Le masterclass de Linda Parelli en Belgique

Parellli-Pat-LindaLinda Parelli en Belgique, c’est le genre d’évènement qu’on ne peut pas louper tant il se fait rare. Contrairement à la France, la Belgique accueille de grands noms du programme Parelli, et ce régulièrement : Michael Wanzenried (5*), David Lichmann (5*), Carmen Zulauf (5*), Pat Parelli en 2014, et sa femme Linda en 2015… Autant dire que je ne regrette pas d’avoir débarqué à Bruxelles.

Le stage avait lieu dans une grosse écurie flamande, près de Gand. Bien entendu, les prix n’étaient pas des plus démocratiques – système Parelli oblige. Malheureusement, je n’ai pas pu participer à l’intégralité du stage. Je n’ai vu que le dernier jour et je le regrette : beaucoup de concepts abordés en début de stage ne m’étaient pas familiers, je n’ai pas vu l’évolution des cavaliers, et je crois que les jours d’avant se sont avérés plus intéressants en matière d’exercices proposés aux participants. En outre, ce stage était centré sur le savvy “Finesse“, la monte avec contact. Ce n’est vraiment pas le savvy qui m’intéresse le plus chez Parelli… Le Game of Contact de Linda est fortement inspiré de ce qu’elle a appris auprès de Walter Zettl, formé à l’école allemande. Ça reste du dressage bien fait, mais je trouve le contact toujours assez lourd. Conséquence : pas mal de frustration, notamment d’avoir loupé la partie de travail en liberté.

Coup de chance, on m’a donné des enregistrements du premier jour du Masterclass. Je propose donc deux comptes-rendus : celui du premier et du dernier jour, incluant un commentaire sur l’évènement du soir sur les horsenalities destiné à faire connaître Parelli à un plus large public.

Calm, connected and responsive… And supple !

Tous les cavaliers suivant de près ou de loin le programme Parelli connaissent bien cette phrase. Pour juger de la bonne qualité du travail qu’on exerce avec son cheval, on veut qu’il soit calme, connecté et réceptif. C’est essentiel qu’on puisse attribuer ces 3 qualificatifs à son cheval avant de se mettre en selle. C’est là-dessus qu’on peut focaliser l’échauffement à pied. Pas besoin de passer des heures pour le vérifier… Tester la réactivité ou le calme ne peut prendre que quelques secondes ! Linda ne vérifie qu’un seul élément pour tester la réceptivité. Il est inutile de la tester sur tout le répertoire de son cheval (désengager les postérieurs, bouger les épaules, le reculer, etc.). Un élément suffit.

Lorsque quelque chose ne va pas, on se servira de ces qualificatifs pour poser notre diagnostic. Ensuite, les 7 jeux seront notre système de communication. Porc-épic, cercle, déplacement latéral… Ces choses sont précises et claires, on sait pourquoi les utilise à ce moment-là. Si l’on ne répare pas ce qui semblait cassé pendant notre diagnostic, la situation ne fera qu’empirer. Tous les chevaux, quelle que soit la horsenality, ont besoin d’être calmes, connectés et réceptifs pour réussir.

Au Level 4, on parle ensuite de souplesse. On l’aborde apparemment au Level 3 : il s’agit des flexions, de l’incurvation, etc.

Bien sûr, chaque élément est plus particulièrement utile selon la horsenality :

Le diagramme des horsenalities de Parelli
Le diagramme des horsenalities de Parelli
  •  RBE (cerveau droit extraverti) : calme
  • RBI (cerveau droi introverti) : connecté
  • LBI (cerveau gauche introverti) : réceptif
  • LBE (cerveau gauche extraverti) : souple
Comment sait-on que le cheval est calme ?

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  • sa tête est basse
  • il cligne des yeux
  • il respire
  • la bouche est détendue
  • la queue est détendue
  • les oreilles sont détendues
  • les muscles sont relâchés

Le calme ce n’est pas forcément avoir l’air endormi. Lorsqu’on est calme, on peut réfléchir. Notre cheval peut être excité d’une manière positive, mais rester calme, en pleine possession de ses moyens mentaux et physiques, conscient de son environnement et de lui-même.

