Préparer son cheval aux piqûres : le mode d’emploi

Tous les vétérinaires au monde sont heureux lorsqu’un cheval est facile à soigner. Se préoccuper de la partie éducative, en supplément de la partie médicale, ça n’est finalement pas vraiment leur job. Cependant, on apprécie tous qu’un vétérinaire possède des compétences de base en éducation équine… Toutefois, afin d’entretenir des relations cordiales avec votre vétérinaire, je vous propose aujourd’hui de préparer votre cheval aux piqûres : prise de sang, vaccins, et autres joyeusetés.

Un parfait exemple ici 🙂

ATTENTION : il ne s’agit pas d’un mode d’emploi pour apprendre à faire soi-même la piqûre. Il s’agit d’une approche comportementale pour préparer son cheval à vivre la piqûre, faite par un professionnel de la santé équine, de la meilleure façon possible =)

Pourquoi préparer mon cheval ?

Je sais… Vous n’avez déjà pas beaucoup le temps de faire tout ce dont vous rêvez avec votre cheval, alors pourquoi s’embêter à le préparer au vétérinaire, qui gère ça très bien de toutes façons.

Eh bien, pour votre cheval, c’est nettement plus confortable. Souvent, quand le vétérinaire vient, c’est que quelque chose ne va pas (sauf pour la visite annuelle de vaccination). Votre cheval est peut-être malade, ou s’est blessé, et je suis prête à parier que vous êtes terriblement inquiet pour votre Caramel chéri d’amour. C’est normal, je ne vous juge pas.

Caramel se retrouve au milieu de maman qui stresse comme une dingue (pour Caramel ET aussi pour la facture), une douleur qui l’agace probablement, le/la vétérinaire et son camion caverne d’Ali Baba, qui cherche des solutions avec les sourcils froncés,  et tout ça, n’est pas habituel, ni confortable.

Alors voici un petit article sur la préparation à la piqûre, et cela : à l’aide de votre meilleur assistant du jour, le cure-dent =)

Désensibilisation ou Jeu de l’Amitié au cure-dent

Prenez donc quelques cures dents avec vous. Prenez votre cheval et amenez-le dans une piste close, pour commencer (certains chevaux ont des réactions assez fortes aux sensations de piqûre).

Vous allez procéder à un bête exercice de désensibilisation, ou de jeu de l’amitié, mais avec un cure-dent situé au centre de son encolure. Vous pouvez demander à votre vétérinaire conseil quant à l’endroit exacte où se situe la piqûre, en cas de vaccination, de prise de sang, d’intra musculaire, etc.

Avant de démarrer, pensez bien aux 3 concepts essentiels au jeu de l’amitié réussi :

  • Relaxation : c’est l’objectif principal du jeu de l’amitié. Afin d’avoir un cheval relaxé, vous devez vous-même faire attention à votre énergie corporelle ainsi qu’à votre gestuelle. Elle doit être relaxé. Faites donc des mouvements souples, fluides et amples ; non pas saccadés, vifs et abrupts.
  • Rythme : l’objet des peurs de votre cheval doit devenir prévisible, pour permettre au cheval de se décontracter. Ainsi, vous devez faire preuve d’un rythme constant, égal, lorsque vous entamez une désensibilisation, ici, au cure-dent – à la sensation de piqûre sur l’encolure. Vous allez donc aller, venir, aller, venir vers la zone qui l’inquiète avec le même rythme.
  • Retrait : pour une bonne désensibilisation, il faut utiliser l’approche-retrait. C’est exactement ce que fait la vétérinaire de la vidéo ci-dessus. Le cheval a peur de l’instant où l’aiguille touche son encolure. Il anticipe donc la venue de la vétérinaire en bougeant pour s’écarter d’elle. Elle va donc s’approcher et se retirer avant même que le cheval ait eu le temps de réagir. Elle va répéter cette opération jusqu’à ce qu’elle atteigne le point fatidique : l’aiguille qui s’enfonce dans l’encolure.

Armez-vous de votre cure-dent… Et piquez !

