Le dressage selon Gerd Heuschmann – fiche de lecture

Si je vous dis : vétérinaire allemand, anciennement pote avec Philippe Karl, qui a publié un ouvrage “choc” dans le milieu du dressage, qui a créé une ligue anti-Rollkur en Allemagne, qui a lutté corps et âmes avant de ruiner sa réputation suite à la parution de photos compromettantes de lui sur un grand Frison, qui s’est ensuite engueulé avec Karl, jusqu’à ne plus exister que dans son livre best-seller ? D’ailleurs c’est simple, tapez son nom dans Google et vous ne verrez que ça :

L'image à l'origine du scandale
L’image à l’origine du scandale

Allez, avant de vous révéler le nom de ce bonhomme – pour ceux qui n’ont pas encore deviné, je vais juste essayer de le défendre un peu. Il utilise les méthodes de Karl et de Beran pour rééduquer les chevaux qu’il rencontre lors de ses stages. Sauf qu’il n’est ni Karl, ni Beran… Bref, je pense que la pratique c’est moins son truc et qu’il n’a pas le feeling, ou peut-être pas une formation pratique assez pointue pour faire preuve du même tact que ceux auxquels il emprunte ses méthodes. Je crois que la série de photos qui a ruiné sa réputation rejoint ce que Linda Parelli fait en Finesse, dans le “Game of Contact“. Ce qui veut dire : mettre de l’inconfort en renforçant l’action de main vers l’arrière, d’où le fait qu’il tire ici. Dès que le cheval essaye de se soustraire à cet inconfort en poussant son nez vers l’avant, c’est gagné. Chez Karl, c’est le même principe, sauf qu’il existe une différence assez fondamentale : l’action de main se fait vers le haut et vers l’avant ! Ce sont les photos de la fin de la série “scandale” qui m’ont mis la puce à l’oreille, ainsi que ce que j’ai pu lire sur divers forums :

Une tentative d'extension d'encolure ?
Une tentative d’extension d’encolure ?
La fin du "clinic"
La fin du “clinic”

Ben oui, voilà, c’est ça qu’il cherchait – très maladroitement, certes – à obtenir. Pas un Rollkur, pas du LDR, bref : non, Heuschmann n’est pas un “un manipulateur qui tentait juste de se faire de l’argent sur le dos des petits cavaliers amateurs” comme on peut le lire sur le forum Scandinavian Dressage. C’est juste qu’il n’est ni Philippe Karl ni Anja Beran… Il est sûrement sincère dans sa démarche, mais il aurait peut être mieux fait de laisser la pratique à d’autres.

Bon OK, je l’admets : peu de gens savent vraiment qui est Gerd Heuschmann, sauf les mordus de dressage qui suivent l’actualité sportive. Pourtant, j’aime bien ce gars-là. Il a quand même jeté un bon pavé dans la marre avec son livre, son DVD et les clinics qu’il a donné pendant quelques années. Outre le titre quelque peu racoleur (“Dressage moderne : un jeu de massacre ?”), qui est finalement une mauvaise traduction de l’allemand “Finger in der Wunde” (les doigts dans la plaie), ce bouquin est franchement une petite mine d’or. Il y a de tout, là-dedans : une critique éthique du fonctionnement du système de compétition en Allemagne, une analyse biomécanique très complète et accessible, des photos pour illustrer le propos, une réflexion sur le bien-être du cheval et les méthodes d’entraînement…

Une critique des méthodes qui rapportent des médailles

Le livre démarre avec une lettre ouverte, une critique implacable du vainqueur du concours d’Aix-la-Chapelle en 2006 : “les juges se sont trompés”. De qui parle-t-on ? D’Anky, bien sûr. Anky van Grusven qui a remporté les JEM de dressage cette année-là avec Salinero, la Kür en image :

Vous remarquerez les arrêts quasi inexistants, un cheval vraiment sous tension, des fautes de rythme à droite à gauche dues à cette tension, la bride à l’horizontale, bref, outre la qualité technique difficilement reprochable (rien ne bouge, clairement c’est propre), bonjour l’équitation ski-nautique… Elle est pendue aux rênes. Chacun ses goûts, mais malgré sa technique excellente, je n’ai pas envie d’infliger ça à un cheval. D’ailleurs, regardez sa Kür des JO de Londres, c’est pareil, il n’y a même pas un seul arrêt juste, tellement Salinero est sous pression.

