Pete Ramey et le parage naturel – Partie 2

Pete Ramey, présenté ici dans la première partie de cette fiche de lecture, est une personnalité à connaître si vous vous intéressez de près ou de loin au parage naturel. Personnellement, je suis assez fan de sa façon de voir les choses : c’est un ancien maréchal ferrant qui a expérimenté les pieds-nus, s’inspirant de Jaime Jackson, et qui depuis… Ne ferre plus ! Eh oui, il a eu la révélation que tout le monde aura, j’espère, un jour : pieds-nus, c’est mieux (et ce pour 2000 raisons environ).

Cette 2ème fiche de lecture se contente de résumer “Making Natural Horse Care Work For You” de Pete Ramey, il ne s’agit pas de recettes magiques à adapter au pied de la lettre. Je ne suis pas pareuse et Pete Ramey a encore évolué depuis ce premier ouvrage. A lire avec du recul, donc 🙂

(Conseil : lisez la première fiche de lecture pour suivre le fil)

Les évasements

Comparaison théorique entre l'évasement du pied et ce à quoi il devrait ressembler sans évasements.
Comparaison théorique entre l’évasement du pied et ce à quoi il devrait ressembler sans évasements.
Pour avoir une idée de l'angle normal de pousse du pied, regardez toujours la "jeune" pousse, celle située en couronne. Elle indiquera dans quel sens il faut parer !
Pour avoir une idée de l’angle normal de pousse du pied, regardez toujours la “jeune” pousse, celle située en couronne. Elle indiquera dans quel sens il faut parer !

Les pieds évasés n’arrivent jamais chez les chevaux sauvages. Pourquoi ? Toujours cette histoire de paroi externe qui est usée chez nos chers mustangs. Du côté chevaux domestiqués, on a carrément décidé de laisser cette paroi comme pilier porteur du pied (revenez sur la fiche de lecture précédente pour la querelle sole/paroi porteuse). Outre le fait qu’un évasement est à la fois révélateur d’un défaut d’aplomb (mais c’est NORMAL, tous les chevaux ont des défauts d’aplomb même légers), l’évasement va surtout enfoncer le cheval dans son déséquilibre en l’aggravant, avec les conséquences structurelles que ça peut avoir (lésions ostéopathiques, compensations etc.).

Chevalmag en 2009 : paroi porteuse, P3 pas à sa place (non parallèle au sol), c'est pas très joli tout ça. Pourtant c'est ce qu'on nous enseigne.
Chevalmag en 2009 : paroi porteuse, P3 pas à sa place (non parallèle au sol), c’est pas très joli tout ça. Pourtant c’est ce qu’on nous enseigne.

Le pied que vous observez n’a pas d’évasements si vous avez ceci :

la ligne blanche est étroite : si elle est étirée, c’est qu’il y a eu un décollement de paroi souvent dû à un évasement…

– on doit voir nettement que la pousse du pied forme une ligne droite du bourrelet coronal jusqu’au sol !

Lorsqu’il constate que la ligne blanche commence à s’étirer, il corrige progressivement l’évasement en plusieurs parages pour laisser le temps à la ligne blanche de se resserrer. Si j’ai bien compris, à l’époque du livre, il affinait fortement la paroi externe située au niveau de l’évasement.

Il propose ensuite une série de cas concrets : chevaux peu voire pas entretenus, comme un Quarter Horse de 12 ans dont les pieds font peur (paroi très longue, pince évasée), ou ce Tennesse Walking Horse à la pince ultra évasée, des chevaux ferrés avec heart bars et tout le bazar, qui se révèlent au déferrage et surtout après le parage de Pete, il y a même une mule ! J’étais un peu déçue, je dois dire. Les cas d’études sont résumés, survolés. Il propose tout de même aussi des cas qui contredisent les paramètres “de base”, par exemple en ayant des talons trop hauts par rapport à la norme, mais dont la sole est très dure et épaisse.

L'apex
L’apex

Concrètement : il cherche systématiquement le point le plus bas de concavité, l’apex, la pointe de la fourchette. Attention à l’équilibre des talons : les regarder pour vérifier qu’ils sont bien parallèles.

Le cheval doit être plus confortable qu’avant le parage, pas l’inverse, sinon c’est qu’il y a un problème avec le parage !

