Parelli – Karl : un trait d’union nommé Michael Wanzenried

MikeyMichael Wanzenried est un nom qui m’était totalement inconnu il y a quelques mois. Pourtant, le personnage vaut qu’on s’y arrêtes.  Instructeur Parelli 5*, il possède sa propre, et très intéressante, façon d’appréhender le Horsemanship de Pat Parelli. Il n’a rien à prouver, et n’est pas là pour se faire mousser, il semble avoir une force et un détachement du programme Parelli assez admirable. Pour preuve, il a aussi passé 6 années à se former chez un certain Philippe Karl… Bref, ce Suisse a plus d’une corde à son arc. J’étais super excitée de le rencontrer puisque, à mes yeux, combiner l’approche Parelli à l’équitation de Karl semble proche de l’idéal.

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Résumé d’une journée aux côtés de Mikey, pour les intimes.

Samedi matin, rendez-vous dans le Hainaut. Mikey n’est a priori pas réputé pour sa ponctualité. Il arrive avec un peu de retard, serre lentement les mains qui se tendent, l’air groggy. Il s’assied à deux sièges de moi, et on attend que quelque chose se passe. Mikey n’est pas exactement un orateur déchaîné : calmement, avant qu’on lui rappelle gentiment de débuter le stage quelque part, il demande qui sont les participants. A la manière Mikey : l’air complètement détaché et avec une lenteur assez fascinante, il demande qui est venu avec sa… mule. Oui car avec Mikey, on parle plus souvent de “mule” ou de “renard” que de cheval.

La plupart des participants connaissent Mikey pour avoir déjà effectué des stages avec lui. Ils connaissent sa façon – originale – de parler qui déconcerte et surprend au début, due en partie aux traductions littérales qu’il fait de l’allemand vers le français mais aussi due à lui-même. Il a mille et une expressions hilarantes et des concepts bien à lui (un “renard” étant un cheval malin, par exemple). Il a une personnalité atypique qui a franchement attisé ma curiosité.

Une matinée pour le moins… Surprenante

Le stage se déroule avec 2 groupes de 4 couples. Le 1er groupe se compose notamment de deux couples désirant travailler la Finesse/le dressage, qui apparemment ont déjà été en cours avec Bertrand Ravoux, et pour lesquels la méthode de l’école de légèreté est donc familière.

Parmi les couples “dressage”, il y avait aussi une instructrice Parelli dont l’évolution en une journée m’a beaucoup parlé. La cavalière désirait reprendre les bases du dressage, venant d’une équitation plus “classique”. Mikey a vite posé la sentence avec sa spontanéité habituelle : la cavalière montait autrefois façon “tire-pousse”, et ça se voit encore sur la tête de la jument, même si son humaine semble travailler d’une nouvelle manière depuis le premier passage de Mikey. Sa jument, une belle jument de sport noire pangarée avec beaucoup de classe, exprime son malaise ,avec sa bouche surtout, contractée, la lèvre inférieure fortement plissée et une tête qui manifeste globalement de la tension. L’idée est donc de reprendre le dressage avec un cheval calme et content.

Stage Mikey
Très belle extension d’encolure. Photo : Laetitia Salmon
Travail des flexions
Photo : Laetitia Salmon

Selon Mikey, sa “mule” a constamment l’envie que ça s’arrête, alors qu’elle devrait trouver du confort dans l’exercice. Pour cela, la méthode Mikey est assez simple : faire peu, voire très peu. Voire rien du tout… La cavalière a donc essentiellement fait des cercles au pas et au trot, jusqu’à que la jument se relâche, en allégeant le contact, et en travaillant son équilibre dans les transitions. Elle a travaillé l’arrêt en redressant sa jument par le biais de demi-arrêts, les plis à l’arrêt en relâchant la rêne intérieure pendant que la jument maintient sa flexion.

Ici, si le cheval ne maintient pas la flexion, il suffit de lui redemander jusqu’à qu’il la maintienne quelques secondes. L’intérêt de cet exercice entre dans le cadre d’une équitation posturale en équilibre : la descente des aides (relâcher la rêne intérieure ici) permet de vérifier que le cheval fait l’exercice sans qu’on ne le porte, sans qu’on ne force les gestes. Mikey aussi rappelé quelque chose d’important : le passage des coins doit se faire en redressant le cheval, puis en le pliant lorsqu’on est dans le coin, puis on avance à nouveau les mains pour laisser le cheval s’étendre en extension d’encolure le long des côtés. Le passage du coin se fait alors en équilibre.

