Les chevaux m’ont dit – essai d’ostéopathie équine, par Dominique Giniaux

La mécanique au service du cheval

Ma toute première fiche de lecture sera ostéopathique !

Je viens d’achever la lecture de “Les chevaux m’ont dit“, l’essai d’ostéopathie équine de Dominique Giniaux, véritable pionnier dans le domaine de l’ostéopathie sur les chevaux. En une centaine de page, l’auteur passe en revue la plupart des lésions affectées à telle ou telle vertèbre, raconte ce qu’est l’ostéopathie et ses principes, tout en expliquant dans un langage accessible à tout public le déroulement des manipulations. Je dirais que ce livre est une base vulgarisée qui permet à des propriétaires comme moi de mieux comprendre l’ostéopathie et d’envisager l’étendue de ses possibilités.

Commençons par un rappel : le système articulaire du cheval est d’une simplicité enfantine. La plupart des articulations ne permettent pratiquement pas de rotation (les chevaux dont le genou a fait une rotation ont un défaut d’aplomb – panard, cagneux) ; le système vertébral (hors cervicales) ne permet aucun mouvement de torsion. En outre, son système nerveux est d’une sensibilité particulière : l’équilibre entre les fibres orthosympathiques (qui boostent le coeur tout en ralentissant l’intestin) et parasympathiques (freinent le coeur et renforcent l’intestin) est précaire, relativement à l’individu étudié. Ces caractéristiques font du cheval un être prédestiné, si je puis dire, aux manipulations ostéopathiques.

Ce mouvement est impossible pour le cheval à partir de la base de l'encolure.
Ce mouvement est impossible pour le cheval à partir de la base de l’encolure.

L’ostéopathie : qu’est-ce que c’est ?

Les manipulations d’ostéopathie dite structurelle s’apparentent aux principes de l’homéopathie ou de la psychanalyse : on pousse l’individu plus loin dans son trouble pour qu’il s’en libère. Cette médecine requiert ce qu’on appelle “l’écoute manuelle” : le toucher aiguisé d’une personne formée à la palpation permet, dans certains cas, de décrire précisément les conditions d’un accident. Grâce à elle, d’infimes variations de mobilité de la peau peuvent donner des informations sur les organes les plus profonds.

L’ostéopathie est une médecine holistique. Autrement dit, elle considère l’ensemble de l’être vivant, et ne se focalise pas sur la zone de la pathologie. Plus qu’une méthode, c’est donc une véritable approche dont la base est la colonne vertébrale. Pour les ostéopathes, un trouble périphérique est très fréquemment accompagné d’un trouble vertébral. En effet, les nerfs sympathiques sont tous reliés à un organe. Or, le réseaux de ces nerfs est indissociable de la structure vertébral : ainsi, une lésion vertébrale entraîne facilement un trouble d’organe et inversement !

En outre, on différencie l’ostéopathie structurelle, qui résout mécaniquement le blocage et rétablit alors la circulation des fluides, de l’ostéopathie fluidique, moins fréquente, qui agit sur les liquides pour débloquer les mécanismes.

Les blocages : pourquoi ?

Quelque soit la médecine dont on parle, le métabolisme du corps est en constante oscillation entre deux fonctions antagonistes : les deux systèmes nerveux mentionnés plus haut. Un blocage est le résultat d’une action de notre système nerveux. Par exemple, lorsque l’on fait un mouvement trop brusque et excessif, le système nerveux envoie un signal au cerveau qui déclenche un spasme, afin de bloquer l’articulation pour éviter sa désolidarisation. Le blocage est donc un moyen de sauvegarde des éléments de l’organisme.

Source : Wikipédia.
Source : Wikipédia.

Le sacrum : pièce maîtresse de la croupe

On repère facilement un blocage du sacrum lorsque, par exemple, la croupe s’affaisse plus d’un côté que de l’autre, en mouvement ou à l’arrêt. Un tel blocage a souvent des effets sur les organes génitaux ainsi que sur le port de la queue. Autre élément notable, un cheval qui s’est bloqué en se roulant dans un box, a presque toujours déclenché un blocage du sacrum en se relevant ou bien en se débattant pour se dégager. Attention à l’apprentissage de la révérence, qui peut être catastrophique pour le sacrum avec des chevaux fragiles si elle n’est pas préparée, en passant par le campo ou le salut de la reine par exemple. Souvent, ce fait est débattu notamment chez certains cavaliers de spectacles, persuadés que passer par le campo est mauvais pour le dos. Un cheval qui se campe régulièrement de lui-même est effectivement un signe de mal-être ou de défaut d’aplomb, mais exécuter un campo n’a, en soi, rien de mauvais ! Au contraire, il est important d’apprendre au cheval à reporter son poids sur l’avant-main pour faciliter la révérence.