 

Chapitre 4 : l’entretien

On a un gros problème dans le monde du cheval : on pare que lorsque le pied semble visuellement avoir besoin d’un parage. Autrement dit, quand les dommages sont déjà faits ! Il faut parer avant que ça arrive… Il conseille d’entretenir idéalement toutes les 4 semaines – n’oublier pas de faire venir votre pareur régulièrement, même l’hiver ! Concernant les pros, il estime qu’on reconnaît un pareur compétent au fait que les chevaux l’adorent, car il leur apporte du bien-être.

Il insiste sur le parage des foals, dont les pieds poussent très, très vite pour suivre le troupeau dans la nature, et sur le fait que la plupart des chevaux domestiques finissent par avoir besoin d’être ferré à 5 ans parce qu’il n’y a eu aucun entretien et beaucoup de dégât sur les pieds. Si les pieds sont entretenus dès le début, il n’y aura jamais besoin de ça ! Or, je crois qu’on est nombreux à constater que les foals sont rarement parés correctement.

Il montre ensuite des photos des entretiens de ses chevaux (et il y en a beaucoup) : il cherche l’apex, enlève de la paroi, les barres, remet les talons à niveau, en faisant attention à l’équilibre des pieds et aux évasements.

Chapitre 5 : le parage pour chevaux en transition

C’est LE chapitre que j’attendais avec impatience : la force que les pieds-nus peuvent avoir pour guérir un cheval est impressionnante.

Pete Ramey raconte d’abord son scepticisme éternel vis-à-vis des études/connaissances sur les maladies courantes des chevaux domestiques (fourbure, naviculaire) : pour lui, les textes vétérinaires se contredisent et la plupart des études sont effectuées sur des pieds tout sauf naturels ou sains. Ce qui est archi vrai : il suffit de voir les manuels des galops, où l’on apprend les parties du pied du cheval… Sur un pied ferré, talons contractés, etc.

Ensuite, pour lui, la plupart des problèmes proviennent de ce que l’on fait aux pieds à la base : leur mettre des fers et parer n’importe comment. Il remarque aussi qu’un pareur/podologue a besoin d’avoir beaucoup de connaissances dans les domaines vétérinaires et de la maréchalerie, pour justifier son travail : l’inverse n’est pas vrai et pourtant ça serait nécessaire. Je pense que Guillaume Parisot et son génial blog en sont la preuve vivante.

Par exemple, on peut parfaitement soigner un syndrome naviculaire par le parage, mais il faut se bagarrer avec le vétérinaire en utilisant ce qu’il a appris lors de ses études pour réussir à le convaincre.

La fameuse fourbure

D’abord, on parle toujours de “rotation de P3“, alors qu’il n’y a pas du tout de rotation. Il insiste sur le fait que ce n’est pas P3 qui n’est pas à sa place, c’est la boîte cornée autour qui a été déformée.

Le cheval fortement fourbu se reconnaît au fait qu'il met le plus de poids possible en arrière, pour soulager la pince.
Le cheval fortement fourbu se reconnaît au fait qu’il met le plus de poids possible en arrière, pour soulager la pince.

Lors d’un épisode de fourbure violent, il faut d’abord mettre le cheval dans un paddock sans herbe avec un copain, avec du foin (pas de ray grass ou d’herbe grasse), et de l’eau. Il remarque que la partie nutrition est primordiale et le parage s’y ajoute pour soigner la fourbure. C’est là qu’on constate l’importance du dialogue entre professionnels, qu’Eugénie Cottereau (saddle fitteuse) valorise aussi.

Ramey n’est pas contre la prescription de médicaments pour réduire la douleur, mais il ne faut pas que le cheval soit trop à l’aise, il risque de causer des dommages irréparables à ses pieds, il doit quand même être assez sensible pour s’écouter.

Pour le parage : je vous conseille simplement d’aller voir ce que Pete fait ici.

Il propose à nouveau des cas d’études : je me souviens notamment d’une jument guérie en 8 mois, qui a reçu tous les soins de pointe possible, mais qui ne guérissait pas et marchait en reculant pour brouter. Pete s’en est chargé, avec nutrition diminuée à côté, et elle a pu être montée 8 mois après son passage.

Le syndrome naviculaire

Encore une fois (pour changer), il s’agit d’un sujet sur lequel tout le monde débat et personne n’est d’accord. Pete affirme ne pas connaître LA vérité scientifique là-dessus, mais il sait qu’il ne faut pas mettre à la retraite un cheval naviculaire.

Selon lui, la détérioration de l’os naviculaire est une réponse du corps à une pression artificielle à cet endroit. Des talons trop longs qui s’affaissent, le poids que portent les talons s’avance sous l’os naviculaire, alors que la nature est faite de manière à ce que ce poids soit derrière cet os.