J’ai eu un peu de mal à regarder les autres, pour la simple raison que je ne comprenais pas toujours bien ce qu’il se passait. J’ai plutôt l’habitude de voir des stages plutôt cadrés, des séances vraiment très (trop ?) construites. Du côté de Mikey, c’est un peu plus décousu et il faut un peu de temps pour comprendre sa façon de faire, car elle amène son lot de questions. La seconde cavalière de dressage n’a pas “fait” grand chose, mais a “attendu“. L’idée de Mikey, c’est de marcher, trotter jusqu’à que le cheval se dise : “et alors, on fait quoi maintenant ?” C’est vraiment l’élément-clé de sa façon de faire. Attendre que le cheval ait envie de faire, pour qu’il participe et non pas pour qu’il exécute. Au début, c’est lent, on décroche, car il ne se passe rien… Mais attendre vaut le coup, autant pour nous auditeurs, que pour nous cavaliers, amis de nos chevaux…

Photo : Laetitia Salmon.
Photo : Laetitia Salmon.

A pied, il y avait aussi un couple Level 1-2 avec un Franche Montagne très gentil, mais rarement content. Le respect était encore un peu limite, la cavalière a donc travaillé là-dessus, avant d’appliquer la “thérapie” Wanzenried qui consiste à attendre que son cheval ait envie de faire.

Quelques notes en vrac :

  • Soit on joue trop les jeux, soit on n’en fait pas assez – certains jouent les jeux pendant des années sans jamais que le cheval ne participe. Ça ne sert à rien de pratiquer les 7 jeux uniquement pour que le cheval les exécute bêtement ! Ces jeux ont un sens bien plus profond. Ce ne sont pas de bêtes tours de cirque que l’on apprend pour casser la routine.
  • Il a parlé de débardage avec une admiration attendrissante et de l’immense “partnership” que cela représente. C’est agréable d’entendre un instructeur si profondément ancré dans la méthode Parelli parler avec autant de ravissement de la relation d’un débardeur et de son cheval de trait.
  • Faire le cirque, c’est pas gentil“. On trouve très amusant de faire cabrer notre cheval, lui apprendre des tours… Pour imager, il s’est adressé à une participante en lui disant : “danse pour nous, allez danse, pour nous amuser !”, pointant du doigt la gêne et l’embarras qu’il causait. Être forcé à jouer au clown pour épater la galerie n’est pas forcément plaisant pour le cheval…
  • La décontraction et le respect, c’est du “bête” Level 1. La “thérapie” de Mikey vient une fois que ces deux éléments sont acquis. On ne discute pas sur le respect. C’est un élément à séparer du fait d’attendre que le cheval nous demande “qu’est-ce qu’on fait maintenant ?”. Mais attention… On peut forcer le respect ! On peut forcer un cheval en phase 1…
  • Mettre des repères spatiaux aide beaucoup. On peut marquer l’endroit où finit l’exercice avec un cône, afin que le cheval sache où il va, où il s’arrête. C’est comme ça qu’on peut effectuer les déplacements latéraux et le reculer avec de plus en plus de distance : le cône = fin de l’exercice.
  • Le cavalier a toujours envie de faire des choses, mais peut-être que ça ne plaît pas au cheval… D’où l’importance des pauses : on peut être simplement ensemble sans “faire”. Mikey encourage à beaucoup marcher rênes longues, et faire de longues pauses à l’arrêt.

Tu attends que le cheval te proposes quelque chose, ou te pose une question

Une pause dans le coin, pour à la fois associer le coin à du confort, et pour attendre que le cheval se demande : "que fait-on alors ?" Photos Laetitia Salmon
Une pause dans le coin, pour à la fois associer le coin à du confort, et pour attendre que le cheval se demande : “que fait-on alors ?”
Photos Laetitia Salmon

La séance avec la belle jument de sport est assez marquante : l’attitude de la jument est bien meilleure ! Elle se détend considérablement, son expression faciale n’a plus aucun signe de tension, elle renâcle au galop… Mikey l’a comparé à un papier qui a été froissé et qui a besoin de se relâcher. Bonne nouvelle : cette instructrice Parelli a intégré la formation de l’Ecole de Légèreté de Karl ! On aura donc une instructrice Parelli-Karl en Belgique, le rêve !

Quelques conseils :

  • On ferme la nuque quand tout est fini : c’est un aboutissement !
  • Pour qu’un cheval aille plus droit, il faut augmenter le rythme de l’allure.

Une cavalière a fait trotter son cheval jusqu’à qu’il demande une pause : c’est assez difficile pour l’humain qui est habitué à donner des ordres. On pourrait croire que maître Yoda parle : “c’est une grande force que celle d’attendre“. L’idée est de laisser le cheval proposer, lui dire gentiment “non, mais si tu veux on peut faire un pli à droite”.