L’adrénaline est fondamentalement négative pour un animal de proie : un cheval n’a de montée d’adrénaline que s’il est terrifié par un potentiel prédateur prêt à en faire son repas, ou qu’il se bat. Cet animal est amené dans un environnement humain bourré de stimuli sûrement effrayants : des chiens, des écuries, des gens, des voitures… On l’oblige à être un “cheval de sport”, on lui demande d’être rassemblé, de sauter des obstacles… Sans qu’il n’y soit mentalement préparé. L’adrénaline monte, et il ne sait pas comment la gérer. Tout l’enjeu des débuts du travail consiste à apprendre au cheval à gérer cette montée d’adrénaline, en vue d’obtenir le fameux calme.

Le programme Parelli débute au Level 1 avec le calme. Le calme doit être enseigné car il est nécessaire dans toutes les situations. Les premiers gestes sont essentiellement focalisés sur le contrôle des pieds avec en tête la recherche du calme. Lorsqu’on y parvient, il faut savoir qu’un cheval cerveau gauche (LBI ou LBE) aura tendance à s’ennuyer. Un cerveau droit (RBE ou RBI) sera plutôt dans une zone de flou, de brouillard, comme s’il était mentalement absent. Lors de cette phase d’apprentissage et d’instauration du calme, tout devient agréable, léger, doux… Dès qu’on monte en Level, qu’on demande plus de choses, que l’on devient plus exigeant, les ennuis recommencent. Linda explique que généralement, les gens gèrent très bien leur cheval – autrefois compliqué – pendant les exercices des Level 1 et 2, mais que les Level 3 et 4 amènent à nouveau des problèmes.

Pourquoi ?

Parce que les gens arrêtent soudainement d’exercer le mental et les émotions de leur cheval lorsqu’ils arrivent à un niveau technique plus poussé. On ne doit jamais cesser d’intégrer le travail du fitness émotionnel et du mental de notre cheval. Les niveaux supérieurs consistent aussi à demander parfois plus d’énergie : plus d’énergie ne veut pas dire moins de calme !

Comment sait-on que le cheval est connecté ?
La jument est bien connecté, attentive à sa cavalière.
La jument est bien connectée, attentive à sa cavalière.
  • le cheval nous regarde
  • il peut regarder autre chose mais il reste mentalement avec nous
  • il ne doit pas non plus nous regarder de manière fixe ou figée
  • il est plus intéressé par nous que par le reste de son environnement
Comment sait-on que le cheval est réceptif ?
Réponse légère, réactive, avec une belle expression.
Réponse légère, réactive, avec une belle expression.
  • le cheval répond aux phases les plus légères
  • il répond maximum en phase 2
Comment sait-on que le cheval est souple ?
Souple et flexible sur le cercle.
Souple et flexible sur le cercle.
  • il est facile à incurver, à plier
  • il est gracieux
  • il est flexible
Ces 4 qualités peuvent être mal interprétées.
  • On pense que le cheval est calme, alors qu’il est silencieux, réservé, voire étouffé : il est alors dans son monde intérieur, figé, mais pas calme.
  • On pense que le cheval est connecté, alors qu’il est juste obéissant, soumis à nos demandes. Il agit de manière robotique : s’il faut sans cesse regarder les postérieurs pour le garder avec soi, il n’est pas connecté, il ne fait qu’obéir. Un cheval connecté a envie d’être avec nous.
  • On pense que le cheval est réceptif, alors qu’il n’est que réactif, il réagit mais sans la volonté de réagir.
  • On pense que le cheval est souple, alors qu’il est trop plié, tordu, presque. Un cheval qui passe derrière la verticale, se ferme ou passe en hyperflexion ne réfléchit plus : il n’est pas souple.

