Le grand méchant conditionnement

Son cheval est totalement conditionné 🙄”, “je veux pas conditionner mon cheval à faire ça 😕 “, “je trouve ça pas cool de les conditionner comme ça 😞”… Attendez deux secondes. Y’a comme un problème de vocabulaire, ici. Reprenons depuis le début 🤔 !

Conditionner lobotomiser

Commençons simplement par employer les bons mots au bon endroit et dans le bon contexte – eh oui, il y avait bien un objectif secret derrière toutes ces heures à lire Molière et Victor Hugo en cours de français… Notamment utiliser les mots qu’il faut.

Vous ne dites pas cuillère au lieu de fourchette, non ?

Ben dire “conditionner” quand ce que vous souhaitez dire signifie “lobotomiser”, c’est comme dire “licorne” au lieu de “cheval” ou bien “cuillère” au lieu de “fourchette”, ou encore “piment” au lieu de “poivre”. Ça marche pas. Ou bien vous prenez de sérieux risques si vous demandez “un peu plus de piment dans mes pâtes arrabiata, s’il vous plaît monsieur“, pensant naïvement que le serveur possède le même trouble du vocabulaire que vous, et qu’il va simplement rajouter du poivre (et pas du piment), comme s’il possédait miraculeusement un décodeur spécialement pour vous. De sérieux risques. Vraiment.

Puisque je fais ma petite maline sur le vocabulaire, voici une explication bien méritée à ce stade de l’article :

  • le conditionnement c’est un phénomène NORMAL et INDISPENSABLE à l’apprentissage.
  • ce que vous n’aimez pas (et à raison), c’est ce qu’on appelle “lobotomiser” au sens figuré. Oui ! car il y a un sens figuré et littéral (petite révision express pour les examens les gars, ne me remerciez pas).

Lobotomiser…

  • au sens littéral : je vais honteusement piquer la définition du Larousse… “Section chirurgicale des fibres nerveuses qui unissent un lobe du cerveau aux autres régions pour traiter des troubles psychiatriques. (Elle n’est plus guère employée.)” C’est interdit, c’est un truc un peu vintage maintenant.
  • au sens figuré : signifie “rendre bête, abrutir”. Là. Voilà. On y est. C’est celui-là que vous avez envie d’employer. Celui-là. Pas un autre.

Le conditionnement, c’est la vie

Je me répète un peu dans mes intertitres, mais parfois, il n’y a pas besoin de réinviter la roue (cf. l’article sur la contrainte).

J’avais déjà écrit sur le blog de The Tack Room cet article sur les théories de l’apprentissage.

Mais j’estime ne pas être allée assez loin côté conditionnement, donc voilà le pourquoi du comment de cet article.

Nolwenn & Eole.

Le conditionnement classique/répondant by Pavlov

Restons le plus simple possible.

Chez Pavlov et son conditionnement classique, l’idée c’est qu’un stimulus quelconque déclenche une réponse généralement réflexe chez l’individu. En gros, c’est votre organisme qui réagit à quelque chose de façon inconsciente. Le réflexe sans contrôle conscient, c’est le début du conditionnement classique (déjà, là vous devez sentir pourquoi “conditionner” n’est pas une mauvaise chose).

Genre par exemple :

  • on amène de la bouffe à un chien (stimulus dit non conditionné), son organisme se met à le faire saliver (grosso modo) (réponse non conditionnée)
  • on vous fout une grosse lumière de guedin dans l’oeil (stimulus dit non conditionné), votre pupille se rétracte (réponse non conditionnée)
  • on vous souffle dans l’oeil (stimulus dit non conditionné), vous clignez des yeux (réponse non conditionnée)

En gros, le stimulus amène un réflexe. Point. Ici, on n’est pas encore dans du conditionnement, mais cela contient sa base. Vous allez voir.

Alors, ce que ce petit Pavlov s’est amusé à tester… C’était :

Peut-on associer le stimulus (non conditionné qui déclenche la réponse réflexe) avec un stimulus neutre qui lui, naturellement ne déclenche pas de réponse réflexe ?

En associant ces deux stimuli, est-ce que le second, celui qui, à l’origine, ne déclenchait pas de réponse réflexe, pourrait-il remplacer le premier et déclencher une réponse réflexe par la répétition ?

Allez, le suspense est tellement intense que je vous soulage tout de suite : la réponse est oui.

