Plaidoyer pour un poney

Quand on possède un petit poney un peu commun, pas particulièrement charismatique ni surdoué, bref un poney normal, on rencontre quelques remarques qui nous font parfois baisser les bras. (par contre il est isabelle sooty autrement connu sous le nom de poney caméléon, et ça, c’est hyper stylé.)

Jazon d'amour
(poney caméléon)
  • Achète-toi un cheval à ta hauteur
  • Achète-toi un vrai cheval
  • Ah mais il est tout petit en fait !
  • Prends un cheval qui correspond à ton âge
  • C’est fini le temps des poneys, non ?
  • T’es un peu ridicule là-haut !
  • Il est trop vieux
  • Il est trop petit

J’ai beaucoup entendu ces remarques-là, dans le milieu plus “classique” du dressage. C’est de bonne guerre.

Printemps 2016, le bide est encore sous contrôle.
Printemps 2016, le bide est à peu près encore sous contrôle. (et encore…)

Avec mon petit poney au bide à bière tristement omniprésent, j’ai pourtant appris l’immense partie de ce que je sais sur les chevaux aujourd’hui. Je lui dois beaucoup, notamment qu’on peut faire de grandes choses avec des chevaux pas forcément nés avec une cuillère d’argent dans la bouche – génétiquement parlant, tout du moins – et pas forcément appareillés de la meilleure cavalière du monde – loin de là.

Ok, l'angle n'est pas flatteur. Automne 2015. (photo Laureline van Overmeir)
Ok, l’angle n’est pas flatteur. Mais quand même, c’est chaud pour un cheval qui bosse.
Automne 2015.
(photo Laureline van Overmeir)

Alors attention, qu’on se dise les choses : quand on a l’ambition de faire correctement du dressage, c’est bien plus logique de le faire sur un cheval taillé pour. Quand on est cavalier amateur, je trouve plus intelligent de choisir un cheval en fonction de nos intentions (dixit la fille qui a un cheval de trait et un poney ONC en dressage – bonjour l’hypocrisie 😛 ). Car oui, c’est plus difficile sur des chevaux conçus pour tracter, par exemple (hum hum)… Et souvent, nos erreurs de cavaliers amateurs, aussi doué soit-on, ne font pas du bien à ces chevaux auxquels on demande des efforts considérables. C’est également assez prétentieux (et/ou audacieux ?) de croire qu’on réalisera de magnifiques piaffers parce qu’on est trop forts et qu’on travaille trop bien et que rien n’entravera notre chemin. Les personnes qui y arriveront dans les règles de l’art ne représentent pas une majorité.

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C’est très beau, de s’offrir des challenges en prenant un cheval atypique pour des objectifs atypiques. Encore faut-il avoir l’énergie, l’intention et le travail qui suivent. Avant j’étais très admirative des gens qui prenaient des chevaux atypiques et choisissaient une discipline tout à fait différente de ce que leurs corps (et même de leur mental !) déterminait à la base. Il reste cependant assez rare que les objectifs soient atteints, tout simplement parce que la tâche demande trop de rigueur et de compétence…

Jazon le clown

Toutefois… Très souvent, nos chevaux sont entrés dans notre vie un peu par hasard. Pour ma part, j’ai eu Jazon à 11 ans car une situation favorable a fait que mes parents ont accepté de me l’offrir. Je ne faisais que de la balade et je commençais les cours au poney-club depuis 3/4 ans. Plus de 10 ans ont passé, et j’ai bien sûr énormément changé… J’exige de Jazon un travail tout à fait différents de nos débuts. Mais ça, je ne pouvais pas l’anticiper. Trifine, c’est un peu pareil… Elle ne m’était même pas destinée à l’origine !

Bref, donc on se retrouve avec deux chevaux pas du tout taillés pour ma discipline de prédilection… Le dressage.

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***

Et combien j’ai appris avec ces chevaux ! Avec ceux-là, on doit être doublement vigilant, rigoureux, clair… On a encore moins le droit à l’erreur. Parce qu’on ne veut pas leur faire mal. Parce qu’on impose déjà notre volonté, notre besoin de plaisir et nos désirs à leur petit corps et à leur grand esprit. Parce qu’on veut donner le meilleur de nous-même pour que eux aussi, ils s’amusent, ils se renforcent, et y trouvent leur compte. Parce qu’on ne veut pas d’une équitation à sens unique, mais d’un partenariat, d’une amitié quasi fusionnelle dont on rêve et pour laquelle on travaille comme des fous, pour atteindre le Graal. Car oui, le Graal, ça n’est pas le piaffer, ou les changements de pied au galop… Mais c’est gagner le cœur et l’esprit de nos chevaux, c’est se voir offrir leur générosité, leur volonté d’être et de donner d’eux-même.

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Mon petit Jazon, j’ai grandi avec. Il a vécu mes pires idées, mes pires méthodes, mes pires gestes. Je ne souhaite ça à aucun cheval, mais malheureusement, je pense que beaucoup passent par là, si ce n’est la majorité d’entre eux. Ils subissent nos erreurs.

Malgré ça, Jazon est encore là, aujourd’hui encore, à 19 ans, à m’offrir une séance de rêve, où je le sens gagné d’une espèce de ferveur quasi guerrière pour réussir l’exercice que je lui propose (à main gauche, marcher large, galoper à droite, trotter, galoper à gauche, à l’envi – oui bon j’ai pas dit qu’on faisait du Saint Georges non plus 😛 ). Cette sensation de fusion du corps, où le moindre changement dans mon corps entraîne une réaction directe chez lui, et de fusion de l’esprit, où je sens que mon idée est la sienne, sans être passée par une quelconque bagarre, ou négociation, est absolument fantastique. J’ai conscience que je ne mérite pas cette chance, cette générosité, la façon dont cet être m’accepte sur son dos, et me prend par la main pour m’emmener dans un état euphorique que seuls les cavaliers connaissent.

Dressage automnal

Alors merci. Merci Jazon, pour tout ce que tu m’apprends, car il est indéniable que tu auras participé à une immense proportion à la construction de ma personne. Merci à tous ces chevaux qui ont subi nos erreurs de débutant et de jeunesse, mais qui ont été, sont, et seront toujours présents pour nous offrir du bonheur désintéressé. Ce sont eux qui nous apprennent à mieux vivre avec d’autres êtres humains et non-humains.

Finalement, ce sont eux qui nous apprennent à être la meilleure version de nous-mêmes…

 

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3 thoughts on “Plaidoyer pour un poney

  1. On ne pense que très peu à remercier nos compagnons des débuts. Pourtant sans eux, sans leur gentillesse on ne serait pas là où on en est. Un très beau message pour un merveilleux poney.

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