Du coaching : une réflexion sur les Levels

Parelli Levels Pathway

Lorsqu’ils ont débuté le programme PNH, Linda et Pat pensaient que la plupart des gens mettraient 2 à 3 années avant d’arriver au Level 4. Ils se sont rendus compte que ce n’était souvent pas le cas : les cavaliers suivant le programme n’étaient pas toujours assez progressifs. Lorsqu’on n’est pas progressif, on n’avance pas, on régresse… On fait marche arrière, et ça n’est pas très intéressant pour notre cheval. Linda estime que souvent, on n’est pas assez investi : il faut être très studieux, lire, réfléchir, garder son objectif en tête, et tout faire pour évoluer dans le bon sens. Elle explique aussi que certaines personnes ne veulent pas forcément arriver en haut de la pyramide, c’est-à-dire obtenir le Level 4, mais simplement… Ils ne veulent juste plus pleurer à la fin d’une séance, ce genre de chose ! Donc tout se résume à nos buts : que voulons-nous devenir, de quoi a besoin notre cheval ? Elle préfère donc enseigner le leadership plutôt que bêtement les niveaux. Les Levels sont des repères, qui correspondent peut-être très bien aux personnes ambitieuses qui ont un but clair.

Beaucoup de personnes lui disent : “mais je ne suis que Level 2“. Rendez-vous compte à quel point c’est bien… La plupart des gens n’y sont absolument pas ! L’essentiel est de savoir : que voulons-nous être ? Comment en arrive-t-on là ? Elle pense que nous n’y réfléchissons pas vraiment en détail, tout du moins pas assez. Il est donc très difficile d’atteindre ses buts si on ne visualise pas très clairement où l’on veut aller et comment. Il est donc difficile de faire des progrès… Quand on rentre dans une voiture, on sait où l’on va, et comment ! C’est pareil à cheval. Quelle est votre destination ? Comment allez-vous y aller ? On parle souvent de leadership chez Parelli : impossible d’être un bon leader sans avoir de but précis. C’est vrai pendant la séance mais aussi globalement.

Quelques points tirés de la pratique du 1er jour
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Linda, en bon leader, orchestre la séance d’une main de maître.

(à savoir : je n’étais pas présente et je ne base ces notes que sur des enregistrements)

Les cavaliers étaient tous très expérimentés, minimum Level 4, et beaucoup étaient instructeurs. Certains avaient amené des chevaux assez verts, pour travailler en présence de Linda. Ils ont commencé l’échauffement à pied. En selle, si j’ai bien compris, ils ont essentiellement travaillé d’abord sur le mental des chevaux quand ça n’allait pas, puis ils ont travaillé le reculer ainsi que les déplacements latéraux avec du contact.

Un échauffement classique chez Parelli, c'est quand même cool. Ici wonder Tiago et Fanny, Level 4 (et franchement un des plus beaux couples vus pendant le stage).
Un échauffement classique chez Parelli, c’est quand même cool. Ici wonder Tiago et Fanny, Level 4 (et franchement un des plus beaux couples vus pendant le stage).

Une cavalière avait apparemment un cheval très délicat à pied, très LBE et difficile à gérer. Quelques conseils de Linda :

  • Les LBE n’ont pas besoin de friandises, ils ont besoin de jouer.
  • il faut contrôler leur nez tout le temps. Mettre son nez sur 10 choses de suite.
  • Si vous laissez ce genre de cheval faire quelque chose que vous n’avez pas décidé parce que c’est fun, il est hors de contrôle, et il le sait bien. D’abord on parle de contrôle et ensuite on parlera psychologie.
  • Il faut d’abord avoir le contrôle à pied avant de monter !

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Attention lors de ce genre de travail à conserver un sourire, à ne pas rentrer dans les émotions.

En conseillant une cavalière, Linda a longuement parlé de “focus”, de réfléchir et d’être conscient de là où notre énergie va, et comment, sur un cheval RBE assez anxieux. Le fait d’avoir un excellent focus va encourager le cheval à aller là où l’on va, car on semble sûr de soi et c’est confortable pour le cheval de suivre un leader confiant. On veut dire au cheval “aie confiance en moi, aie confiance en mes choix“. C’est ainsi qu’on obtiendra le calme.