De même pour des barres trop longues, des talons contractés (typique de la ferrure), le traitement prescrit est souvent l’opposé de ce qu’il faut au cheval… Pete Ramey avance aussi qu’il n’a (à la rédaction de ce livre !) jamais échoué à soigner un naviculaire.

Seimes et autres joyeusetés

On l’a déjà vu : nos chevaux ont des conditions de vie trop “faciles” pour leurs pieds. La conséquence, c’est qu’ils essayent de s’adapter en produisant une corne de plus faible qualité qui s’effrite, se fend rapidement et facilement, surtout si l’on laisse l’appui en paroi uniquement. Le parage a pour vocation de simuler l’usure naturelle du pied, qui n’existe plus au vu des conditions de vie de nos chevaux domestiques. Une seime n’est pas un problème ; c’est un symptôme du vrai problème.

Pour avoir une idée de l'angle normal de pousse du pied, regardez toujours la "jeune" pousse, celle située en couronne. Elle indiquera dans quel sens il faut parer !
Pour avoir une idée de l’angle normal de pousse du pied, regardez toujours la “jeune” pousse, celle située en couronne. Elle indiquera dans quel sens il faut parer !

Apprenez à lire l’état du pied en fonction de la nouvelle pousse, juste sous les poils. La partie basse du pied est une photographie du passé. Celle qui compte, c’est la partie du dessus : elle indique la bonne direction à prendre pour les évasements, la qualité de la corne, etc.

Il n’est pas pour le fait de baigner les pieds secs dans de l’eau : les pieds doivent être secs. Lorsque les pieds sont de bonne qualité (bonne alimentation, bon entretien), ils seront toujours bien mieux secs. Les problèmes des conditions humides sont ceux qu’on connaît bien dans nos contrées : infections, bactéries en tout genre, pourriture de fourchette, etc.

Talons contractés

Talons contractés
Talons contractés

La 3ème phalange (P3) continue de grandir jusqu’à que le cheval ait 5 ans ! Donc avec les ferrures, les mauvais parages ou le manque d’entretien, nombreuses sont les P3 ayant pris une mauvaise forme. Si P3 s’étire trop, la boite cornée ne pourra jamais être parfaitement formée et les talons décontractés : cela entraîne des désagréments au niveau de l’absorption des chocs, de la circulation du sang… Mais Ramey préfère ne pas trop s’en préoccuper, car sur des pieds qui ne pourront jamais être vraiment décontractés, il faut suivre ce que dit le pied et ne pas l’agresser en forçant la décontraction.

 

Abcès

Ce sont des tissus morts dans la boite cornée. Un pareur ne peut pas grand chose pour prévenir ou soigner le problème, le tissu mort/l’infection est déjà en route et cela doit sortir tout seul, généralement en couronne ou au glome. Il est contre la pratique courante (et je peux le soutenir dans ce propos) de gratter et forcer l’abcès avec l’aide d’une sonde, car cela ouvre un abcès non mûri et en plus ça risque de s’infecter à nouveau et de refaire un abcès (true story, je l’ai vécu). Allez vite lire cet article de Guillaume Parisot, qui m’a vraiment beaucoup aidée lorsque Trifine enchaînait les abcès.

Les pieds en transition

Si le parage est correct, en théorie, passer pieds nus ne devrait pas faire mal. Il faut tout de même quelques semaines pour que la sole s’endurcisse. Il n’aime pas le mot “transition”, puisque la “transition” vient des dégâts causés par le ferrage…

régime : praire grasse, grain riche en sucre = poison, foin varié = le top

exercice : cheval = mouvement, pousse du pied se mesure en kilomètres et pas en heures, donc plus il y a de mouvement, plus ça pousse, plus la réhabilitation sera rapide !

comment le pied a débuté dans la vie : ou autrement dit, le degré de dommage. Il faut être TRES patient, car on ne peut jamais prédire quand le cheval sera réhabilité, même si son expérience lui permet de soutenir qu’on cheval finit toujours par retrouver des pieds fonctionnels.

ce que l’on attend du cheval : et ça, ça dépend du propriétaire.

Le cheval est prêt à être monté quand le propriétaire l’est“.

Un mot sur les hipposandales

C’est le futur du fer. Elles offrent l’avantage de permettre à des chevaux sérieusement abîmés de marcher, à des propriétaires angoissés de se rassurer en protégeant le pied du cheval sur de longues randonnées, et il s’enlève et se retire à souhait.

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