Le problème, c’est que la qualité de l’élevage donne l’impression illusoire qu’on peut griller les étapes. Aujourd’hui, en Allemagne mais aussi aux Pays-Bas, en Belgique, en France, nous disposons d’un élevage d’une immense qualité. Des chevaux très bien faits et très tolérants, qui sont victimes de leur apparente facilité : on force l’apprentissage et on passe à la trappe le long travail de base, puisque ces chevaux sont déjà spectaculaires avant même d’être mis sous la selle. Regardez par exemple Don Juan de Hus, ce cheval aux allures complètement dingues à déjà 5 ans :

Ou encore ce jeune de l’Elevage du Lattay, qui avait uniquement 3 ans à l’époque de la vidéo, et qui montrait déjà des allures très prometteuses :

Une équitation “expéditive”

En théorie, l’emploi du cheval devrait se baser sur ses prédispositions naturelles pour mener à son épanouissement. Cette notion est essentielle et on l’oublie absolument tout le temps – ou alors on l’utilise pour justifier des techniques aberrantes. Heuschmann évoque même le “horsemanship“, ce qui bien entendu à tendance à me faire penser à un grand monsieur qui a créé le Natural Horsemanship… C’est-à-dire Pat Parelli. Les chevaux, surtout dans le milieu sportif et encore plus du dressage, sont des objets de prestige, de splendeur, de grandeur. Ils sont un objet de luxe. Ils servent à valoriser l’égo de l’Homme en étant présenté comme le résultat du travail du cavalier. On oublie toutefois que ce sont des chevaux avant tout… Leur nature première exige des besoins basiques et fondamentaux qui n’ont rien à voir avec la perfection d’un piaffé ou d’un trot allongé.

Une “course au spectacle”

Qui est responsable de la détérioration de la qualité de l’équitation ? De l’absence croissante de respect des besoins naturels du cheval ?

Heuschmann établit une liste simple et pragmatique.

  1. Les cavaliers : il existe une minorité de cavaliers pratiquant une équitation classique alternative, souvent fondée sur les principes de Baucher ou d’Oliveira, mais malheureusement ils sont très fermés et rejettent l’équitation de compétition sans chercher à l’améliorer. Il n’existe pas de dialogue entre eux et le monde sportif. Il y a clairement ici une tacle à Karl… Il y a des cavaliers ignorants, tout simplement. Il y a enfin les cavaliers de compétition pour lesquels le cheval est un outil pour atteindre la compétition. La santé du cheval en pâtit en général.
  2. Les éleveurs : on fait naître des chevaux remarquables, mais on grille les étapes. En Allemagne, il est très rentable de gagner les épreuves Jeunes Chevaux… Ce qu’il se produit est donc inévitable : ce sont eux qui prennent le coup le plus dur, alors que les Jeunes Chevaux sont ceux qui ont justement besoin d’être préservés. Je pense toutefois que ça n’est pas fondamentalement un problème allemand : il suffit d’aller faire un tour à la Grande Semaine de Saumur, en France. Il y a de belles choses, mais aussi beaucoup d’horreurs !
  3. Les juges : ils déterminent ce qui est bon ou mauvais… Ils prêchent la bonne morale, en quelque sorte. Ils érigent des modèles. Ce sont eux qui ont le plus grand pouvoir et la plus grande influence ! Il affirme qu’un juge devrait avoir déjà senti la différence entre un cheval figé et un cheval décontracté. Là-dessus je ne sais pas si je suis d’accord. Je connais de très bons observateurs qui ne sont pas bons cavaliers, et vice-versa. La vue et le toucher sont deux sens différents, je ne crois pas qu’il soit indispensable de sentir pour réussir à mieux voir. Parfois même, on ne sent pas sous la selle des choses qu’on arriverait à observer.
  4. Le public : il est non averti, ses connaissances biomécaniques sont quasi nulles. Avec l’apparition de “stars” comme Totilas, ils ont gagné en influence sur les juges. Par ailleurs, les médias DOIVENT éduquer le public… Il insiste et j’insiste aussi… Quand je vois ce qu’Equidia diffuse, les commentaires lors des reprises de dressage, parfois je comprends pourquoi la plupart des gens ne sait absolument pas lire un cheval…

