Entretien avec Manuel Godin du Haras de la Cense

Manuel Godin

Le Haras de la Cense évolue. Sa méthode, compilée dans un livre dont je parle ici, permet d’avoir un aperçu complet de l’ambition du haras fondateur de “l’équitation éthologique” : offrir aux cavaliers une méthode éducative plus en phase avec le comportement naturel de leurs chevaux. Je ne peux qu’encourager cela. Actuellement, il s’agit de la seule méthode entièrement francophone qui aille aussi loin dans la démarche du horsemanship. J’ai eu l’occasion d’envoyer quelques questions au directeur technique du Haras de la Cense : Manuel Godin. Bonne lecture !

Logo de la Cense

D’un cheval l’autre : Vous êtes sans aucun doute un véritable cavalier de sport. Comment êtes-vous tombé dans la marmite de l’équitation dite “éthologique” ?

Manuel Godin : J’étais enseignant au sein d’un centre équestre dans les Landes et après quelques années j’ai éprouvé le besoin de me former sur le comportement du cheval. J’étais à l’époque titulaire du BEES 1°, je coachais des élèves et sortais moi-même régulièrement en compétition, mais j’étais intéressé par l’animal en tant que tel et je souhaitais mieux le connaitre et le comprendre . il me semblait que la compréhension de l’animal m’aiderait à progresser aussi bien dans ma technique que dans ma relation avec lui. Sur les conseils de Pierre Ollivier (à l’époque responsable des formations) je me suis donc tourné vers le Haras de la Cense et j’y suis entré en formation pour un an.

Manuel Godin sur Beluga de Hus
Manuel Godin sur Beluga de Hus

DCA : Comment vous êtes-vous formé à la science du comportement du cheval ?

Au sein de ma formation au Haras de la Cense j’ai pu suivre des cours d’éthologie équine dispensés par des éthologues (scientifiques). La préparation aux Brevets Fédéraux d’Équitation Éthologique nécessite d’acquérir un certain nombre de connaissances en terme de comportement du cheval.

DCA : Pourquoi utilise-t-on le terme “équitation éthologique” au Haras de la Cense, plutôt qu’un autre ? Je trouve que cela peut prêter à confusion, les gens croyant que les cavaliers proposant du “horsemanship” sont des  “éthologues”. Qu’en pensez-vous ?

Il faut effectivement bien différencier l’équitation éthologique, qui est une méthode d’éducation, de l’éthologie qui est une discipline scientifique. Les deux termes sont proches parce qu’ils traitent tous les deux du comportement du cheval et l’équitation éthologique s’appuie parfois sur des résultats d’expérience scientifique pour produire des théories d’éducation (les théories de l’apprentissage par exemple). Au-delà du terme il me semble que le plus important reste la technique utilisée, elle doit être juste et compréhensible pour le cheval et le cavalier.

Manuel Godin et Beluga de Hus
Manuel Godin et Beluga de Hus

DCA : Comment définiriez-vous votre éthique envers les chevaux, celle qui guide votre comportement et vos décisions au quotidien ?

J’aime l’équitation pour le rapport avec l’animal et j’essaie au quotidien de respecter au mieux son bien-être et ses besoins. Il me semble que plus on est proche de la nature du cheval mieux on lui permet de s’exprimer.

DCA : Selon vous, aujourd’hui, les cavaliers ont-ils bien intégré les bases du comportement du cheval et la communication avec lui ?

Les cavaliers cherchent de plus en plus à connaitre la nature du cheval avant de travailler avec lui. On rencontre encore des couples ayant des soucis liés à une méconnaissance du comportement du cheval mais l’éthologie se généralise et les cavaliers font plus facilement la démarche d’enrichir leurs connaissances en matière de comportement.

DCA : Je suis avant tout une grande fan du Natural Horsemanship de Parelli. J’ai très vite abandonné la Cense lorsque j’ai découvert ces méthodes éducatives, car je trouvais que ça n’allait pas du tout aussi loin que Parelli. En outre, la méthode Cense a été créée à l’origine sur base de Parelli, qui a considérablement évolué depuis 20 ans. En quoi la méthode la Cense s’en est-elle différenciée ?