1) On va d’abord procéder à une désensibilisation sans cure-dent. Au niveau de l’encolure, pincez votre cheval de façon à attraper un pli de peau entre les doigts. Observez sa réaction. Évidemment, on ne parle pas de forcer son cheval ici, mais bien de l’habituer à sentir le pli de peau et qu’il réalise que rien ne se produit. Le forcer reviendrait à mener son cheval vers une forme de résignation, ce qu’on ne cherche en aucun cas : on souhaite bel et bien lui donner confiance. Si votre cheval montre des réactions  fortes ou vraiment violentes, il va falloir diminuer considérablement l’intensité de votre action et être patient. Utilisez alors l’approche-retrait : par exemple, faire mine de pincer, puis aller plus fort et arrêter immédiatement. S’il bouge, maintenez doucement le pli jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. S’il ne bouge pas, relâchez et répétez pour vous assurer que ça n’était pas un coup de chance. Attention, le fait de ne plus bouger ne signifie pas que le cheval est relaxé. C’est un premier pas vers la décontraction, mais vous devez vraiment chercher des signes de décontraction.

2) Lorsque votre cheval ne montre plus de signaux négatifs, à la prise franche d’un pli de peau, mais qu’au contraire il reste neutre, vous allez commencer à enfoncer votre ongle dans son encolure. On va répéter exactement la même procédure que ci-dessus : s’il bouge, maintenez votre ongle enfoncé, jusqu’à ce que votre cheval s’arrête. Répétez tant que votre cheval bouge, et cessez immédiatement à l’instant où votre cheval ne bouge plus. Si vous sentez que votre cheval se contracte, répétez autant de fois que nécessaire pour observer des signaux de décontraction (renâcler, mâchonner, soupirer, etc.).

3) Maintenant, armé de votre cure-dent, vous allez également piquer votre cheval, de la même façon que les fois précédentes. Piquez juste une fois, et observez sa réaction : a-t-il bougé ? S’est-il contracté ?  La sensation du cure-dent se rapproche beaucoup plus de l’aiguille que les 2 actions faites précédemment. Il est donc probable que vous observiez une réaction peut-être plus forte. Parmi celle-ci, il y a notamment la contraction des muscles de l’encolure, qui a plusieurs inconvénients : elle rend la piqûre encore plus douloureuse, et elle rend la piqûre plus difficile à faire également.

L’importance de la flexion

Si les muscles sont contractés, il est fort probable que le cheval sente fortement l’aiguille et que ça ne soit pas très confortable pour lui.

L’idée est donc plutôt de faire la piqûre quand les muscles du cheval sont détendus. Ainsi, on prépare en demandant une flexion d’encolure du côté où l’aiguille va entrer. Donc, imaginons que l’on fasse la piqûre du côté gauche, on encourage la relaxation musculaire en demandant une flexion du côté gauche.

Dans le cas où votre cheval s’est contracté à l’étape 3) ci-dessus, demandez lui une flexion du côté gauche, puis piquez une fois.

  • S’il réagit en bougeant ses pieds, maintenez la flexion, et maintenez également le cure-dent au contact de son encolure. A l’instant où ses pieds ne bougent plus, cessez uniquement la pression avec le cure-dent. Puis ensuite libérez son encolure.
  • S’il réagit en se rigidifiant sans bouger, maintenez la flexion, maintenez le cure-dent, et attendez simplement qu’il se décontracte. S’il faut attendre plusieurs longues secondes, soyez patients et laissez-le gérer ses émotions seul. Dès que vous sentez une amélioration (soupir, mâchonnement, muscles qui se décontractent…), libérez d’abord le cure-dent, puis son encolure.

Je vous encourage vivement à tester tout ce processus de jeu de l’amitié depuis le début sur plusieurs zones de son encolure, et des deux côtés de son encolure.

Un peu de porc-épic pour aller plus loin

Une fois que votre cheval ne montre plus aucune réaction négative aux actions précédentes, vous pouvez aller encore plus loin en lui apprenant à faire la flexion lui-même du côté où il sent la piqûre.