Parmi les théories de Gerd Heuschmann, celle dont on entend le plus souvent parler, c’est celle-ci :

  • le marcheur aux jambes est un cheval dont la tête relevée trop tôt, ou bien dont le contact est trop court, trop lourd. Son dos est figé, donc il “court”, typique des poneys (pas de sport, bien sûr). Un peu extrême, mais cette vidéo vous donnera une idée :
  • le marcheur au dos, quant à lui, puise sa propulsion dans l’arrière main, utilise son dos, reste souple et délié. Là vous pouvez imaginer un grand KWPN dont le dos ondule quand il marche. Genre lui (pas son trot, au trot il est pas délié) :

Un point qui me semble juste évident : Heuschmann recommande de récompenser la qualité de l’entraînement du cheval lors des épreuves Jeunes Chevaux, pas l’expression spectaculaire des allures : ça, ça devrait être jugé plus tard ! Je vous rappelle que les épreuves Jeunes Chevaux commencent à 3 ans et vont jusqu’à 7 ans. Actuellement, il semblerait que les juges notent uniquement la technique : “la qualité de la formation du cheval devrait avoir beaucoup plus de poids dans les notations que l’exécution technique“. On devrait récompenser l’enseignement fait à l’élève, sa capacité à le mettre sur le chemin de l’épanouissement.

Pour limiter les conflits d’intérêt, relativement fréquent puisque le jugement est subjectif en dressage, pour limite les réputations qui font qu’on estime qu’un juge note “bien” ou note “mal”, il faudrait que les juges invités soient sélectionnés par un comité indépendant.

Ce qu’il faudrait, ce sont des chevaux moins spectaculaires mais respectés, heureux et détendus !

L’art équestre classique, selon Heuschmann
Anja Beran
Anja Beran

L’équitation dite “classique” a autant de définitions que de cavaliers, ou presque… Pour Heuschmann, il s’agit de préserver le naturel du cheval pour l’améliorer, ou simplement le conserver le plus longtemps possible. Il fait référence à la patience en brandissant la fameuse citation d’Alois Podhjaski : “J’ai le temps“. Pour lui, monter “classique” nécessite une longue période d’apprentissage, pour instaurer des bases indispensables. Dans ce type d’approche, les rênes ne doivent jamais faire office de frein ou même de direction !

Seul le cheval avec ses aptitudes naturelles et non l’Homme, dicte le rythme et la manière de sa formation.

Les fondements anatomiques
Quel beau pont.
Quel beau pont.

Les humains ne peuvent pas sentir ce que c’est d’être un cheval“. Pourtant, l’auteur le dit, et il n’est pas le seul : il FAUT savoir ce qu’est le cheval à la base, c’est à dire un animal de troupeau, d’extérieur, avec un système sensoriel aiguisé qui ne voit pas le monde comme nous. “Un cheval ne réfléchit pas aux ennuis qu’il peut causer à son cavalier pendant qu’il est au box.” Sans blague, quelle tristesse de devoir le rappeler…

Savoir ce qu’est un cheval, c’est aussi connaître les bases de sa mécanique, puisqu’on monte dessus et qu’on exige de lui d’être un sportif. Le cheval est physiquement taillé comme un pont, les deux piliers étant l’avant-main et l’arrière main, le tronc étant le pont.

