Un tournant nommé Covid

Bon. Va y’avoir du gros changement par ici.

Après des années (quasi… 7 ans, oh my god) d’existence de ce blog, après des mois à le regarder sans trop savoir quoi en faire, après les 3 années les plus intenses de ma vie, il était temps de prendre une décision qui m’aligne de nouveau mes petites planètes internes.

Pour faire court : je ne m’y retrouvais plus.

Pour faire long (pour les curieux) : je suis passée par de très nombreuses émotions cette dernière année.

La violence d’Internet et les choses très sympathiques que l’on peut subir en exposant son opinion, en proposant des conseils, en tombant sur des cons, m’a parfois vachement secouée. Ensuite, après quelques nuits blanches à paniquer pour rien parce que j’avais dit ou écrit une phrase potentiellement politiquement non-correcte, j’ai fini par comprendre : cet attachement au regard des autres, c’est très malsain et ça me gâche la vie.

Cela fait des années que j’essaye de me conformer en partie à ce que les gens attendent de moi. Quand je dis les gens, c’est toutes sortes de gens. Des personnes que j’aurais pu considérer comme des mentors, des personnes qui ont été responsables d’énormes apprentissages de toute nature, des parfaits inconnus des Internets qui l’ouvrent un poil trop, des gens moins inconnus aussi, bref… Honnêtement, c’est terrible de s’en rendre compte aussi tardivement, mais vous savez ce que ça dit : mieux vaut tard que jamais.

Big news : peu importe ce que vous ferez, quelles que soient l’énergie et la qualité de votre travail, de votre recherche, de votre démarche, il y aura TOUJOURS des gens qui voudront vous descendre, qui seront désagréables, qui sauront mieux que vous, et qui seront ravis d’étaler leur opinion aux yeux de tous. Il y aura toujours des gens pour bitcher sur vous et tenter de convaincre les autres qu’ils ont raison, eux. Et ce, quelle que soit votre sphère, quel que soit votre niveau, quelle que soit votre approche : l’humain et son ego, c’est un combat difficile à rompre, et chacun son propre ego et son propre combat.

Avec le temps, j’ai réalisé que les gens ayant une véritable expertise, une profonde connaissance des chevaux et des heures d’expérience au compteur sont rarement ceux qui viennent basher les autres sur les réseaux sociaux. Ils ont bien autre chose à faire. Vouloir crier plus fort que les autres, c’est quelque chose qui sort de la pratique équestre et surtout, qui sort d’une démarche de vouloir s’améliorer soi. Or, si j’aime les chevaux, c’est parce qu’ils sont une invitation constante à l’introspection et au développement positif de soi, en tant qu’humain.

J’ai réalisé tout cela, pendant cette (délicieuse, pour ma part) période de confinement. J’ai fait le point sur moi-même, et j’ai vite réalisé : j’accordais bien trop de valeur à ce que de parfaits inconnus pouvaient dire ou penser de moi. C’était ridicule, triste, et je veux vivre ma vie pleinement, en étant parfaitement alignée avec ce que je fais auprès des chevaux, rester sur le terrain sans me perdre dans des discours culpabilisants produits, bien souvent, par des personnes avec peu d’expérience et trop plongées dans la théorie. Celle-ci, dans le vivant, observe de nombreuses limites.

J’ai rencontré, via Blooming, de nombreux cavaliers détachés de tout cela, en harmonie avec eux-mêmes, et je leur ai trouvé un point commun : des chevaux épanouis. J’ai compris, au sens profond du terme, que la vérité chez les chevaux, c’est un concept qui se décline en plusieurs palettes. J’ai constaté, aussi, qu’il y avait un sacré décalage entre la majorité vocale d’internet, et la minorité silencieuse qui opère, se dévoue sans limites aux chevaux, et sans rentrer dans des débats stériles épuisants. J’ai vite remarqué, également, que des Hommes de chevaux très différents pouvaient quand même parler le même langage et échanger sereinement sur leur passion. Je pensais que cela avait disparu. J’ai rencontré des personnes connues dans ce milieu équestre ayant beaucoup souffert des critiques virulentes venant, franchement, de personnes n’y connaissant vraiment pas grand chose… Mais capables de blesser même les plus grands.

Alors j’ai décidé d’être moi-même. J’ai commencé à me marrer en écrivant des articles qui reflétaient ce que je pensais, sans me préoccuper de ce que “les gens allaient dire”. Et les gens, ils ont dit, je peux vous dire. Mais cette fois-ci, ça m’a vraiment fait beaucoup rire. Cette fois-ci, je l’ai pris avec un détachement léger et terriblement joussif, et c’est là que j’ai compris : quand on est soi-même, plus rien ne peut vous arrêter.