Il faut chercher à conserver le calme, la connexion et la réceptivité du cheval même sous la selle.

Elle a parlé des mors trop serrés et trop hauts, ce qui fait écho au récent article de Demivolteface. Elle explique que trop haut, le mors effectue déjà une tension sur la bouche et sur la nuque avant même qu’on n’y touche. Si l’on veut que le cheval ait une bouche calme, qui ne mâche pas frénétiquement par anxiété ou par énervement, c’est un premier pas.

Gardez vos coudes connectés à votre assiette, et votre assiette connecté à votre cheval. ”

Si le cheval semble s’ennuyer à tourner en rond, alors choisissez un endroit où vous arrêtez, pour donner une direction et un sens au trajet. La psychologie est valable même en Finesse/dressage.

Débriefing des séances du matin, et présentation de la Finesse Training Sequence
Théorie.
Théorie.

Il faut beaucoup s’interroger sur le comment : que fait-on dans notre corps pour que le cheval exécute un déplacement latéral ? On doit devenir conscient de ce que l’on fait dans notre corps. Il faut penser à la manière d’obtenir le déplacement latéral, pas uniquement au résultat. Ici, Linda Parelli parle de déplacement latéraux droits, sans plis de la nuque. Donc c’est différent d’une cession à la jambe (où l’incurvation est présente).

Idéalement on veut que le cheval trouve tout seul : on place notre corps comme on veut que le cheval fasse et on le laisse gérer. Au début toutefois, on micro-manage un peu pour rétablir, corriger. Mais avant cela… Il faut vérifier que l’on peut bouger chaque partie du corps du cheval. Et certains stagiaires n’arrivaient pas à bouger certaines parties de leur cheval : il poussait contre la main, contre la jambe…

Quand on a un but clair, on sait comment évoluer, changer. Sinon, on fera les déplacements latéraux mais sans volonté, sans clarté, sans qualité. La qualité est très importante. Ce que Linda souhaite changer, ce n’est pas tant la technique que l’image que le cavalier a en tête ! Elle est souvent floue, voire faussée. Elle pense que l’on n’est pas conscients de ce à quoi on ressemble… Et elle n’a probablement pas tort du tout.

Qu’entend-on par “qualité” ?

Certains chevaux étaient en hyperflexion ou résistaient contre le mors. Linda avance que c’est en allant droit que le reste va s’améliorer ! Alors on saura si le fait que le cheval soit derrière la main est dû à des rênes trop courtes ou pas (oui car un cheval s’enroule, selon elle, car les rênes sont trop longues). Sa théorie étant : pour qu’un cheval s’enroule, il doit mettre beaucoup de poids sur les épaules et reculer la tête, et pour cela il faut que les rênes soient trop longues. Sur ce point, je pense que c’est discutable mais c’est intéressant d’avoir un autre avis. Comment expliquer alors que les chevaux en hyperflexion sur les terrains de concours sont ceux dont les cavaliers tirent sur les rênes ? Les rênes sont très courtes et pourtant les chevaux sont en hyperflexion. Bref 🙂

Si un cheval est derrière la verticale, elle ne demande pas qu’il se relève. Il faut se demander pourquoi il est enroulé, et alors seulement on pourra régler le problème. Sinon ce ne sont que des actions, des demandes mécaniques. Il faut faire dans son corps ce que l’on veut que le cheval fasse dans son corps. Si le cheval fait quelque chose de bizarre dans son corps c’est parce que vous le faites probablement dans le vôtre – dixit Linda ! Elle regarde d’abord le cheval, puis elle observe le cavalier et se rend compte que le cheval n’a juste aucune chance d’y arriver, car le cavalier ne se tient pas comme il faut, et pourtant il cherche à corriger (voire punir) quand même le cheval.

