Un mental d’acier dans un corps de verre

Prenons un exemple. Connaissez-vous la position du chien tête en bas, en yoga ?

Cette femme est très avancée, et ses talons touchent le sol.

Essayez donc, tiens.

Vous constaterez que vos talons ne touchent très probablement pas le sol. Même si vous le voulez de toutes vos forces, ils ne touchent pas le sol. Pourquoi ? Vous le désirez si fort, pourtant… C’est frustrant, non ? Votre corps a posé sa limite. Vous n’avez pas la souplesse articulaire, pour l’instant… Pour l’instant. Personnellement, si je ne pratique pas mon yoga au moins 5 jours par semaine, mes talons ne touchent plus le sol. Si je reste rigoureuse et régulière, mes talons touchent le sol avec facilité.

Cette image illustre à elle seule l’idée que j’aimerais soulever ici.

J’aime le Horsemanship de Parelli, je l’adore, je l’utilise et je l’utiliserai probablement encore longtemps.

Mais.

Si je devais faire un seul reproche à Parelli / l’équitation qu’on identifie comme faussement “éthologique”, c’est la diminution, voire l’oubli du facteur physique. Autant du côté cheval, que du côté cavalier.

Ce qui m’étonne toujours, dans ce milieu-là, c’est que tous ces cavaliers parlent de remise en question, du bien-être mental du cheval, de son hébergement naturel, mais par contre, ils ont un mal fou à faire le constat que leur cheval n’est physiquement pas au top. Ce n’est pas parce que le cheval n’a pas un problème spécifique de santé, qu’il est forcément en forme physique. C’est comme les humains : la plupart d’entre eux sont très loin d’être musclés, déliés et souples. Et d’ailleurs, la plupart s’en fiche… Or, la différence entre un humain et un cheval, c’est que le cheval, dans 90% des cas, on monte dessus. A partir d’ici, on lui demande un effort physique important et non-naturel qui exige qu’on prête attention à la construction musculaire.

Descartes séparait le corps et l’esprit comme deux choses distinctes, tout comme il identifiait les animaux comme des machines. Il n’y a pas besoin de prouver une énième fois combien ce monsieur avait tort. Tout comme les animaux ne sont pas des machines, le corps, et l’esprit, coexistent. Ils s’influencent mutuellement. Il suffit de pratiquer un peu de yoga, la discipline par excellence pour apaiser le mental par le biais du corps, pour s’en rendre compte.

Lorsqu’on vient d’un monde plutôt équitation “étho”, ou positif, bref un travail à pied qui se veut clair et respectueux, on bute facilement sur la progression dans le dressage, qui est loin d’être aussi linéaire que le reste de l’éducation. En dressage, contrairement au Horsemanship où l’on s’adresse avant tout à la tête du cheval, le facteur physique prend une proportion bien plus importante. Avec les bons outils et la bonne technique, on peut apprendre presque tout en un temps record à son cheval. Le cheval est un animal extrêmement raffiné et intelligent, qui se révèle très vite, sous condition que l’on s’adresse à sa tête dans le bon langage. Son corps, en revanche, c’est comme chez l’humain : il a son propre rythme, sa propre vie, et quand bien même on utilise le bon entraînement, les bons outils, il limitera le meilleur cavalier du monde, et le cheval doué de la meilleure volonté possible.

Même un bon vieux trick training ne forcera pas le corps !

Vous pourrez tout à fait être avoir une communication excellente avec votre cheval, sans arriver plus vite que les autres à faire du passage. Là, voilà ce qui risque de se produire dans la tête de beaucoup : oui, on connaît beaucoup d’exemples sur Internet de gens qui piaffent/passagent avec leurs chevaux alors qu’ils n’ont pas suivi la progression classique en dressage. Soyez certains que dans 9 cas sur 10, ces exemples piquent les yeux à n’importe quel cavalier doté d’un regard un peu affuté en dressage. Quelque soit le cheval, cheval de trait ou cheval de sport, un corps ne se délie, ne se construit avec justesse qu’avec du temps, beaucoup de temps, et pas seulement avec un bon trick training. Comme avec n’importe quel exercice de gymnastique, vous devrez certes, d’abord convaincre la tête, ce qui est généralement facile pour les cavaliers “alternatifs”, mais également transformer le corps, par une rigueur et beaucoup de répétition. Et dans le milieu “alternatif”, c’est là que le bât blesse. Même chez de très nombreux pros qui disent faire de l’étho et être de grands cavaliers de dressage. Je sais que c’est désagréable à lire. Mais c’est pourtant vrai.

