Les carottes au travail : Vade retro satanas !

Camp A, les amoureux du renforcement positif, du clicker training, qui disputent allègrement les éthololos armés de carot stick Parellisant plus ou moins bien leurs chevaux.

Camp B, les admirateurs d’une relation sans médiation entre le cheval et le cavalier, d’une harmonie faite d’amour et pas de carottes (sauf si c’est un stick), souvent inspirés par un lointain Parelli, qui se moquent avec dédain de la bassesse d’acheter son cheval avec une friandise.

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Donc ça, c’est pour la caricature. Bien sûr, dans la réalité, c’est plus gris, que noir ou blanc.

J’ai pas tellement envie d’entrer dans le débat Renforcement Positif vs Renforcement Négatif, tant il est complexe. J’y viendrais après cet article, car la réflexion vaut le détour. Mais c’est trèèès compliqué.

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En revanche, je vais parler de l’utilisation des friandises dans le cadre d’une éducation basée sur le renforcement négatif, mode d’apprentissage de 99,99% des cas dans le monde du cheval – souvent mal compris, mal utilisé, voire carrément ignoré du cavalier qui l’utilise. (donc ça n’est pas de l’éducation positive… C’est juste un ajout de récompense)

Petit mémo rapidos pour ceux qui sont déjà paumés :

  • renforcement négatif : souvent après avoir ajouté un inconfort/une pression sur le sujet auquel on veut enseigner un comportement, on l’enlève immédiatement dès que le sujet manifeste le comportement désiré. Exemple : tu veux partir au trot, tu serres les mollets contre les flancs de Caramel, Caramel part au trot, tu cesses immédiatement l’action des jambes = Caramel comprend que pour se débarrasser de tes jambes, il doit trotter.
  • renforcement positif : souvent après avoir orienté de façon discrète le sujet pour qu’il soit dans les meilleures conditions pour manifester un comportement désiré, on ajoute un confort dès qu’il manifeste ledit comportement. Exemple : Caramel fouille dans tes poches, ça t’agace, tu l’ignores jusqu’à qu’il se lasse et regarde ailleurs, à ce moment précis tu lui donnes une carotte = Caramel comprend que fouiller dans les poches ne sert à rien, mais que s’éloigner de toi peut lui faire obtenir l’objet de ses rêves, la carotte.

Première distinction à faire (j’entrerai dans le détail dans un prochain article) :

  • Le Horsemanship de Parelli va bien plus loin que le R- décrit juste au-dessus. Le R- est un mode d’apprentissage, un mode opératoire, utilisé par quasiment tous les cavaliers de ce monde. Faire du R- ne signifie pas “faire du Horsemanship”. Promis je détaille ça bientôt.
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Pat Parelli
  • Alexandra Kurland ou autres pionniers du R+, c’est pareil. L’éducation positive, c’est pas juste donner une carotte. Elle comprend un système extrêmement poussé, complexe. L’éducation positive va jusqu’à envisager complètement une nouvelle façon d’approcher le cheval, ça n’est pas juste utiliser une carotte, attention… C’est revoir entièrement le mode éducatif.
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Alexandra Kurland
  • (c’est aussi pour ça que j’aime Parelli et pas la Cense => on a une utilisation bien plus subtile de la psychologie équine chez le premier, tandis que dans le 2e… Bof).

Je ne fais pas d’éducation positive. Je fais du renforcement négatif, mais j’utilise des récompenses en complément. Promis, je ferais vite un article pour expliquer en quoi utiliser des récompenses n’est pas forcément “faire du renforcement positif“. Je suis pas ici pour faire un plaidoyer ou une diatribe pour l’un ou l’autre mode d’apprentissage.