Autrefois, dès que je lisais quelque chose qui m’irritait, je brûlais d’envie de convaincre tout mon entourage d’être d’accord avec moi. C’était non seulement ridicule, mais en plus, cela nourrissait des choses très négatives en moi. En bref : ça ne faisait du bien à personne. C’était l’égo qui parlait. Une des caractéristiques d’un cavalier en crise d’égo ? Il prend tout personnellement, et ressent le besoin permanent de crier au monde qu’on l’attaque, que les autres ont tort et que lui, il a totalement raison. Moi, encore parfois aujourd’hui, d’autres aussi, bien sûr, personne n’échappe à ça. Quand bien même c’est vrai, l’humain qui est en paix avec lui-même et pas rongé par ses insécurités n’a pas besoin de le dire. Il le sait, et accueille le reste avec curiosité, point.

La crise du Covid-19 m’a offert du temps.

Du temps pour réaliser… que j’étais en complet surmenage et que, comme énormément d’autres professionnels du monde équestre, j’avais tiré une croix sur moi-même. C’est un beau paradoxe : comment espérer être juste et correct auprès des chevaux, lorsqu’on s’oublie totalement ? A mon sens, on ne peut pas espérer obtenir quelque chose, émotionnellement et physiquement, de la part de nos chevaux, si l’on n’est pas capable soi-même de les donner.

On a qu’une seule vie, et elle sera très courte : alors autant la vivre pleinement, être en accord avec soi-même, faire ce qui nous fait vibrer. Je suis totalement persuadée que les humains étant justes auprès des chevaux sont ceux qui sont épanouis et respectueux d’eux-mêmes. Peut-être un effet d’un biais cognitif, mais jusqu’ici, je note que les cavaliers qui m’ont marqué par leur simplicité et l’épanouissement de leurs chevaux, sont du bord des êtres carrés et droits dans leurs propres bottes. Nombreux sont les cavaliers rongés par le doute, la culpabilité, le regard des autres (poke moi-même lol), l’absence d’estime de soi, les injonctions des internets, l’ego et la frustration, la colère et l’épuisement.

Grâce au Covid, j’ai pris du recul. Et j’ai constaté qu’il y avait eu quelques années d’errance sur mon parcours équestre. Des années que je ne regrette pas une seconde, tant elles m’ont appris sur moi-même et sur les chevaux. Des années qui m’ont amenée aux limites d’extrêmes qui m’ont appris sur moi-même, sur les chevaux, et sur ce que je voulais et ne voulais pas. Sur mon identité, sur la réalité complexe des chevaux, et sur le refus de se laisser influencer par vulnérabilité.

Aujourd’hui, je n’ai absolument plus peur d’assumer qui je suis en tant que cavalière. Je n’ai plus peur d’affirmer que j’adore les sports équestres, et que je crois parfaitement que combiner R- et R+ ne pose aucun problème, que j’ai de gros doutes sur une approche 100% R+ pour une grande majorité de chevaux, et que je veux apporter du confort à mes chevaux, même si c’est rompre le cycle “naturel”. Je n’ai pas peur de dire qu’on est tous un peu barges dans ce milieu, qu’on est très, très durs entre nous, et qu’on a du mal à lâcher notre égo et à véritablement désirer apprendre de l’autre. Je n’ai pas peur de dire que vu ce qu’on reçoit chez Blooming, les certitudes, les croyances et les vérités absolues ont vraiment besoin d’être sérieusement dégommées et combattues.

Je n’ai jamais aimé les extrêmes, ça n’est pas qui je suis, et je ne crois pas que cela corresponde au vivant tout court… Je crois aussi qu’il y a des personnes qui s’épanouiront dans des pratiques équestres qui seront très spécifiques et leur conviendront à eux. Ca n’est pas pour autant qu’il faut évangéliser le monde : il y a de la place pour tout le monde, et chacun doit faire ce qu’il aime, sans basher les autres. Vous savez ce que l’on dit : que plus vous prendrez de l’expérience, plus il y aura de chevaux pour vous rappeler que vous ne savez vraiment pas grand chose ! C’est incroyablement vrai, chaque cheval est un quasi retour à la case départ. Carl Hester disait récemment dans Eurodressage que tout le monde a le droit d’avoir une opinion, mais que peu ont la compétence nécessaire pour la donner.

Vous avez tenu jusqu’ici : bravo !