Par exemple, vous allez pincer à la base de son encolure, et lui demander la flexion d’encolure quelques secondes après. Répétez plusieurs fois. Certains chevaux anticiperont d’ores et déjà en donnant la flexion dès la sensation de pincement.

Si le vôtre n’anticipe toujours pas et attend que vous demandiez la flexion, trichez un peu en utilisant la friandise :

  • pincez la base de l’encolure
  • demandez la flexion quasi immédiatement
  • récompensez avec la friandise de votre choix
  • répétez jusqu’à ce que votre cheval donne une flexion de lui-même lors de la sensation de pincement, et récompensez-le alors chaudement

Vous procédez alors à une sensibilisation au porc-épic. Celle-ci ne peut avoir lieu qu’à condition que la première étape, la désensibilisation, ait été bien terminée.

Si vous devez faire une piqûre urgemment, et que votre cheval n’est pas prêt : que faire ?

Appeler un professionnel pour vous aider =)

La vérité, c’est que si votre cheval supporte très mal les piqûres, il faut vraiment le préparer et prendre le temps dont il aura besoin. Si votre cheval a besoin d’une sédation ou d’un anti douleur en urgence, facilitez-lui la vie, ainsi que celle de votre vétérinaire, et la vôtre également.

La technique qui fonctionne le mieux, ça reste de demander la flexion d’encolure du côté où le vétérinaire va piquer. N’utilisez pas d’alcool pour stériliser la zone : souvent, les chevaux qui ont une peur panique des injections ont associé l’odeur à cette sensation qui les impressionne tant. Vous pouvez être certains que le cheval sera déjà mentalement conditionné à exploser à l’instant où le vétérinaire s’approche pour poursuivre ses soins.

Après avoir fait une flexion d’encolure, tapez avec le poing 3 fois de façon croissante sur la zone qui doit recevoir une injection. Tapez 1 fois léger, 2 fois un peu plus fort, et la 3ème fois encore plus fort. Répétez cela plusieurs fois. L’idée, c’est d’insérer l’aiguille entre plusieurs “coup de poing” (pas trop fort évidemment, les coups de poing). Tout en maintenant la flexion d’encolure. Avec dextérité, vous pouvez alors faire : “tap, tap, aiguille, tap“.

Donc je répète le procédé :

  • placez-vous à gauche de votre cheval.
  • demandez une flexion d’encolure à gauche et maintenez-la.
  • avec votre poing, tapotez 3 fois en rythme et de plus en plus fort sur l’encolure.
  • l’idée, c’est de faire “tap, tap, TAP” jusqu’à ce que le cheval ne réagisse plus vraiment à cette action étrange =)
  • dès que le cheval semble habitué, répétez le même procédé mais cette fois, en prenant l’aiguille en main, pour vous habituer.
  • enfin, dès que vous vous sentez prêt, enfoncez l’aiguille entre deux “tapes”, ni vu ni connu : “tap, tap, aiguille, TAP”.

Conclusion : préparer votre cheval, la clé du succès

Pour tout ce qui concerne votre cheval : le préparer vous facilitera toujours la vie. Le bon déroulement des manipulations quotidiennes forment une base essentielle à une relation saine et durable.

Partager l'article
  •  
  •  

4 thoughts on “Préparer son cheval aux piqûres : le mode d’emploi

  1. J’avoue que je suis assez choquée de quelques uns des conseils… “pincez jusqu’à ce qu’il ne réagisse plus”… C’est de la résignation qui est ainsi obtenu et pas une vraie cessation de la peur… Tenir jusqu’à ce qu’il se décontracte… Inconfort/confort version un peu forte je trouve ^^’ mais plus loin dans l’article on voit la notion de récompense qui ensuite disparaît… Je sais que tous ne sont pas adeptes du R+/clicker/éducation positive loin de là mais pour un truc comme cela très anxiogène… Je suis d’avis que peu importe la méthode de dressage habituelle il faille s’y prendre différemment… Je ne vais pas faire un réquisitoire contre la désensibilisation/immersion au profit de l’habituation mais je note quand même que je trouve un peu violente cette méthode du moins psychologiquement…