L'importance de la liaison entre la tête et le reste du corps : l'atlas, l'axis.
L’importance de la liaison entre la tête et le reste du corps : l’atlas, l’axis.

Tout d’abord, il faut mentionner la fameuse ATM. Je sais, on n’ose jamais demander ce que c’est quand on a des pros de la bioméca qui se pavanent devant nous. L’ATM, c’est l‘articulation temporo-mandibulaire, un nom bien complexe qui désigne l’articulation reliant la mâchoire inférieure à l’os temporal, sur l’image elle est cachée par l’apophyse zygomatique, mais on voit bien la mandibule “rentrer” dans l’os temporal. Ben c’est juste ça. Elle est super importante dans le processus de cession de mâchoire, évidemment. Ensuite, parlons de la protubérance occipitale externe, tout ça juste pour désigner la protubérance tout en haut de l’occipital, justement. Pourquoi parler de ce bout d’os ? Parce que c’est le point d’attache du ligament nuchal, qui va être extrêmement important tout au long du livre d’Heuschmann…

Source : Wikipédia.
Source : Wikipédia.

Tous ceux qui ont passé leur Galop 5 ou 6 (je ne sais plus) devraient en théorie connaître la suite (une bonne grosse blague quand on sait ce que sont les Galops, hein !). Le cheval possède 7 vertèbres cervicales en forme de S. Puis 18 vertèbres dorsales, plus petites, moins mobiles, avec 18 côtes. Il existe de très importantes apophyses épineuses entre la thoracique 2 à 10 : elles constituent le garrot. Si vous ne savez pas ce que sont des apophyses épineuses, j’ai réalisé une fiche de lecture du livre de Dominique Giniaux.

Concernant les côtes :

  • les 8 premières côtes sont les côtes sternales, elles sont soudées au sternum.
  • les 10 dernières côtes sont les côtes asternales, reliées au sternum par cartilage : elle sont absolument essentielles à la respiration.
  • Les côtes sont presque horizontales au niveau de leur attache à la colonne. C’est dessus que le muscle long dorsal se loge (on va reparler de ce muscle).
  • La flexion costale est très limitée (c’est un avis partagé par Karl), appuyé par une recherche de Dr Nancy Nicholson.

WikipédiaIl y a ensuite 6 vertèbres lombaires avec des apophyses transverses cette fois. Au lieu d’être verticales, les apophyses sont horizontales, en gros. C’est le point d’attache du muscle long dorsal ainsi que des psoas (ici en rose et jaune). La zone lombaire est plus souple car il n’y a pas de côtes.

Vient ensuite le sacrum, soit 5 vertèbres soudées. Le sacrum est relié à l’ilium grâce à une petite mais très solide articulation, j’ai nommé : la sacro-iliaque. Cette petite zone est très importante dans le processus de propulsion. Sur l’image ci-dessous, l’ilium c’est en fait les deux “ailes” à gauche et à droite. Le sacrum est au centre, et les deux liens entre le sacrum et les ailes iliaques sont la sacro-iliaque.

Sacro-iliaque, ilium.

Viennent ensuite les 18 vertèbres coccygiennes que tout le monde oublie, mais qui ont pourtant un rôle de balancier et de témoin de la qualité de décontraction.

Le système ligamentaire

Heuschmann parle d’abord de “la contraction supérieure“, le système ligamentaire liant les vertèbres de la nuque au sacrum. Vous allez vite comprendre pourquoi c’est important.

