

La prochaine fois que vous peinez en selle, posez-vous la questions : et si c’était votre équipement ?

La prochaine vois que vous avez mal au dos, plutôt que de jeter la faute à l’entraînement : et si c’était votre siège ? Vos étriers ?

Suivez Eugénie Cottereau de près. Elle concocte de très beaux projets dans ce domaine-là, pour aider les cavaliers à trouver l’équipement qui leur permettra de révéler tous leurs talents.

2 thoughts on “Une histoire d’étriers, quand la magie opère à 3 cm près

  1. Je suis convaincue de l’importance d’avoir un matériel adapté mais aussi confortable !
    Pendant un moment je montais avec des rênes plus épaisses qu’à mon habitude, je n’arrivais a rien jusqu’à ce que je revienne a mes anciennes rênes et la bizarrement pas mal de choses se sont débloquées !
    Idem pour la selle, si on n’est pas a l’aise impossible de bosser correctement. En club, la selle d’un cheval ne me convenait absolument pas, je n’arrivais pas a placer les jambes. Je faisais des cours sans étriers tellement j’étais mal calée…
    Du coup ce récit ne me surprends pas tellement. Parfois on ne se rend pas compte a quel point de tous petits changements peuvent avoir un fort impact.

  2. J’aimerai rajouter que la selle peut être tout à fait adaptée au cheval, si le cavalier ne trouve pas sa place et son fonctionnement dedans, le cheval ne sera pas plus à l’aise (parole d’une monitrice qui monte les chevaux de ses cavaliers avec leurs selles car adaptées par un professionnel -une vraie 🙂 – mais qui peine parfois à utiliser toutes ses capacités…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.