La méthode la Cense à été élaborée avec l’aide d’Andy Booth qui a été élève de Parelli pendant plusieurs années. Les concepts et les grandes notions sont les mêmes avec comme objectifs communs l’éducation du cheval et la transmission aux cavaliers. Le Haras de la Cense s’est adapté aux pratiques équestres européennes et aux objectifs des cavaliers. Le dénominateur commun étant le cheval, la base est la même, notamment dans le travail à pied. Dans la partie montée, quelques exercices diffèrent afin de préparer les chevaux et les cavaliers aux pratiques équestres (cso, dressage, équitation d’extérieur…). Il me semble que la structure est vraiment comparable que l’on parle de la méthode la Cense ou de Parelli, les différences relèvent d’avantage de questions culturelles et de pratiques équestres. La Cense a pour objectif d’aider le plus grand nombre à améliorer sa pratique sans vouloir créer une nouvelle discipline.

Manuel Godin
Manuel Godin

DCA : La méthode la Cense se concentre sur le comportement équin. Mais quelle est la place de l’entraînement et du soin du physique, dans cette méthode ?

Pour éduquer un cheval il faut parler à son mental mais aussi à son physique. Connaître la nature du cheval est essentiel mais pour travailler un cheval dans son ensemble il faut aussi connaitre son physique et la façon dont il fonctionne. Les exercices de la méthode s’adressent essentiellement au mental du cheval mais veillent aussi à ce que le cheval utilise son corps de la façon la plus juste possible.

DCA : Quelle est la stratégie du Haras de la Cense pour diffuser son message auprès des équitants en France, parfois réticents au changement de leur pratique ?

Le haras de la Cense est résolument tourné vers la transmission. Au travers des nombreux stagiaires que nous recevons chaque année nous souhaitons apporter à chacun d’entre eux l’essence de nos valeurs. Les enseignants sont également nombreux à venir se former et permettent ainsi de diffuser ces nouvelles connaissances aux cavaliers de club. L’école la Cense forme dix enseignants tout les ans, diplômés d’État. Ils sortent avec la triple compétence enseignant, cavalier, et homme de chevaux .

Il faut continuer à former des chevaux et des cavaliers, amateurs et professionnels et montrer l’importance d’une bonne éducation.

Manuel Godin
Manuel Godin

DCA : De mon point de vue, l’épanouissement d’un couple-cavalier cheval trouve sa source dans un bon système de gestion du cheval : le respect de son comportement, de ses besoins naturels, son hébergement, son entraînement sportif, etc. Quel est votre point de vue sur, disons, le débat pieds-nus/ferrure ? Comment sont hébergés et nourris les chevaux de la Cense, et pourquoi ?

À la Cense nos chevaux de stage et de formation vivent en troupeaux. Ils sont nourris à l’herbe et complémentés en foin et en granulés si besoin. Nous essayons de respecter tant que possible les fondamentaux qui nous semblent important pour l’équilibre du cheval : la liberté de mouvement, des contacts sociaux, un apport nutritionnel en fibre. Pour que le couple cavalier-cheval soit épanoui le cavalier doit aussi veiller à acquérir un niveau technique lui permettant de veiller au bien-être physique de son cheval.

Je n’ai pas de préférence particulière en ce qui concerne la ferrure ou non d’un cheval. Le plus important est de s’adapter à chaque cheval en fonction de sa morphologie, du travail qui lui sera demandé, de ses conditions d’hébergement… Mes chevaux de concours sont pour la plupart ferrés parce que leur entraînement le nécessite. Un d’entre eux n’a pas de fers aux postérieurs car il vit au pré avec un autre et il est parfois utile de déferrer un cheval pour un objectif particulier. Un cheval au naturel n’a pas besoin de fer mais celui qui travaille chaque jour sur des sols abrasifs sera sûrement plus à l’aise avec des fers. Il faut savoir observer et s’adapter à chaque individu et situation.

DCA : Si vous aviez une devise… Laquelle serait-elle ?

Je cite souvent cette phrase de La Guérinière : “la connaissance du naturel d’un cheval est un des premiers fondements de l’art de le monter et tout cavalier doit en faire sa principale étude.”

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Merci de nous avoir lu 🙂

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One thought on “Entretien avec Manuel Godin du Haras de la Cense

  1. Belle interview. J’ai trouvé intéressant que tu mettes en lumière un problème sémantique qui mène beaucoup de cavaliers à la confusion, à savoir l’éthologie d’un côté et l’équitation éthologique de l’autre. D’ailleurs, la réponse de Manuel Godin a été très claire. J’ai bien aimé aussi sa réponse concernant le “débat” pieds nus ou ferrés. Il a relativisé en fonction du travail demandé et ne s’est pas placé de façon simpliste en POUR ou CONTRE. Ca donne envie de lire son livre !

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