Les ligaments

  • le ligament nuchal est un élastique de 4 à 5 cm d’épaisseur. Il part de la protubérance occipitale externe du crâne jusqu’au garrot, il est couplé à la “lame” du ligament nuchal qui forme un éventail reliant le ligament nuchal jusqu’aux vertèbres cervicales.
  • le ligament supra épineux part du garrot jusqu’à la queue. Il longe le sommet de l’apophyse des thoraciques, des lombaires, jusqu’au sacrum.
Le système musculaire

Par souci pédagogique, Heuschmann n’aborde que certains groupes de muscles. Ceux de l’abdomen, qu’il désigne par l’expression”contraction inférieure“, ceux du dos, de l’encolure, des membres postérieurs mais pas des antérieurs – il estime que ceux-ci ne sont pas essentiels. J

Le muscle long dorsal ne PORTE PAS le cavalier, il insiste. Il s’agit d’un muscle de mouvement et non pas postural, car il est charnu. Il s’insère dans les ailes iliaques, dans le sacrum ainsi que dans les apophyses de la région : il relie donc beaucoup de choses. Ses fibres vont vers l’avant et le bas (premier indice du travail à effectuer sur un cheval), et il se termine à C7 – si vous avez bien appris votre leçon, il se finit donc où l’encolure commence. Il remplit l’espace entre les apophyses transverses et épineuses, et il y a une sangle dorsale de chaque côté de la colonne vertébrale. La conséquence, c’est que lorsqu’une sangle dorsale se contracte, l’autre est décontractée, puisque le dos se contracte lorsqu’un latéral se rapproche. Par exemple au trot : lorsque le latéral droit se rapproche, comme sur la photo, la sangle droite est contractée, l’autre non, et vice-versa.

Je vous laisse trouver tout seuls, comme des grands. (Indice : regardez les épaules)

La contraction inférieure regroupe le fascia thoraco-lombaire (en gros la partie blanche du dos sur l’image), le grand dorsal et les obliques externes. Ils arrondissent le dos par contraction active et uniquement en phase de suspension. Il n’y a pas de contraction statique car ces muscles s’insèrent dans la cage thoracique, ça gênerait la respiration.

Les muscles de la croupe couvrent grosso-modo une zone allant du sacrum aux hanches. Ce sont des muscles extenseurs puissants, qui ont pour fonction la propulsion des membres puis leur soutien lors de l’abaissement des hanches.

Les extenseurs de l’articulation du grasset se situent à l’avant des cuisses. Ils aident, lors du début du rassembler, à la compression des articulations des postérieurs… Or ils sont charnus, donc théoriquement, ils devraient uniquement servir au mouvement et pas au soutien de la croupe lors du rassembler. D’où la nécessité d’une longue période de musculation pour qu’ils soient assez puissants pour rendre possible une flexion des hanches correcte sans créer de blessure. Donc non, vous ne pouvez pas faire du piaffé avec un cheval qui sort du pré avec un cavalier dessus, à moins d’avoir un cheval hyper musclé naturellement des extenseurs.

Chez le cheval, tous les muscles sont groupés par paires, que ce soit le dorsal qui est doublé en deux sangles de part et d’autre de la colonne, que la contraction inférieure qui est doublée de par et d’autre de la “linea alba“, un cordon tendineux partant du sternum vers le pubis.

Les abdominaux ne portent pas – non plus – le cavalier : ils ne sont contractés qu’en phase de suspension, ils s’ouvrent lorsque le cheval est en phase d’appui.

Mais alors, qui porte le cavalier ?

C’est là que le rôle de l’encolure prend place : lorsqu’elle est basse, cela étire le ligament nuchal. Celui-ci est relié de très près au ligament supra-épineux, qui en s’étirant conjointement, tire vers l’avant les apophyses épineuses. En étant tendue, la contraction supérieure soulève le dos et le muscle dorsal est alors soulagé. Il peut fonctionner librement, une sangle dorsale après l’autre. Les relations sont étroites entre le thorax et le rapport tête/encolure. D’où les sempiternels débats sur la place de la nuque, sur le type d’extension d’encolure, etc.