Différence campo/salut de la reine
Encerclé de rouge, l’endroit (approximatif et trop en avant pour les deux chevaux ! voir figure du squelette ci-dessus) du sacrum.

Cervicales, dorsales, lombaires

Les cervicales sont les seules vertèbres à accepter un certain mouvement de torsion, limité.

Pour les lombaires 1 à 6, on retrouve souvent, notamment chez le galopeur, les myosites : la L2 étant au sommet de la courbe du dos tellement le cheval se ploie dans le sprint. Pour Giniaux, les vertèbres sont plus souvent victimes d’un trouble que l’inverse. Par exemple, D18 (18ème dorsale) est très souvent bloquée suite à des coliques. La C7 est souvent liée aux pathologies de l’épaule et du membre antérieur.

L’atlas et l’axis : C1 et C2

L'importance de la liaison entre la tête et le reste du corps : l'atlas, l'axis.
L’importance de la liaison entre la tête et le reste du corps : l’atlas, l’axis. Crédit : hommeetlecheval.voila.net

Tout mordu de dressage (ou de biomécanique) connaît l’importance d’un relâchement impératif et d’une mobilité correcte de l’atlas et de l’axis. Pour Giniaux, un blocage de l’atlas est souvent à relier à des maux de tête très forts. Pour les détecter, regardez si les traces de boue ou de poussière de votre cheval s’accumulent fortement en haut des tempes… Vérifiez que votre filet n’est pas trop petit… Évitez le mors de bride à l’horizontal, qui par effet de levier impose un poids énorme sur la nuque du cheval (ceci est bien sûr ironique !!)… Les causes peuvent être multiples. Tandis que l’axis se bloque très souvent lorsque le cheval ressent des douleurs conséquentes à la mâchoire. Rollkür et autres aberrations où la mâchoire prend tout sont donc à bannir (au cas où vous ne le sauriez pas encore). Vous constaterez qu’une équitation dans la force et qui s’emploie à l’user au niveau de la tête a des conséquences non-négligeables.

Le membre postérieur : comprendre le repos

J’ai trouvé cette partie très intéressante, car on y pense finalement rarement. Un cheval qui n’est pas bien sur ses quatre pieds va inévitablement se fatiguer… Au repos. Ce qui est d’autant plus inquiétant lorsqu’on constate qu’une majorité de chevaux vivent en box 23 heures sur 24. Le cheval est capable de dormir debout, grâce à un système ligamentaire qui solidarise grasset et jarret. La rotule s’accroche à la base du fémur, permettant de bloquer le grasset, qui bloque le jarret puisqu’ils sont reliés. Mécaniquement, tout le membre postérieur est bloqué et le cheval peut relâcher ses muscles et s’endormir. L’accrochement de la rotule plutôt fréquent parmi les équidés a lieu chez les individus dont les ligaments rotuliens sont trop courts et qui, par conséquent, délogent difficilement la rotule du cran du fémur et donc de la position de repos.

Crédit : Illustration Terre de Cheval
Crédit : Illustration Terre de Cheval

En outre, l’appui sur un membre postérieur n’est possible que s’il y a alignement des phalanges, mais aussi verticalité du canon. L’obstacle principal à ces deux éléments est souvent le manque de talons. Un cheval aux talons affaissés doit garder muscles du dos et de la croupe en tension constante pour rester debout en se tenant “sous lui”. A surveiller donc : les chevaux qui ont tendance à chercher un appui au niveau de la croupe pour soulager leurs muscles, qui changent trop fréquemment de postérieur d’appui – cela peut entraîner une fatigue lombaire voire même un blocage de L6…

Imaginez donc le problème qui se pose au travail avec un cheval incapable de se reposer !

L’importance du soutien des membres antérieurs

De même que pour les postérieurs, un alignement des trois phalanges est indispensable pour un soutien équilibré. Contrairement aux membres postérieurs, les membres antérieurs n’offrent pas la possibilité de compenser des talons affaissés en se portant “sous lui” et donc d’éviter une traction trop élevée du tendon fléchisseur et l’inflammation des apophyses rétrossales (deux pointes à l’arrière de la troisième phalange, qui sont au contact de la sole et non protégées par le coussinet plantaire). D’où les ostéites et maladies naviculaires qu’on retrouve toujours aux antérieurs !

Le poids du cavalier et la position de la selle

Dominique, tu m’as fait très très très plaisir. Seller en avant de la clé de voûte du dos (le garrot en l’occurrence), c’est affaisser par effet mécanique toute l’avant-main du cheval. En s’appuyant sur le garrot, il s’effondre, ses apophyses – particulièrement hautes dans cette zone – se touchent et entraînent une forte douleur, et donc une contraction réflexe des muscles des épaules. Le dos est tétanisé et bonjour les dégâts. Le poids du cavalier doit s’appliquer au minimum à D12, et pas plus haut ! On libère ainsi les apophyses du garrot, les épaules… En ce qui concerne le sanglage, je suis moins convaincue. Giniaux parle de sangler en oblique, mais ça remettrait en cause tout l’équilibre d’une selle – si elle est bien ajustée. Je vous conseille de regarder sur le site d’Eugénie Cottereau, cet article très clair sur le sanglage et ses défis.

Travailler vers le bas et incurver : la justesse

Ou de l’importance de ne pas FORCER le travail vers le bas. J’insiste particulièrement sur ce point car on ne compte plus le nombre de cavaliers qui travaillent “le nez par terre” en tirant sur la bouche du cheval ou en s’aidant d’enrênements divers qui forcent le bas et rond. Détaillons : chaque vertèbre est séparée de sa voisine par un disque intervertébral, sorte de coussin gélatineux contenu dans une membrane. Cette gélatine est donc bien extensible car élastique, et sert aussi d’amortisseur si besoin. SI BESOIN. Ce qui veut dire que le travail du cheval ne doit pas se faire en rapprochant les vertèbres. Lorsque le disque intervertébral fait office d’amorti, les canaux médullaires (qui contiennent la moelle épinière – situés entre le corps de la vertèbre et l’apophyse) des vertèbres voisines se rapprochent dangereusement et la menace de l’hernie se fait sentir. La douleur ressentie par le cheval peut être très importante puisque ce type de position déclenche parfois un blocage.

Schéma des vertèbres issu du livre. Crédit : "Les chevaux m'ont dit - essai d'ostéopathie équine" de Dominique Giniaux. DR
Schéma des vertèbres issu du livre.
Crédit : “Les chevaux m’ont dit – essai d’ostéopathie équine” de Dominique Giniaux. DR

Le travail quotidien est donc comparable à un travail de stretching, lorsqu’on parle de travail vers le bas (extension d’encolure) et d’incurvation. Que l’on travaille une épaule en dedans ou une extension d’encolure, il est important de se focaliser sur l’étirement du côté convexe. Par exemple, une extension d’encolure n’est juste que si le cheval la donne en étirant son dos, et non pas en se tassant par crainte d’un mauvais contact ou d’actions de main fausses, en reculant nuque et encolure. Une épaule en dedans n’est utile que si le cheval étire son épaule externe. Le côté interne de l’étirement ne doit jamais s’affaisser ! Rappelez-vous… Les disques intervertébraux ne doivent pas se comprimer, mais s’étirer.

Le fameux “droite-gauche” adoré de notre traditionnel moniteur pur FFE dans nos centres équestres pur “tire-pousse” est donc redouté par notre ami ostéopathe. La détente doit avoir, selon Giniaux, un but fondamental : é-ti-rer les vertèbres loin les unes des autres.

 Pourquoi “placer” son cheval ?

Eh oui, car c’est bien beau de débattre indéfiniment sur les manières d’obtenir un beau “placer” (terme que je n’aime vraiment pas du tout mais on va faire avec), mais la question que tout le monde devrait se poser c’est… Pourquoi veut-on placer la tête de notre cheval, ou, autrement dit, positionner les vertèbres cervicales en flexion ? L’origine du problème réside dans cette bonne vieille attitude de cheval au naturel, qui tourne tel un bateau en dérive, l’encolure dans le sens opposé de la marche.

La tête complètement à droite, mais sur le pied gauche donc complètement contre-incurvée.
La tête complètement à droite, mais sur le pied gauche donc complètement contre-incurvée.
Darissime
Au trot cette fois, Darissime joliment incurvé du côté opposé de la courbe.