Il faut sentir ce que fait le cheval, lui vous dira ce qui ne va pas, et alors vous pouvez changer ce qui ne va pas ! Si vous vous asseyez parfaitement, votre cheval sera parfait. Par conséquence, Linda préfère donner une tâche à ses élèves qui les fasse rentrer dans le modèle global plutôt que de corriger 100 détails.

Le contact, ce détail d’importance
Un joli contact.
Un joli contact.

Quand certains chevaux mâchent frénétiquement le mors, c’est que le mors dérange. Un cheval qui accepte le mors a une bouche calme. Mais finalement, ce n’est pas le mors-même le problème : un cheval qui mâchonne avec énervement son mors peut donner des indices sur ce que fait – ou ne fait pas – le cavalier. Globalement, il ne faut pas qu’il y ait des émotions liées au mors. Les chevaux doivent le comprendre, trouver du confort. Le mors ne doit pas être synonyme d’anxiété, ou de colère… Le rôle du cavalier est d’apprendre au cheval comment le comprendre : on doit inviter le contact, et non pas le prendre ! Linda évoque une cavalière qui “forçait” à prendre le contact. Piéger le cheval risque d’empirer la situation…

Selon Linda Parelli, pourquoi un cheval passe-t-il derrière la verticale ?
Un exemple de cheval qui s'enroule, passe derrière la verticale.
Un exemple de cheval qui s’enroule, passe derrière la verticale.
  • Pas assez de contact
  • Manque d’impulsion
  • Rênes trop longues
  • Comportement appris
  • Manque d’engagement
  • Mauvaise position du cavalier
  • Manque de réactivité (cheval dont le message ne parvient pas aux pieds)

On a tendance à monter en phase quand quelque chose ne va pas, ça c’est du Level 1, où l’on exige du cavalier d’être efficace. Monter dans les niveaux consiste à avoir un meilleur leadership, pas de meilleures phases !

Pourquoi avoir commencé par le reculer et les déplacements latéraux ?
Pléthore de déplacements latéraux.
Pléthore de déplacements latéraux.

Vous ne pouvez pas reculer ? Alors vous ne pourrez pas vous arrêtez, vos transitions descendantes seront mauvaises. Le reculer offre :

  • Engagement
  • Rassembler
  • Poids sur les hanches
  • le “go” est égal au “woah” (le cheval met autant d’énergie à avancer qu’à freiner, autrement dit, c’est l’impulsion)
  • Arrêt correct
  • Bonnes transitions descendantes

Les déplacements latéraux servent essentiellement à :

  • Tourner latéralement d’un côté vers un autre
  • Vérifier que l’on peut “conduire” nos chevaux.

On ne supporterait pas que nos voitures ne tournent pas ou ne freinent pas ou n’accélèrent pas (bon la comparaison est un peu limite, imagée certes mais éthiquement limite). D’où le fait que l’on commence avec le reculer et les déplacements latéraux. Vous devez penser comme si vous étiez un coach : focalisez-vous sur le cheval et pas sur vous. Si vous réfléchissez trop, vous faites mentalement trop de bruit et s’il y a trop de bruit, vous n’êtes pas présents à 100% avec votre cheval. Par nature, l’humain n’est pas aussi observateur que le cheval qui lui, voit chaque feuille dans un arbre. Appuyez-vous sur le principe du cheval-miroir : vous saurez si vous faites des erreurs en observant votre cheval.

prendre conscience de son corps : l’isopraxie

Lors d’un reculer, on voit souvent des chevaux plats ou sur les épaules plutôt que sur les hanches. Le cheval ne peut pas y arriver tant que son cavalier n’y arrivera pas ! Et là je suis tout à fait d’accord, c’est hyper important et pas mal de doctrines classiques oublient cette partie-là. D’où l’importance de l’isopraxie, c’est-à-dire la sensibilité des chevaux à notre posture. Se tenir droit, grand, et engager le bassin comme on aimerait que le cheval le fasse change TOUT.