Côté recherche scientifique, on a décrit depuis un bon moment les effets bénéfiques du renforcement positif (autant sur les humains que sur les non-humains). On a montré les dérives terribles du renforcement négatif, même s’il existe aussi des choses positives sur ce dernier mode d’apprentissage. Bien entendu, il faut toujours s’intéresser au cadre de l’étude, à son échantillon, au mode opératoire… Rien n’est jamais parfaitement noir, ou blanc. Comme en dressage, les guerres de chapelle vont bon train, et avec mes chevaux, on a trouvé un équilibre avec le R- associé aux récompenses.

Les carottes, les fameuses CAROTTES. Ralala. LE DÉMON.

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Allez je vous assure, tout va bien se passer.

1) “Oui, mais si je lui donne une carotte pour faire les choses il le fera pour les carottes, et plus pour moi.”

Ah, donc déjà j’apprends que ton cheval fait les choses pour toi. Pour te faire plaisir. Ça commence mal. Regardons les choses en face : ton poney, naturellement, il n’a aucun intérêt/plaisir à te donner une cession à la jambe ou même une jambette. Rares sont les personnes ayant observé des chevaux au pré marcher au pas espagnol naturellement (sans l’avoir appris) ou exécuter de beaux appuyers comme ça, pour s’amuser.

Non : le cheval ne fait pas les choses parce qu’il t’aime, pour tes beaux yeux. Non, il le fait parce que tu mets un cadre d’apprentissage en place, il n’a pas vraiment le choix. De mon point de vue, si le cadre d’apprentissage est logique, clair, pédagogue, le cheval ne va pas souffrir dans le processus, et il apprendra même à y trouver son compte (il va finir par kiffer le pas espagnol, car ça te fait rire, ça te rend agréable, et qu’en plus il gagne une carotte ; et par se relaxer dans l’épaule en dedans car ça lui fait physiquement beaucoup de bien). Mais soyons bien clair : non, ton cheval ne fait pas ça “parce qu’il t’aime“.

Un cheval peut faire les choses alors qu’il est très mal traité. Parce qu’on lui met une pression de dingue (cf. en spectacle, on voit souvent des chevaux qui se font tapoter 15 000 fois en 30 secondes l’antérieur pour donner une malheureuse jambette, alors qu’avec une bonne utilisation du renforcement négatif, ceci aurait pu être rendu autrement plus confortable pour la pauvre bête). Et comme “ça marche”, on se pose aucune question. On se dit même “Caramel et moi, on a une relation incroyable“.

Revenons aux carottes. Donc déjà, croire que donner des carottes va faire que le cheval ne fera les choses “que pour les carottes”, c’est croire que le cheval fait les choses “pour faire plaisir”. Ce qui est faux… Le cheval fait les choses parce qu’elles sont agréables, ou qu’elles apportent quelque chose d’agréable (que ce soit une carotte, ou une grattouille, ou une relaxation mentale et/ou physique), ou qu’il n’a pas le choix de les faire. Et si en plus l’humain en face est sympa, alors il sera content de faire les choses avec lui ! Et il proposera certainement plein de choses, mais ça sera pas pour vos beaux yeux, ça sera parce que votre cadre d’apprentissage est chouette, et lui donne envie de faire encore d’autres choses potentiellement agréables.

2) “Oui, mais quand je lui donne des carottes, il est obsédé par ça et ne se concentre plus sur ce que je lui demande.”

Pas la faute des pauvres carottes.

Il faut comprendre comment marche les bases du R+ et du R- pour comprendre comment donner une carotte, quand la donner, et pourquoi la donner. C’est un outil extrêmement puissant, la carotte. Elle peut décupler la motivation du cheval à le rendre un peu fou. Si c’est le cas, arrêter d’utiliser les carottes, c’est juste cacher le problème. Apprenez à vous en servir, et apprenez au cheval à la comprendre, à la réceptionner. Vous devez donnez un sens à la carotte, sinon, vous allez perdre le contrôle de la situation.

Si une simple carotte rend votre cheval dingue, il faut revoir le leadership. C’est qu’il doit probablement être inexistant. Ca dit également des choses sur son absence de motivation sans carotte… Si votre cheval peut se démener comme un fou pour une petite carotte, mais se rendormir sans (cf. 3) ci-dessous), c’est qu’il y a un problème.