Les 3/4 des chevaux ont mal au dos…

On voit ce que l’on a envie de voir…

Être formé en comportement équin, comprendre le langage d’un cheval, c’est une première chose. Ça ne signifie en aucun cas qu’on a la science infuse, et qu’on vaut mieux que tous ces cavaliers de dressage trop idiots pour respecter leurs chevaux. Ceux-là possèdent une autre forme d’expertise : le corps du cheval. Oui, il existe des dérives. Moi, je vous parle de ceux qui sont des maîtres, des artistes en la matière.

Nombreux sont les pros dont l’expertise relève du corps du cheval qui ont beaucoup critiqué l’équitation “éthologique”. Parfois à tort, car rares sont ceux qui eux-mêmes ont une véritable connaissance de la méthode Parelli, par exemple. Mais parfois, ils ont des arguments irréfutables : oui, souvent les cavaliers “éthos” ne sont pas de très bons cavaliers. Leurs chevaux ne sont pas physiquement en forme. Parfois, on en voit même qui sont complètement raides et bloqués. Désengager les postérieurs peut faire des dégâts. Le Yo-yo peut faire mal au dos. Ce n’est pas applicable à tous, bien sûr… Mais c’est un problème. Un vrai problème.

On fait mal aux chevaux en les montant sans être beaucoup plus attentif à leur biomécanique. Faire du bien à leur tête, c’est prioritaire, je suis d’accord. Mais parfois, faire du bien à la tête passe par faire du bien au corps.

Cette confrontation de points de vue ne doit pas mener à des divisions, bien au contraire : il existe de plus en plus de personnes qui font attention à conjuguer une équitation respectueuse de la tête ET du corps.

En étho/Parelli ce que vous voulez, le facteur corps existe, bien sûr. On fera attention de ne pas demander des choses impossibles, je l’ai constaté avec Aurélie de Mévius, Linda Parelli (même si je ne suis pas fan du “game of contact”), . Par contre, j’ai déjà vu des choses complètement faussées biomécaniquement, c’est-à-dire qui risquent fortement de détériorer la locomotion du cheval et à long terme, de causer de grosses douleurs dorsales, ou tendineuses… Par exemple, demander une “flexion verticale” sans d’abord un long travail sur l’arrière-main. Ou le 8 de chiffre demandé à outrance, le désengagement très brutal, alors que c’est physiquement très violent. Mikey Wanzenried dit lui-même que le 8, c’est un exercice qu’il ne fait pratiquement jamais, car il “fait perdre de l’argent dans notre compte en banque“. Il parle bien sûr d’une part de l’effet que fait le 8 à la tête du cheval (ça n’a pas de “sens”, on change de direction sans arrêt, sans réel “but” si ce n’est une meilleure réponse, une meilleure fluidité, plus de vitesse, ou autre – pour un gauche, ça peut abrutir ou agacer, pour un droit, ça peut paraître désordonné et manquer de sens, donc inquiéter), mais aussi du physique (Mikey a une formation de dressage classique qui fait du lui une personne très complète), car le cheval doit verrouiller assez fort le bassin pour faire le mouvement. De même pour le désengagement, qui creuse le dos en éloignant les postérieurs de la masse.

 

Prenez le temps de prendre le bon, chez les cavaliers dont l’expertise est la gymnastique du cheval. Et mêlez votre compréhension du comportement et de la psychologie du cheval, à ce travail de gymnastique…

On pourrait également observer les choses dans le sens inverse : l’équitation classique / le dressage oublie trop souvent le facteur mental. Je pense cependant que suffisamment de personnalités sur le web et ailleurs en font régulièrement la remarque, pas besoin que j’en rajoute 😉

 

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2 thoughts on “Un mental d’acier dans un corps de verre

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