Linda a suggéré une simulation aux auditeurs, pour montrer que lorsque l’on baisse les coudes, que l’on engage le bassin, on fait ce que le cheval devrait faire dans sa scapula (épaules) et ses postérieurs. Si votre assiette ne fait rien et que vos coudes reculent, le cheval ne trouvera pas, il sera bloqué, car physiquement vous le bloquez. Ou alors il reculera mais mal. Si vous placez votre corps comme il faut, il y arrivera tout seul ! Cheval miroir 😉

On arrivera à améliorer notre cheval en Finesse/dressage en étant plus équilibré, plus en harmonie avec le cheval. Il faut aussi beaucoup de précision. Pour Linda, avant qu’on commence à l’incurver, il faut que le cheval aille droit. Bon je ne sais pas si elle parlait de vraie rectitude. Si c’est le cas je ne suis absolument pas d’accord avec elle : un cheval ne peut aller véritablement droit qu’après un long travail d’assouplissement latéral pour équilibrer ses asymétries. Ah, les guerres de chapelle 🙂

Globalement, elle trouve que les cavaliers n’ont pas vraiment conscience de leurs corps, et que pourtant, beaucoup de choses se règlent uniquement par ce biais-là.

finesse training sequence

Linda est passionnée par le dressage. Elle veut proposer un dressage combiné avec la philosophie Parelli : un cheval heureux, mentalement, émotionnellement, physiquement avec le cavalier et qui aime ce qu’il fait. Elle évoque son “maître” Walter Zettl dont je parlais au début de l’article. Il lui a fait sentir le “contact” : son image du contact était très différente de ce qu’elle a découvert avec Walter – c’est-à-dire un contact de l’école allemande du 20ème siècle, un contact lourd quoi 😛 . En gros, un jour, elle a eu une révélation pendant un cours sur Remmer avec Walter : le contact était super lourd pour elle et en fait c’était ça le vrai contact – je résume. Remmer était génial, Walter aurait dit “c’est juste que tu conduis encore plus“. Elle pensait qu’il s’appuyait alors qu’en fait son cheval prenait plus de contact. Bref, on aime, on aime pas, personnellement après avoir lu quelques bouquins de dressage classique, c’est pas ça ma vision du contact. Anja Beran (de l’école portugaise) compare le contact à la force qu’il faut pour tenir un poussin dans la main : autrement dit, c’est hyper léger. Isa Danne explique que le cheval ne doit s’appuyer que quelques secondes pour se rééqulibrer par le biais du mors, mais jamais être lourd. Chez Karl, on apprend au cheval à se tendre sur le mors mais jamais à être lourd, ça doit être très léger : uniquement le poids des rênes.

Suite à cette histoire, elle s’est demandé comment faire en sorte que le cheval prenne le contact par lui-même, et comment l’enseigner à ses élèves. Plusieurs concepts sont apparus, son Game Of Contact, et la Finesse Training Sequence.

Sa séquence consiste à rendre les choses faciles pour aborder la Finesse par étapes :

  1. Freely forward : le cheval doit aller franchement vers l’avant au pas, rênes longues, puis au trot, puis au galop. On recherche des allures actives. On sait que c’est bon quand ils s’étirent, qu’ils s’allongent.
  2. Downward transitions : ici, on parle de transitions descendantes à l’énergie du corps, à l’assiette. Le cheval doit être connecté à notre énergie et descendre son énergie quand on descend la nôtre. On n’utilise pas les rênes.
  3. Ride the line : garder le nez du cheval sur une ligne. On oublie le reste du corps, on part du principe que si l’on dirige le nez, on dirige l’esprit. On doit voir cette ligne, qui n’est pas du Follow The Rail (le pattern de Parelli qui consiste simplement à suivre la piste de la carrière ou du manège), il faut penser à un spaghetti : plein de courbes dans tous les sens. On va ainsi commencer à travailler la souplesse sans même s’en rendre compte.
  4. Supple rein : on continue à suivre la ligne sur un 8 de chiffre, et cette fois, les mains sont sur la ligne aussi.
  5. Carving turns : la main extérieure suit la ligne cette fois-ci. Il s’agit de contrôler les épaules.
  6. Leg yields on the circle : cession de hanche sur le cercle, ou hanches en dehors, ou évasement du cercle.
  7. Contact : travail du contact selon les règles de Linda Parelli (voire Game of Contact).
  8. Random patterns : on arrête d’être ennuyeux, maintenant on met en place des exercices précis.
  9. Déplacements latéraux
  10. Rassembler