    Après bien sûr avec les récompenses il ne s’agit pas non plus de lobotomiser comme on peut le voir dans certaines dérives néfastes ou on profite de la récompense pour faire du mal…

    Enfin je suis désolée mais j’avoue ne pas du tout adhérer à la manière de s’y prendre pour le coup… Bien que l’idée soit bonne, je vais voir si Tania réagit à la piqure c’est une idée…

    1. Bonjour Leïla,

      Je me permets de réagir ici à votre commentaire, qui m’a beaucoup peinée.

      J’ai vraiment besoin de clarifier certaines choses.

      Leïla, je vous invite à venir voir mon travail pour que vous constatiez sur le terrain que je suis tout à fait familière avec les notions d’habituation, de désensibilisation, de “flooding”, et que je n’encourage jamais, jamais, les gens à forcer ni à résigner leurs chevaux.

      De plus, je me permets de reprendre certaines parties de mon article dans lesquelles je pensais avoir, de fait, précisé ce que vous souhaitez (avec justesse) préciser :

      “On va d’abord procéder à une désensibilisation sans cure-dent. Au niveau de l’encolure, pincez votre cheval de façon à attraper un pli de peau entre les doigts. Observez sa réaction. Évidemment, on ne parle pas de forcer son cheval ici, mais bien de l’habituer à sentir le pli de peau et qu’il réalise que rien ne se produit. Le forcer reviendrait à mener son cheval vers une forme de résignation, ce qu’on ne cherche en aucun cas : on souhaite bel et bien lui donner confiance. Si votre cheval montre des réactions fortes ou vraiment violentes, il va falloir diminuer considérablement l’intensité de votre action et être patient. Utilisez alors l’approche-retrait : par exemple, faire mine de pincer, puis aller plus fort et arrêter immédiatement. S’il bouge, maintenez doucement le pli jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. S’il ne bouge pas, relâchez et répétez pour vous assurer que ça n’était pas un coup de chance. Attention, le fait de ne plus bouger ne signifie pas que le cheval est relaxé. C’est un premier pas vers la décontraction, mais vous devez vraiment chercher des signes de décontraction.”

      Si vous trouvez que je ne m’exprime pas assez clairement sur le fait de ne pas prendre caricaturalement un pli de peau et de forcer le cheval à ne plus bouger, complètement hagard et résigné, alors je suis prête à clarifier mes propos au sein-même de mon article, car je ne souhaite en aucun cas me faire mal comprendre.

      Je suppose, bien entendu, que ce sont les risques lorsqu’on veut faire passer des messages par écrit… Cependant, s’il y a bien une chose que je ne peux pas accepter, c’est que des personnes comprennent mes conseils comme vous les avez compris. Attention, ceci n’est pas une critique : j’en conclus que je me suis mal exprimée, étant la première à critiquer certaines techniques abusives de “désensibilisation” bien courantes dans le monde de “l’éthologie”.

  2. Bonjour,
    Article intéressant et bien construit!
    J’ai juste du mal à comprendre en quoi la flexion entraîne une décontraction des muscles situés du même côté de l’encolure… D’un point de vu biomécanique, la flexion à droite (par exemple) entraîne une contraction des muscles du côté droit de l’encolure et une extension des muscles du côté gauche. Donc l’injection du côté droit se ferait au niveau du muscle contracté si on maintient le pli à droite en piquant… A moins que l’on ne parle pas du même plan musculaire?

    1. Bien vu Anaïs 🙂 ! J’en parlais justement hier avec ma vétérinaire, qui me confirme qu’elle préfère piquer du côté du pli. Or, mécaniquement, on a toujours appris que de ce côté-ci, les muscles se “contractaient”. Je vais revoir en détail avant de m’avancer, mais selon elle, piquer du côté du pli évite une contraction isométrique (de type gainage) et ça serait cela qui aiderait le cheval à mieux vivre la situation.
      Mais je vais me renseigner plus amplement avant de m’avancer 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *