Un égo de cheval

J’écris cet article parce que j’ai été naïve. Je pensais que lorsque l’on choisissait une approche alternative plus “naturelle” du cheval, notre état d’esprit tout entier s’appropriait une nouvelle logique éthique. Je me trompais.

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Nombreux sont ceux qui restent dirigés par cet irrépressible besoin d’utiliser leurs chevaux comme un faire-valoir de leurs compétences. Dans le milieu du cheval, les personnes qui, mises à l’écart par leurs semblables humains, sont venues combler un manque personnel auprès des chevaux sont monnaie courante… Pourtant, je ne pense pas que l’humain soit fondamentalement méchant. Je crois que ces personnes-là, qui ne trouvent pas leur place en société, ne font que reporter sur les chevaux un problème qu’elles n’ont pas su régler avec les autres. Généralement, ça implique un gros travail sur soi, une remise en question perpétuelle que l’on refuse catégoriquement lorsqu’elle est suggérée par un autre bipède. Un animal, qui a la capacité d’être un juge parfaitement honnête, si tout du moins il s’exprime, permet de mieux faire passer un message un peu douloureux à recevoir.

On est vite amené à oublier la notion de dialogue avec notre cheval lorsque l’on a des ambitions. On veut qu’il s’exécute, on ne l’écoute plus vraiment, il n’apprécie pas, éventuellement il se rebiffe, ou pire s’il est introverti, il se ferme et disparaît, la frustration du cavalier et son lot de colère surgit… La victime de l’égo humain n’a qu’à subir… Ne mentons pas, on est tous passés par ce genre de sentiments. L’admettre, c’est le premier pas vers le changement.

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On a aussi l’autre extrême : celui où l’on pense être tellement respectueux du cheval, que l’on ne fait plus rien. On estime alors que tous ceux qui ne font pas comme nous torturent leurs chevaux, parce qu’ils osent dire non ou exiger quelque chose de leur cheval. On conforte notre égo : eux torturent leurs chevaux pour arriver à ça, moi je préfère ne rien faire, moi je vaux quelque chose, moi je sais respecter un cheval. Ce n’est pas mieux.

Maintenant, je crois qu’avant de travailler sur un cheval, c’est sur soi qu’il faut réfléchir. Nos chevaux peuvent nous aider à trouver le bon chemin certes, mais le travail, c’est nous qui devons le faire. Tant que l’on n’aura pas un rapport apaisé avec nos confrères humains, tant que l’on n’aura pas pris conscience que l’on n’a pas besoin de l’appréciation des autres pour trouver notre valeur propre, que des likes sur Facebook n’ont pas de sens… On ne sera jamais exactement dans le juste.

Je pensais aussi que les chevaux agissaient comme miroir de l’homme, lui révélant avec impartialité ses bons comme ses mauvais côtés. C’est vrai. Le problème, c’est qu’il faut savoir lire le message, vouloir le recevoir sans trop interpréter et passer du temps à y réfléchir. Changer de façon de faire, changer d’idée, changer jusqu’à sa conception de l’équitation n’a rien d’aisé et pourtant cela faciliterait bien des choses. C’est beaucoup d’efforts qu’un égocentrique ne fera que pour réussir ce fameux exercice après lequel il court depuis tant de temps. Sans parler de ceux qui ne savent tout simplement pas lire un cheval, faute de connaissances, faute d’avoir parlé aux bonnes personnes, ou simplement de ne pas avoir cherché les connaissances ou les bonnes personnes.

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Ce n’est pas parce que votre façon de faire a fonctionné au cours de ces 20 années de pratique équestre que c’est la meilleure, que c’est celle qu’il faut suivre et que tous les autres sont aveugles. Ce n’est pas non plus parce que “ça fonctionne“, que c’est bien ! Un cheval peut parfaitement exécuter des choses incroyables sous couvert d’une forme de maltraitance relativement passive ! Regardez certains chevaux de dressage… Même si tout leur corps cherche à hurler le mal-être subi, le cheval piaffe, passage, change de pied en l’air et récolte des 8, des 9/10 ! Et le cavalier deviendra le héros d’un public trop facilement abusable, car mal informé, mal éduqué ou tout simplement peu désireux de voir le plâtre sous l’or, la vérité derrière la performance… Et c’est là qu’est le danger puisque ces personnes s’appliqueront à reproduire un schéma biais et pernicieux. Pour la gloire, essentiellement.

Il n’y a pas longtemps, Equidia a publié fièrement un extrait d’un reportage sur Steve Guerdat, cheval langue toute sortie, malgré une belle muserolle combinée bien serrée… Et le public d’encenser… Ben oui, il a gagné les JO le mec, il SAIT de quoi il parle ! Ben voyons… Et l’égo, encore l’égo… Gagner les JO n’a jamais été une preuve de bien-être animal.

Cher Steve, un jour peut-être te remettras-tu en question.
Cher Steve, un jour peut-être te remettras-tu en question.

Soyons honnêtes. Dans le monde du dressage, tout le monde lutte pour savoir qui fera de n’importe quel cheval une merveille absolue. Bien sûr, chacun espère secrètement être l’élu. On façonne des chevaux à tel point qu’ils ressemblent à des robots. Le monde de “l’éthologie”, du Natural Horsemanship peut-être pire encore : c’est le concours de la “meilleure relation”, la “plus belle complicité” etc… A nouveau, certains chevaux deviennent parfaitement robotiques. Ils réagissent sans participer. D’autres ont l’air incroyablement expressifs, mais qu’a-t-on fait pour en arriver là ? Malheureusement, je ne crois plus du tout qu’une belle vidéo ne peut pas mentir. Un cheval avec une belle expression, qui semble heureux de participer, a peut-être subi de mauvais traitements. La pression psychologique peut être énorme en “éthologie”. Chez Parelli, on apprend vite qu’on peut forcer un cheval en phase 1. Rien ne vaut le direct, la vraie vie, la réalité pour se faire une opinion solide.

Les chevaux nous enseignent quelque chose de fondamental, encore faut-il apprendre la leçon : la remise en question. Parfois, il faut un cheval particulièrement compliqué pour se prendre une claque et prendre du recul, réfléchir à ce que l’on fait.

Trifine fait partie de ces chevaux. J’ai travaillé Jazon pendant des années dans une approche que je trouve parfaitement regrettable et que je rejette aujourd’hui. Lui, il a tout subi, tout accepté, et même si maintenant je saurais lire son stress, avant je crois que je l’ignorais, simplement. Trifine, elle, m’en a fait voir de toutes les couleurs, et aucune des méthodes employées sur Jazon n’améliorait la situation. C’est grâce à des frayeurs énormes et à une perte de contrôle totale que j’ai durement réfléchi à ce que je faisais. Elle ne m’a pas laissé le choix, en fait. Change, un point c’est tout. Mon égo en a pris un coup : moi qui pensais “savoir gérer un cheval”, je suis retournée à zéro. J’ai tout recommencé, j’ai ré-appris à monter à cheval, à éduquer un cheval, à dialoguer avec un cheval, à comprendre un cheval, à loger un cheval, à soigner un cheval.

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Trifine a été la seule et unique responsable d’une remise en question dure et profonde : 2 ans de comportements vraiment difficiles et dangereux, puis 2 ans de problèmes d’abcès à répétition. D’abord, mon approche du travail du cheval, puis ma façon de soigner et d’entretenir un cheval. J’ai honte, vraiment, de ne pas avoir pris le temps de me remettre en question avant que les problèmes ne surgissent.

Je pense que par ma faute mon cheval a souffert : à cause de mon égo, pour sûr, de mon ignorance aussi. Si mon égo n’avait pas été si développé, peut-être que j’aurais pris le temps de m’informer ?

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26 thoughts on “Un égo de cheval

  1. Très bel article. Bravo. C’est drôle je me retrouve avec ma jument dans ce que tu a vécu avec Trifine. Elle m’a envoyé “dans la face” mes soucis, mon mal-être, et les méthode et fameuses techniques en tout genre. Ca a été dur je trouve. Mais au final ca nous apporte une certaine paix de se réconcilier avec soit même et de ne plus avoir cette envie de “montrer” (ego?) ce qu’on fait de notre cheval au détriment de celui-ci.
    Elle fait partie comme Trifine, de ces chevaux qu’on ne force pas.
    Merci pour ton article (que je vais partager^^)

  2. Très très bel article ! Je me suis moi même déjà fait cette réflexion, l’ego est omniprésent autour des chevaux, c’est affligeant quand on sait qu’ils font partis des animaux les plus sensibles, expressifs et communicants que l’on ai à côtoyer. Je suis heureuse de voir que certaines prises de consciences ont lieu. J’ai moi même des problèmes d’ego, et j’aime à dire que j’y fait attention, mais je continue bien sûr à faire des erreurs, qui renforcent mon point de vue et m’ont déjà poussée à changer de club, à m’éloigner de toute cette pression et de cette notion de pouvoir qui suintait partout…
    Il y a une jument que je côtoie qui ressemble beaucoup à Trifine, tant par le caractère que par l’aspect physique. Je commence à peine mon chemin avec elle, mais j’espère que je saurai voir ses messages et évoluer avec elle, c’est tellement merveilleux de communiquer avec un cheval heureux et bien dans sa peau, qui se sent bien avec toi 🙂

    Merci, grâce à toi j’ai passé un bon moment !