L’après-midi, ils ont travaillé essentiellement les premiers points de la séquence. N’étant pas présente, et ne connaissant pas très bien ce concept de Linda, je ne préfère pas faire de compte-rendu basé sur les enregistrements, au risque de mal interpréter.

***

J’étais donc présente le dernier jour.

Le matin, les stagiaires prenaient leur dernier cours. J’avoue avoir été un peu déçue par ce que j’ai vu. Pas dans le sens où je n’ai pas aimé la technique, car la plupart des couples étaient jolis à regarder et ceux qui ne l’étaient pas avaient de vraies raisons (cheval très vert, ou avec une histoire compliquée). La matinée s’est résumée à faire un exercice – certes qui m’a l’air très marrant à tester – pour entraîner les cavaliers à garder leurs coudes près du corps. Ils devaient partager leurs rênes. Ca donnait ça :

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Franchement, c’était très intéressant pour plusieurs choses : la posture, le focus, la communication (avec l’autre cavalier et son cheval), le feel, bref, c’était vraiment original, fun, c’était du Parelli quoi. C’est pour ça que j’aime Parelli. En revanche, faire ça avec un mors, euh… Mouais, là j’avoue que j’ai pas du tout été convaincue. Certains chevaux se faisaient tirailler des deux côtés parce que l’exercice n’est vraiment pas facile. Avec un licol c’est une chose, avec un mors dans la bouche, ça doit être extrêmement inconfortable. Il y a un paradoxe ici : cet exercice avait pour objectif de faire travailler la posture de dressage – la rigueur de maintenir ses coudes proches de soi – pour que le cavalier soit un meilleur partenaire pour son cheval, pour qu’il communique mieux. Mais ici, le cheval se prend dans la tronche un très gros inconfort parce que son cavalier travaille sa posture, et parce chez Parelli, la Finesse se fait en mors.

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Très vite, les cavaliers ont compris : on a eu du trot et même du galop !

Quelques conseils donnés par Linda avant et pendant cet exercice :

  • Le premier point de la séquence, “Freely forward”, doit se faire rênes longues, avant de mettre du contact.
  • Avant de partager les rênes, elle a attendu que chaque cheval s’étire par lui-même.
  • Pendant l’exercice : il fallait baisser ses mains, penser à garder le cheval mentalement et physiquement avec soi, continuer à regarder où l’on va (focus), et prévoir où l’on va aller (avoir un plan)

Je passerais sur cet exercice, que j’ai trouvé trop long à regarder.

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Ensuite, Linda est monté sur le cheval (cerveau droit) d’une stagiaire qui semblait avoir un peu de mal à rentrer dans le cadre “Finesse”. J’ai bien aimé la regarder, c’était super intéressant. Elle a une position que je trouve très bonne, vraiment, ça bouge pas d’un poil. Le cheval manquait de confiance et se raidissait contre la main, donc elle faisait encore plus de courbes, se focalisant sur l’idée que le nez doit suivre une ligne, en gardant la cadence aussi constante que possible. Elle parlait d’utiliser son “feel” et ses coudes, et puis d’attendre qu’il se détende. Pendant la démo, tout était lent : pour elle, c’est une manière de lui laisser le temps de lui faire confiance.

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Le contact est comparable à des gens qui se prennent la main. Votre cheval doit vous prendre la main et doit aimer ça ! Lorsqu’elle changeait de sens, elle le faisait avec la rêne extérieure, en gardant la connexion sur la rêne intérieure. Quand elle partait au trot, le cheval était derrière elle. Donc elle a pris son stick pour tapoter régulièrement sur l’épaule, afin de ne pas le surprendre mais quand même lui demander d’être plus réactif. Le mouvement en avant est indispensable. A ce moment-là, elle n’était pas encore au contact à proprement dit, mais en “soft touch“, “toucher doux” si on peut traduire ça.