Non, nos poneys ne font pas ça uniquement dans le but de se rebeller contre l’emprise humaine fermement décidée à leur faire prendre la forme de la courbe parce que le bouquin dit que c’est bien… Revenons à nos apophyses. Si le dos du cheval est rond, les apophyses vont pencher vers l’extérieur de la courbe. Au contraire, elles pencheront vers l’intérieur de la courbe si le dos est creux. Dans la Nature, le cheval tourne généralement le dos rond (dorsales + lombaires en flexion) et l’encolure creuse. Les apophyses des vertèbres dorsales et lombaires penchent donc vers l’extérieur du cercle, tandis que les apophyses des vertèbres cervicales pencheront vers l’intérieur si le cheval tourne son encolure dans le sens de la courbe… Un gros problème se crée au niveau de la moelle épinière, contenue par toutes ces vertèbres ! Pour éviter cela, le cheval place l’encolure dans le sens opposé au dos pour que toutes les apophyses penchent du même côté.

En selle, la précision est moindre si l’on tourne de cette façon. Mais si l’on veut que notre monture suive la courbe du nez jusqu’à la queue, il doit aligner toutes les vertèbres sur le plan médian, et positionner toutes les vertèbres en flexion, donc cervicales inclues ! D’où le fameux placer, obtenu par cession de nuque.

***

S’intéresser à la mécanique du cheval permet de mettre de côté idées reçues et convictions intimes trop subjectives pour s’appliquer à la réalité. La mécanique ne laisse pas de place aux nuances et confirme ou infirme clairement telle ou telle méthode de travail. Elle est une base universelle, mais adaptable aux morphologies équines très diverses de ce monde. Connaître le corps de l’être sur lequel on se hisse pour sauter des obstacles, enchaîner des appuyers ou même simplement galoper dans les champs est un préalable qui devrait être obligatoire, simplement pour éviter de le détériorer.

Dominique Giniaux vend parfaitement l’ostéopathie comme une médecine à part entière et défend même une théorie du vieillissement que l’ostéopathie pourrait freiner. Selon lui, les compensations accumulées par notre corps au fil des années suite à des blocages divers amènent à un trop-plein, sorte de limite de capacité de notre corps à les contenir. Consulter régulièrement un ostéopathe permettrait de diminuer les compensations… Je vous laisse consulter le livre pour en savoir plus, mais sa réflexion est tout à fait fondée et me fait regretter que les ostéopathes (non médecins) ne soient pas remboursés par la Sécu !

J’espère avoir suffisamment  éveillé votre curiosité pour vous donner envie d’acquérir ce bouquin rempli d’informations primordiales en matière de mécanique équine. Vous pouvez vous le procurer iciÇa vaut le coup de débourser quelques 13 € !

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6 thoughts on “Les chevaux m’ont dit – essai d’ostéopathie équine, par Dominique Giniaux

  1. Bonjour,
    En effet ce livre du Dr Giniaux doit être très intéressant mais il est introuvable (car épuisé sur Amazone, Décître,…).
    Pourriez-vous me dire comment vous vous l’êtes procuré ?? Serait-il possible de me le scanner et de me le transmettre par mail ??
    Merci de votre aide.
    Cavalièrement.
    Christophe Djalayer
    cavalier de complet depuis 30 ans.

  2. Bonjour,
    Merci beaucoup de nous faire profiter, entre autres, des enseignements du Dr Giniaux.
    Tout comme Christophe, j’aimerais aussi me procurer ce livre. Il est malheureusement définitivement indisponible. C’est, à mon sens, un grand préjudice pour la culture équestre de ne pouvoir accéder à ses enseignements. La contribution du Dr Giniaux est fondamentale dans notre approche du cheval et surtout dans le travail du cheval, comme l’a très bien souligné Jean-Claude Racinet.
    Je rêve de pouvoir un jour avoir la chance de lire ses ouvrages et de pouvoir méditer sur tout ce qu’il a transmis à la communauté des amoureux du cheval.
    A ce jour, cet héritage est malheureusement perdu.
    Merci à celle ou celui qui pourra m’aider à concrétiser ce rêve.

      1. Oui merci beaucoup pour cette excellente suggestion. J’ai effectivement acheté les ouvrages de Gillian Higgins (livre et DVD) mais j’aurais aimé lire le traité d’ostéopathie de Giniaux.
        A bon entendeur, merci….

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