L’utilisation du noseband, une absurdité rectifiable ?

Ce petit coup de ras-le-bol, il m’est arrivé lors de cette fameuse journée internationale des droits des femmes. Évidemment, la plupart des magazines équestres ont partagé fièrement des femmes stars de l’équitation, avec beaucoup de jumping et beaucoup de nosebands ainsi que de muserolles excessivement serrées. Sincèrement, j’ai eu beaucoup de mal à voir ces mêmes magazines célébrer une cause tout à fait noble tout en postant ces photos. Y’a comme un souci de cohérence que j’ai du mal à encaisser, je l’admets. Même s’il est souhaitable de valoriser les femmes de cheval, il y a des choses tout aussi simples à faire évoluer et je ne comprends pas le blocage.

La muserolle croisée / noseband serrée, cette norme étrange

Le noseband n’est apparu que récemment, de paire avec les muserolles “pull-back” dont l’effet de levier permettait d’augmenter le serrage de la muserolle. L’idée, c’était de faire “mieux accepter le contact” aux chevaux, qui commençaient à subir des techniques d’entraînement nouvelles souvent basée sur beaucoup de force dans les mains – aka Rollkür et autres déviances qui n’ont fait du bien à personne.

Vous avez remarqué que tous les filets sont systématiquement vendus avec cette muserolle croisée ? Vous avez sûrement constaté aussi qu’il est complètement normal, voir anodin de monter avec cet outil-là ? Un peu comme un cavalier enfile ses bottes, on met un noseband sur tous les chevaux. C’est plutôt absurde puisque c’est oublier complètement l’usage qu’on souhaite en faire – ah si, serrer la bouche du cheval parce qu’on “fait comme ça”.

Qu’en pensent les pros du bit-fitting ?

Adieu, relaxation de la mandibule, de l’ATM, des premières cervicales, bonjour, répercussions sur la locomotion, contractions dorsales, équilibre pourri… Si la muserolle croisée ou le noseband est utilisé en étant serré comme on le voit dans environ 99,99% des cas, c’est toujours préjudiciable autant pour le cheval que pour le cavalier.

Aujourd’hui, la plupart des bit-fitters que j’ai rencontré m’ont confirmé que le noseband, d’un point de vue ergonomique, était rarement conseillé, sauf quelques cas d’absence de place entre les prémolaires et les crochets, par exemple (poke Laetitia Ruzzene pour cette info que je n’avais pas). Mais alors dans ce cas-ci, pour éviter la pression diagonale de la muserolle croisée, on recommanderait plutôt une muserolle allemande, dont la répartition des pressions évite de tirer le filet vers le bas et d’effectuer des pressions indésirables dans le haut du filet.

Aujourd’hui, cet usage j’avoue ne l’avoir absolument jamais vu sur les terrains de concours. Si l’on met un noseband, a priori, l’objectif est de contrôler la bouche en la fermant plus fort… En outre, le positionnement du noseband empêche une bonne dilatation des voies respiratoires, ce qui pose un léger souci quand on parle d’effort physique. Sans parler du blocage de la déglutition. Mais ça c’est valable sur toute muserolle trop serrée, à vrai dire.

Doit-on bannir toutes les muserolles ?

Non. Tomber dans l’extrême du “no pressure”, zéro contrainte n’est pas forcément une solution réaliste de mon point de vue. Contrainte ne signifie pas automatiquement “maltraitance” ou “problème”. Personnellement, j’ai déjà observé que chez certains chevaux, la présence de la muserolle (française, classique) ajustée aux normes de l’ISES (deux doigts perpendiculaire au chanfrein) permet d’offrir une stabilité appréciable à certains chevaux.

Il a d’ailleurs été montré que dans certains cas, la muserolle, ainsi que le frontal et le reste du filet d’ailleurs, s’ils sont correctement ajustés, permettent de répartir les pressions de façon uniforme sur la tête du cheval et donc, de le rendre plus confortable.

Certes, la muserolle n’est pas indispensable et reste dans beaucoup de cas un outil esthétique. Cependant, si l’on reste factuel et que l’on se base au cas par cas, il y a des chevaux qui apprécient sa présence. Par exemple, Jazon est nettement plus cool et confortable avec une muserolle française, tandis que Trifine est bien plus relaxée et souple sans aucune muserolle du tout. Peut-être que lors d’une prochaine consultation en bit-fitting, je me rendrais compte que ça n’avait rien à voir avec cela… Mais c’est mon ressenti pour le moment.

Quand est-ce qu’on arrêtera avec le noseband ?

Interdire ? Normer ? Le règlement de la FEI est en soit déjà bien fait. Le problème réside dans l’absence totale de régulation effective sur le terrain. N’importe qui se rendant sur une détente de concours verra bien que les commissaires de paddock ne remplissent que très rarement leurs rôles.

Il n’en tient plus qu’à de nouveaux cavaliers de donner un exemple. En sortant à haut niveau… Et en gagnant. La partie probablement la plus difficile, mais qui, à mon avis, est indispensable si l’on veut vraiment voir les choses changer.

One thought on “L’utilisation du noseband, une absurdité rectifiable ?

  1. Plus il y a de matériel et plus il est contraignant, plus cela montre l’incompétence de l’utilisateur : cheval pas fait pour ça donc mal choisi, mal préparé, ou cavalier dépassé … c’est le public qui peut dire ” nous ne voulons plus voir ça ” . Les commissaires au paddock sont très rarement formés, et encore plus rarement prêts à affronter les concurrents, règlement en main. Le commerce passe avant tout , c’est très regrettable…

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