Une métaphore typique Mikey pour illustrer les étapes de la composition d’un exercice : “tu arrives chez moi, je vais te montrer où sont les fourches, où sont les brouettes, où est la paille, puis je vais te demander d’aller me les chercher, puis je vais te demander de faire le box. Heureusement qu’on a fait les premières étapes, sinon tu aurais été perdu et stressé !”.

Mikey en pleine démo. Photo Laetitia Salmon
Mikey en pleine démo.
Photo Laetitia Salmon

Les gens préfèrent dire au cheval quoi faire et ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Par exemple, il a encouragé une cavalière accompagné d’une belle ibérique noire à moins la diriger et à plus la laisser réfléchir. Au fur et à mesure, la cavalière ne faisait pratiquement rien pour laisser sa jument trouver par elle-même.

Être lent, c’est une thérapie ! Et une thérapie est temporaire… Même si l’on travaillera normalement après, il faut passer par cette thérapie de patience.

Si par exemple, la séance se passe mal, Mikey suggère (à condition que le respect soit acquis) d’éviter d’entrer dans une confrontation franche. Si le cheval montre qu’il n’a pas envie de faire ce qu’on lui demande, pas de problème ! On ne fait rien, alors. S’il faut 2 heures pour qu’il réagisse et se dise “bon alors, on rentre ?”, on continue, jusqu’à qu’il semble dire : “que veux-tu faire, alors ?”

Plus les séances passeront, plus il comprendra que ça dure plus longtemps s’il veut passer par la confrontation.

Le beau gris d’une des participantes avait tendance à l’attirer dans les coins. Mikey lui a alors dit de se diriger au contraire vers le centre de la piste. Elle a demandé, à juste titre, si ce n’était pas frustrant pour lui de ne pas avoir la bonne réponse. Mikey lui a répondu qu’il s’agissait d’un dialogue : c’est comme si vous parliez du resto auquel vous allez dîner ce soir. Votre famille ou vos amis vous demandent : “on va manger où ce soir ? A la pizzeria, comme d’habitude ?”, et vous répondrez simplement : “non, ce soir on va aller manger vietnamien pour changer”. Si au contraire par la suite il coupe les coins, c’est simple : on repasse au pas pour faire les coins avec le plus de précision possible.

Si le cheval tente gentiment de s’arrêter, on répond gentiment OK, mais seulement une fois.

Pour rappel :

1- L’allure est la première chose à avoir correctement. On doit avoir les transitions sans problèmes.

2 – La direction est le deuxième élément d’importance. Il faut s’imaginer que le cheval doit rester entre les jambes et les mains qui forment un couloir : le cheval y fait ce qu’il veut mais il respecte cet espace.

3 – La flexion ne vient que si les deux premiers éléments sont acquis !

Plus généralement, insister ne mène pas forcément à la réussite : une jument bai semblait résistait pas mal à la demande de pli de sa cavalière. Au lieu d’entrer dans une bataille, Mikey a préféré lui conseiller de marcher jusqu’à que la jument s’ennuie pour qu’elle redonne le pli plus tard. Ce qui a très bien fonctionné.

Selon Mikey, les gens qui ont une bonne stratégie attendent que le cheval vienne à eux. Petit à petit, ils doivent de moins en moins l’attendre…

La photographe a bien capturé le moment où la jument pose une question ! Photos : Laetitia Salmon
La photographe a bien capturé le moment où la jument pose une question.
Photos : Laetitia Salmon

Plus on exige sans laisser la parole au cheval, plus on vide une sorte de compte en banque imaginaire : quand le compte est vide, soit ça explose sans qu’on ne comprenne d’où c’est venu, soit le cheval devient un robot, il ne fait que réagir sans dialoguer. Bien entendu, il ne faut pas en arriver là…

Pendant 20 ans, il y en a qui “dressent la mule”, toujours et encore avec de la confrontation. Pour Mikey, ils sont dans le faux, et il inclut certains instructeurs dans le lot : cette histoire de confrontation ne doit être qu’une seule leçon et c’est tout, sinon, c’est que quelque chose ne va pas dans la relation ! La confrontation arrive souvent au début de l’éducation, mais il y a un moment où elle ne doit plus arriver sinon c’est que le travail est mal fait.

La relation se construit positivement si l’on accepte de retirer de la pression. La fermeté peut convenir seulement pour s’assurer que l’on est en sécurité et que l’on contrôle la situation, mais c’est tout ! Une fois qu’on a le contrôle, on doit se demander ce que notre cheval a envie de faire : on l’attend, c’est l’étape suivante dans la relation.

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