    1. On a tous des problèmes avec notre ego ! c’est dans notre nature, le tout c’est de réussir à le gérer 😀
      Si tu as déjà conscience de ça, alors je suis sûre que tu sauras lire cette jument. Le plus dur, c’est de s’en rendre compte… Ensuite, on fait attention aux messages des chevaux 🙂

  3. Je dis de même : Super article.
    Cela faisait une saison entière qu’en dressage, j’avais des moments de colère, je commençais à m’énerver et à exiger du cheval, sans me remettre en question. Cette année, j’ai décidé de m’arrêter quand je m’énervais, de voir le cheval tel qu’il est : un être vivant qui n’est pas né pour nous obéir au doigt et à l’œil mais pour s’exprimer aussi. Depuis cette année, j’essaie de monter léger, de mieux gérer mes émotions, et je crois que c’est un passage fréquent chez le cavalier à mon âge (la vingtaine). Depuis, je crois que je retrouve le plaisir de l’équitation, qui s’allie à mon amour du cheval, ce qui n’était pas toujours facile à concilier avant (étrange à dire)…
    Merci de parler de ce passage difficile, de notre changement de regard sur le cheval, il en faudrait plus comme toi. Et tu le dis si bien !
    Merci.

  4. Avant je faisais partie de celle qui se plaisait dans la popularité web, à l’époque Skyblog, puis les premiers faceponey en 2008.. Puis j’ai eu ma deuxième jument qui, elle, ne pardonnait rien. Un jour elle m’a chargé & m’a galopé dessus. J’ai commencé à réfléchir sérieusement à ce moment là, avant de commencer à me rapprocher en 2010-2011 vers l’Ecole de la Légèreté de Philippe Karl. Encore une fois, on tombe dans des excès & des travers même si l’idée est bonne.

    Pendant de longues années j’ai culpabilisé d’avoir utilisé des méthodes pas cool avec mes chevaux.. Depuis que j’ai fait ce travail sur moi, j’ai arrêté de culpabiliser même si à l’heure actuelle il arrive que des séances se passent mal à un instant T, je ne me mets plus à culpabiliser à ne plus en dormir & magie, ma relation avec mes chevaux est beaucoup plus saine.

    Egalement, depuis que je suis devenue plus amicale avec mes confrères humains, tout va pour le mieux. Je me suis épanouie dans ma vie personnelle & j’ai bien senti la différence.

  5. Bonsoir,
    C’es un très bel article que vous avez écrit.
    Mais du coup je me pose pas mal de question car n’ayant pas un grand niveau en équitation je souhaiterais me faire entourer pour le débourrage prochain de ma jument, cependant prendre conscience de mon égo en soi ne me parait pas trop difficile car je pense en avoir déjà conscience; mais comment trouver des professionnels qui travailleront dans le sens de l’animal et pas dans le sens de leur réputation ? J’ai peur de faire confiance à quelqu’un et qu’il/qu’elle m’enseigne de mauvaises pratiques qui pourrait aller à l’encontre de la bientraitance de ma jument et que je ne m’en rende pas compte :/

  6. Très belle article, je crois être celle qui avait publié cette photo de Steve Guerdat en dessous de son reportage sur la page d’Equidia. Merci de les avoir reprise et de les montrer, car, comme vous dites “Gagner les JO n’a jamais été une preuve de bien-être animal”, et ce cavalier, tant adulé, n’aide pas à faire bouger les choses 🙂

  7. super article bravo !! qu il fasse méditer tout le monde pour le mieux du cheval .. perso je regarde l ego du cheval avant le mien !!
    ( petit hors sujet je défend pas Guerdat mais j avais un cheval que je montais sans mors il a tjrs eu la langue dehors même au paddock un tic d après la veto, mais sur les photos je pense pas que ce soit un tic!! juste du mal être )

  8. Bonjour,
    je viens de commencer a lire vos articles et j’accroche vraiment ! Enfin quelqu’un qui partage mes impressions et qui me remet aussi en question 🙂
    J’ai vu dans cet article le problème d’abcès a répétitions de votre jument, je suis dans le même cas et je pense ne pas réussir a ouvrir les yeux a ce sujet, est-ce moi, ma façon de faire, mon incompréhension ?…
    J’aimerais m’entretenir avec vous si possible pour m’éclairer, m’emmener vers un chemin de recherches concrètes, de remise en question ..
    Merci d’avance
    Anaïs

    1. Je viens de publier un article sur le sujet ! Regardez dans les derniers articles écrits ! Si vous avez des questions après cette lecture, n’hésitez absolument pas à me contacter ! 😀 et merci pour vos compliments !