C’est pourquoi, j’ai opéré un sérieux tri sur le blog, retirant tous les articles qui, de mon point de vue, nourrissaient des croyances/informations fausses/discutables, ou bien des énergies négatives. J’ai retiré ce qui n’était plus en phase avec la cavalière que je suis aujourd’hui, et j’ai changé d’avis sur moults sujets, même récents. Je veux que D’un Cheval L’autre, ça soit un apport positif dans la vie de ceux qui le suive. Je ne veux pas que cela nourrisse de la colère, de la haine des autres, et que cela contribue à ériger des murs entre les différentes approches. Je veux l’inverse, tout l’inverse. Je veux que ça soit ouvert, je veux qu’on n’ait pas peur de rire de tout, je veux qu’on ait un avis et qu’on puisse le donner sans qu’une pluie de psychopathes s’abattent sur vous tels les 7 derniers fléaux sur la Terre, mais simplement que cet avis génère un échange constructif et sain. Autrement dit : un truc de naïf.

De toutes façons, je crois sincèrement que plus l’on culpabilisera, plus l’on lynchera, plus les gens se cacheront, se replieront sur eux-mêmes, et moins la dynamique ne tirera les gens vers le haut. Ceux qui maltraitent vraiment les chevaux le feront à l’abri des regards, tandis que ceux qui se font basher pour un rien mais qui traitent parfaitement leurs animaux n’auront plus du tout envie de partager le savoir précieux qu’ils ont.

Soyez vous-mêmes. Les chevaux n’ont pas besoin de débats interminables, de réflexions sur-intellectualisées d’humains, ils ont besoin qu’on les prenne pour ce qu’ils sont, des chevaux.

L’écriture risque d’être très ralentie, et je vous invite à suivre plus attentivement le blog de Blooming Riders, qui sera nourri par moi-même, mais surtout, par plein d’autres passionnants professionnels qui ont envie de partager. Aussi, les leçons, coachings à distances et stages vont petit à petit s’arrêter, et je me consacrerai uniquement à Blooming Riders et l’entraînement des chevaux – dans l’objectif d’aller en compétition de dressage, de chercher avec autant d’humilité comment monter les chevaux et leur enseigner les choses de la façon qui leur convienne le mieux. Et l’objectif n°1 : surkiffer chaque petite minute auprès des chevaux, ces animaux fabuleux qui nous font vivre des choses plus grandes que soi.

Si vous cherchez un professionnel, je suis toujours contente de vous répondre par MP pour vous donner les noms de ceux que je connais. Si vous avez des chevaux à mettre au travail : je suis toujours intéressée !

En attendant : vibrez pleinement, apprenez, apprenez et apprenez, on ne fait pas du cheval pour avoir raison 😀

16 thoughts on “Un tournant nommé Covid

  1. j’ai fait le même trajet que vous par rapport au jugement des autres, mais il y a bien longtemps. Avant les réseaux sociaux, que j’ai du coup assez vite identifiés comme un dégueuloir de haine, rancoeur et frustrations diverses. Chacun y devient Président d’un tribunal personnel, et juge l’autre sans recul, sans compétence, sans vision d’ensemble. Retournons à nos chevaux (moi ce sont des poneys) qui fonctionnent si bien sans nous et s’en trouvent bien. Bon courage

  2. Quel bel article, sacré coup de poing qui arrive dans un timing parfait… Belle continuation et beaucoup de réussite dans tes objectifs 😍 BR est une plateforme en or, c’est génial que tu continues de la développer
    Amicalement 🙂

  3. Je ne sais pas très bien comment ce mail est arrivé à moi mais je vous remercie mille fois pour ce texte qui me fait du bien tant il rejoint ce que je vis de mon côté à mon modeste niveau et activité équestre. J’aimerais bien rester en contact donc et continuer d’échanger avec vous. Je vais déjà partager sur Facebook en attendant d’autres paroles bienfaisantes et bienveillantes comme ce que je viens de lire.
    Encore merci à vous et surtout continuer
    A bientôt
    Geneviève

  4. yo, merci pour ce superbe mot, tellement le reflet de ce que nous moniteur ou entraineur “hors class” subissons chaque jours, merci, car vous lire m’a fait un bien fou! ca me donne très envie de vous connaitre plus 🙂 Courage moi, je vous suis solidaire

  5. Et un article de plus lu en entier 😉 Quelle belle plume, n’arrête pas ce talent !
    Les compétents sont durs à trouver car effectivement ils n’ont plus rien à prouver. Bonne route à toi, et peut-être que la prochaine fois que l’on se verra on te présentera notre chez nous …

  6. Une très juste et très constructive réflexion!
    Merci de nous l’avoir fait partager!
    Et surtout, prenons du plaisir tous les jours en compagnie des chevaux!

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