Donc Pavlov prend son clebs, il répète plein de fois une même expérience :

  • sonner une cloche en même temps qu’il amène la nourriture du chien.
  • il répète, il répète, comme vous quand vous montez à cheval.
  • arrive un stade où le chien comprend que lorsque la cloche sonne, la nourriture vient, donc il salive.
  • in fine, Pavlov ne fait “que” sonner la cloche et son chien salive.

La cloche devient le stimulus conditionné et la salivation une réponse conditionnée. C’est un apprentissage tout bête. Vous le vivez au quotidien. Aucun nouveau comportement n’émerge de cela, mais le stimulus de base de la réponse réflexe a été transformé par le conditionnement.

Attention ! Si Pavlov fait sonner la cloche (d’ailleurs, un aparté sur ce sujet-là : me semble que son stimulus conditionné n’était pas du tout une cloche, mais vous pigez l’idée) genre 25 fois et qu’il n’apporte pas la nourriture, son chien va finir par apprendre qu’en fait, la nourriture ne vient pas quand son maître sonne la cloche. Donc il va perdre son conditionnement. (c’est genre de la désensibilisation vous suivez ?)

Exemple de conditionnement classique du quotidien :

  • un adulte chatouille un enfant, ça l’amuse grave. A force de se faire chatouiller, l’enfant rigole avant même que l’adulte pose ses mains sur l’enfant pour le chatouiller, la vue même des mains qui s’approchent suffit. A la base, le rire n’est déclenché qu’au moment où il se fait chatouiller.
  • c’est le matin vous vous levez, et il y a beaucoup de lumière. Vous savez que si vous ne protégez pas vos yeux, ça va brûler un peu, donc avant même d’ouvrir le volet, vous plissez les yeux. A la base, vous ne plissez les yeux qu’au moment où le soleil vous les crame (merci le soleil). On remercie le conditionnement.

Ok. Maintenant parlons de Skinner.

Le conditionnement opérant by Skinner

Et c’est ici qu’entrent en jeu les renforcements et punition… Du coup, vous comprenez, si vous avez bien lu mon article sur The Tack Room, que le conditionnement est juste normal. N-o-r-m-a-l.

Ici, on va plus loin que les réponses réflexes d’un organisme. Concrètement, le conditionnement opérant se crée en fonction des conséquences de chacun de vos comportements sur l’environnement.

Je m’explique.

Le conditionnement opérant, il naît des feedbacks que votre environnement vous donne sur vos faits et gestes. Imaginons que vous ne savez pas ce que c’est de l’ortie. Vous trouvez ces feuilles beaucoup trop mignonnes et vous avez une furieuse envie de vous rouler dedans. Vous terminez avec 150 cloques sur le corps : vous êtes victime de punition positive.

Que se passe-t-il ? Votre environnement vient de créer un apprentissage dans votre cerveau : ortie = douleur = danger. Désormais, vous éviterez soigneusement de toucher les feuilles d’ortie. Félicitations, vous venez d’apprendre par conditionnement opérant skinnérien.

J’ai plein d’autres exemples :

  • le feu est rouge. Vous ne vous arrêtez pas, à vrai dire, votre organisme n’a pas de réflexe naturel concernant les feux rouges.
  • la police vous arrête, vous colle une petite contravention des familles et ça fait mal au coeur.
  • vous venez d’apprendre : c’est pas bien de brûler les feux rouges, ça fait mal au portefeuille et on se fait gronder par le méchant policier.

Ou :

  • le téléphone sonne. Vous n’avez aucune idée de ce qu’est un téléphone ni de ce que signifie tout ce vacarme.
  • Un jour, par hasard, vous décrochez le téléphone. Vous découvrez que votre maman chérie vous parle à l’autre bout du pays. C’est génial.
  • Vous comprenez que lorsque le téléphone sonne, c’est qu’il y a quelqu’un qui voudrait vous parler. Vous allez donc désormais décrocher le téléphone.
  • ceci peut aussi être vu façon punition positive : dans mon cas, le téléphone sonne souvent pour m’annoncer des trucs qui vont me générer du stress (vis ta vie d’entrepreneur moisi).
  • à force de décrocher le téléphone et de subir du stress quand je le fais, la sonnerie même du téléphone me stresse.
  • Donc, je ne réponds jamais au téléphone (véridique). Par conditionnement opérant, le comportement “je décroche le téléphone pour parler à ma môman” est passé à “je ne décroche pas cet objet digne de Satan”.

Est-ce que c’est plus clair pour vous désormais ?

Aimez le conditionnement chez vos chevaux. Il permet simplement à ceux-ci de mieux comprendre ce que vous, et le monde, attendez d’eux.

 

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