Elle a expliqué que le cheval baissait sa nuque parce qu’il se relaxait, pas parce qu’elle lui demandait de le faire. Tout son corps allait dans la même direction, tout était calme, mais pas figé.

Ensuite elle a parlé d’une boîte que l’on forme avec son cheval en dressage. Il faut imaginer une boîte qui se déplace par exemple latéralement. Le cavalier forme la boîte, le job du cheval c’est de rester dedans. La clé est de rester constant, tout en formant la boîte doucement, et en utilisant toujours son corps d’abord.

Après ça, nous sommes retournés à l’intérieur pour reparler un peu théorie. Elle a passé en revue sa Finesse Training Sequence à la lumière du cours du matin. Il y a eu un petit mot sur le sans-mors : oui, on peut faire ça sans mors, mais selon Linda le chanfrein est beaucoup plus sensible que la bouche, donc en gros c’est mieux en mors (pas convaincue – j’aimerais bien voir une étude là-dessus quand même).

***

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Je regrette vraiment de ne pas avoir suivi l’intégralité du stage. C’était vraiment intéressant et c’est tout autre chose que la plupart des stages auxquels j’ai assisté jusqu’ici. Je n’ai pas non plus été transcendée par l’équitation que j’ai vu, mais c’est normal, il s’agissait d’aborder la Finesse. Je ne dis pas que je fais mieux, je dis juste que j’ai déjà bavé devant des stages de l’École de Légèreté, pas là, voilà tout. En revanche, un point qui m’a marquée : que c’est rare de voir des chevaux éduqués et confiants en stage ! Des chevaux calmes, appliqués, fins, bref… On est bien dans un stage Parelli, et ça, ça fait très plaisir à voir.

Pour ce qui est de Linda : vous voyez comment elle est dans ses DVDs ? Ben voilà. Aller à un stage Linda Parelli, c’est comme être dans un DVD avec elle. C’est donc chouette, très chouette : quelle pédagogie ! C’est limpide, c’est clair, tout est imagé, tout est raisonné, bref, ce qu’elle propose est abouti et ce qu’elle explique fait toujours sens. Même si je ne suis pas forcément fan du dressage qu’elle propose, elle a un raisonnement très logique, qui permettra sûrement à des cavaliers non-initiés de bien comprendre comment aborder la discipline du dressage. Ça manquait juste clairement de biomécanique pour moi (pourquoi faire une boîte ? Pourquoi le contact ? Bref tout ça).

Le pop-up sur les horsenalities : un évènement pour démontrer ce qu’est le PNH

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Le vendredi soir, Linda Parelli donnait devant des centaines de personnes un évènement pour présenter les horsenalities au grand public. L’idée est d’expliquer en quoi consiste la méthode Parelli, ses bases, ses principes, et ensuite de montrer les 7 jeux sur les quatre horsenalities. Puisqu’il s’agissait d’atteindre un nouveau public, c’était pas cher, voire gratuit 😛 et franchement c’était ma partie préférée de la journée, sans hésiter ! Linda est assez fascinante, elle a cette capacité à raconter je ne sais combien de fois les mêmes histoires avec autant de passion et d’engouement. Elle est donc toujours aussi charismatique. Bref, j’ai vraiment aimé voir un RBE, un LBE, un RBI et un LBI sur le même terrain, jouant les mêmes jeux : les différences étaient juste hyper marquées ! Il y a un an de cela, je ne suis pas sûr que ça m’aurait autant frappé.

Maintenant, le prochain stage auquel j’assisterai sera donné par quelqu’un que j’ai hâte de rencontrer : Michael Wanzenried, instructeur Parelli, qui a aussi été formé chez Philippe Karl. 🙂

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