Mon petit doigt me dit que si vous n’arrivez pas à gérer les récompenses, il n’y a pas de raison pour que vous arriviez à construire des séances en renforcement négatif correctes. Donner du sens à la récompense, c’est assez simple comparé à donner du sens à une séance entière.

3) “Oui, mais une fois avoir travaillé avec des carottes, après, mon cheval n’a plus du tout envie de faire les choses sans les carottes.”

Phrase souvent liée au 1). Là, c’est un travail sur l’égo qu’il faut faire. Si le cheval a besoin des carottes pour être motivé, alors même que vous travaillez sur base de Horsemanship ou d’éducation classique, il faut se demander pourquoi seules les carottes le motive. C’est que les séances ne sont pas construites de façon intéressante pour lui. C’est que ce que vous proposez n’est fondamentalement pas agréable, peut-être. Ou que votre technique est à améliorer, car vous manquez de clarté. Ou de connaissance en matière de psychologie équine. La séance toute entière devrait être une récompense, pour le cheval : elle doit être fun, lui donner envie de proposer, au-delà même des carottes comprises dans le travail. Sinon, les carottes ne seront qu’un cache-misère. Vous devez pouvoir vous passer des carottes, pour être sûr que le cheval apprécie fondamentalement les séances avec vous. Si ça n’est pas le cas, il va falloir revoir votre copie en profondeur, comprendre le besoin de votre cheval et changer vos façons de faire.

Vive les carottes.

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Je n’envisage que difficilement une séance sans carottes. J’aime l’idée d’apporter une récompense à mon cheval, j’aime l’idée que cela diffusera des endorphines, lui fera du bien. J’aime l’idée qu’il ne travaille pas que pour récupérer le confort que je lui ai enlevé temporairement. Je sais pas, c’est cette idée de salaire, qu’il travaille et qu’il a droit aux récompenses. C’est plus positif, à mon sens. A la condition que mon approche éducative ait du sens, au-delà même du mode opératoire (R- ou R+). Mais ça, on en parle dans un autre article bientôt.

Si les carottes vous posent un problème, c’est révélateur d’un problème profond dans la fondation même de la relation et du cadre d’apprentissage. Posez-vous la question : est-ce que mon cheval a un intérêt à faire ce que je lui demande ? Est-ce intéressant ? Est-ce agréable pour lui ? Qu’a-t-il envie, besoin de faire, lui ? Suis-je clair dans mes demandes ?

Dans le cadre d’une éducation en renforcement négative, la carotte n’est que la cerise sur le gâteau.

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5 thoughts on “Les carottes au travail : Vade retro satanas !

  1. Bonjour , j’aime beaucoup ton article 🙂 .

    Tu m’a fait voie les chose autrement , m’a jument a le problème avec les carotte quand je travaille en mains avec elle , donc je prend des bonbon elle et un peu plus clame mais sa ne changer pas trop les chose .

    Si tu as une idée pour m’aider je prend avec plaisir

  2. Les chevaux quand ils ont compris le principe de la récompense. Ils vont chercher à se faire plaisir, chercher ce qui est payant. Si je fais ça est ce que ça donne des carottes dis? J’adore les voir plus dans cette état d’esprit, souvent l’oeil est plus joyeux dans ces moment là. À condition que l’humain, soit maître du moment qu’il récompense. Vrai qu’il peut y avoir de l’agressivité au début mais ça se gère quand même assez facilement. Une fois qu’on sait que sait nous qui décidons quand on donne.

  3. Superbe article, avec lequel je suis entièrement d’accord. Et s’il fallait un argument de plus pour convaincre les cavaliers d’apprendre et d’appliquer les principes du renforcement positif : il enseigne au cavalier les bases du “tact équestre”, à savoir écouter et observer le cheval, élaborer un apprentissage par toutes petites étapes, et agir/réagir pile poil au bon moment.

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