  9. Un article intéressant. Savoir se remettre en question n’est jamais facile et il est vrai que l’on a souvent tendance à regarder par rapport à nous et pas vraiment par rapport à celui du cheval. Il y a malheureusement deux extrêmes : les compétiteurs, qui sont capables de tout pour gagner sans se soucier de leur monture et ceux qui comme vous le dites, ne font plus rien avec leurs chevaux parce que toutes formes de “travail” est pour une torture.

    C’est compliqué de trouver un juste milieu, surtout quand on voit la mentalité de certains CE qui martèle à longueur de cours “rentre lui dedans, il se moque de toi la ton cheval”, “montre lui qui commande”, etc…

    J’espère être juste avec mes juments, j’essai de m’instruire au maximum, de lire de nombreux ouvrages et des témoignages comme le votre afin de m’ouvrir et ne pas rester sur des bases qui pourraient être fausses.

  10. Bonjour, Tres bel article, merci, en espérant qu’il soit lu par tous dans le monde du cheval. J’ai eu la chance d’avoir mon cheval à 15 ans, êt ca n’a pas été facile tous les jours, alors j’ai réfléchi, ca m’a pris du temps, mais au final j’ai réussi , plus de ruades, refus d’aller en avant, il me faisait confiance et réciproquement je lui faisait confiance. Apres ca, j’en ai fait mon métier, cavalière de reining, j’ai ai vu des vertes et des pas mûres dans ce monde de brutes, mais j’ai toujours continuer à les respecter, c’est si facile de se laisser influencer par le monde de la gagne. Je m’en fichais, je voulais juste des chevaux heureux, bien dans leur têtes et dans leurs corps. Au final, je rend mon tablier, j’aime les chevaux pour ce qu’ils sont, mais les gens autours sont invivables. J’ai appris beaucoup sur moi-même, grâce à eux, êt je leur en serai toujours reconnaissante.

  11. De uitvoering ‘hoe’ onze menselijke emotionele staat is, is van een nog groter belang willen wij ‘echt’ een paard begrijpen en ‘echt’ in hun gratie vallen.
    In de huidige horsemanship methodes worden basisrituelen en handelingen teveel aangeleerd als pure leerstof en wetenschap. Druk daar…draai met uw lichaam zus of zo dan doet het paard zus of zo, doe dit….dan doet hij dat enz..enz… Juist zoals een gebruiksaanwijzing van een huishoudtoestel!
    Ok, opgelegde oefeningen is voor velen al een houvast en al een leidraad in de goede richting. In de praktijk is dit meestal een lange weg van weken en maanden en na verloop van tijd is de uitvoering geautomatiseerd en te mechanisch. Zelfs met de zogezegde rituelen en methodes?
    Met fierheid kan men zeggen : “ziezo, mijn paard is getraind met het basisgrondwerk en nu verstaat hij het”??!
    Wordt er al eens gedacht in de richting van het paard?
    Over de gedane oefeningen en zeker over de manier waarop we als mens deze handelingen maanden hebben geoefend?
    Heeft men al eens stilgestaan bij het feit dat als de oefeningen zo coherent en natuurlijk zijn voor een paard, waarom het dan weken en maanden duurt alvorens hij deze oefeningen begrijpt? Zegt in feite al heel,veel,over onszelf…
    Als we kijken naar bijvoorbeeld een veulen dan doet dit de rituelen en handelingen instinctief van bij zijn geboorte en het veulen wordt door zijn soortgenoten dan ook nog eens direct verstaan!
    Als mens zijn we volop bezig met allerlei oefeningen en paarden handelingen uit een boekje of volgens ‘een’ zekere methode. Zijn de oefeningen goed en coherent met onze paarden dan zitten we al op een goede weg en dan zijn we al ‘vol met paarden knepen’.
    Onze gedachten en présence blijven ook vol van gedachten en redeneringen dus letterlijk vol met menselijke gedachten! Wat in het geval met de paarden niet zo positief is. Een spiegelbeeld? Velen hebben in dit geval gewoonweg géén spiegelbeeld!
    Als mens denken wij instinctief veel te veel na! En, nog erger, we denken veel te veel in de plaats van het paard! Onze emotionele staat, onze goedheid, onze wil om zichzelf in vraag te stellen en te willen veranderen zijn al een deel zaken in de goede richting. Jezelf buiten je lichaam kunnen brengen, je eigen energie leren ‘zien’ en kunnen beheersen en voeg daarbij de krachtige energie van de paarden… dan… pas dan kom je als het ware in de echte wereld van de paarden….

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