En tendant le “S” cervical de l’encolure, par le biais de l’extension d’encolure, les apophyses sont tirées vers l’avant via le système ligamentaire qui se soulève : donc sans grands efforts musculaires, le cheval peut porter le poids thorax-abdomen-cavalier. Grâce à la “contraction supérieure” le muscle dorsal peut travailler sans contractions. Si l’on écoute Heuschmann, il faut chercher à trouver la position où le cheval est le plus LONG ! Et pas forcément le plus bas, comme le cherche le Docteur Pradier via l’extension paroxystique, par exemple. Toutefois, Karl parle exactement du même type d’extension d’encolure qu’Heuschmann : avoir un cheval horizontal.

Extension d'encolure "classique", horizontale.
Extension d’encolure “classique”, horizontale.
Extension d'encolure paroxystique, "nez par terre".
Extension d’encolure paroxystique, “nez par terre”.

Ce type de travail permet de ne pas abîmer le dos, de travailler le contact, de travailler les muscles de la partie dorsale de l’encolure. Ces muscles-là soutiendront le dos plus tard, lorsqu’ils seront assez musclés pour pouvoir relever le cheval et travailler vers le rassembler. Comme il s’agit d’un travail de musculation, cela peut conduire à des douleurs normales musculaires, ça brûle, quoi… Or aujourd’hui, dès que le cheval commence à fatiguer et qu’il réagit, on prend ça pour de la désobéissance et on met des enrênements ou autre rênes fixes. Donc au début, on ne travaille pas 1h non-stop dans cette attitude, on y va petit à petit.

Conséquemment, les muscles de la partie ventrale de l’encolure doivent s’atrophier (brachio-céphalique, sterno-céphalique), sinon ça veut dire que le travail est mal fait, puisqu’on veut muscler les muscles dorsaux pour soulager le dos.

Encolure de cerf et muscles ventraux de l'encolure développés.
Encolure de cerf et muscles ventraux de l’encolure développés.

 

Si l’on relève trop tôt la tête, les muscles dorsaux de l’encolure ne sont pas encore prêts, et sachant que le système ligamentaire ne fait alors plus office de soutien de dos, le dos se contractera pour porter le cavalier. C’est là que les ennuis commencent (contact, défenses, raideurs, boiteries, etc.).

Observer les allures pour déceler des tensions

On ne peut bâtir une maison sur des fondations bancales. Pour vérifier ça, les allures doivent toujours rester régulières.

  • Le pas possède 4 temps. Le balancier de l’encolure permet le relâchement d’un côté sur deux du muscle long dorsal. Les actions de main vers l’arrière empêchent le balancier et donc la décontraction du dos : le pas se latéralise.
  • Le trot possède 2 temps dont un de suspension. Le blocage de dos entraîne le retard ou raccourcissement de l’avancée du postérieur.
  • Le galop possède 3 temps dont un de suspension. Le dos est contracté si le galop est en 4 temps, c’est-a-dire si le diagonal ne se pose pas en même temps.

Lorsque le dos est contracté, les postérieurs se fléchissent fortement mais se plient plus qu’ils n’avancent tandis qu’un muscle dorsal sans élasticité fixe le bras, et les antérieurs sont littéralement jetés à partir du coude vers l’avant. On obtient ce qu’Heuschmann appelle un “trot de spectacle destructeur”, le “jette-papatte”, quoi. Toute action de main vers l’arrière, forçant un ramener ou un placer entraîne le relâchement du système ligamentaire et donc la contraction du dos… Et souvent cela se lit dans les allures.

Typologies de méthodes de travail

L’élévation relative (donc encolure horizontale) permet de former les muscles dorsaux de l’encolure. C’est celle que prônent Heuschmann, et Karl, notamment.

Extension d'encolure, dessin de Karl
Extension d’encolure, dessin de Karl

L’élévation absolue (donc encolure haute comme en compétition) sans travail préalable contracte le dos. Cela empêche le bon fonctionnement et le dos creuse, cela entraîne boiteries, problèmes de contact et rétivité (surtout lorsqu’elle est forcée).

Le Rollkur entraîne la surcontraction du dos. Il y a, dans l’hyperflexion, une tension extrême du système ligamentaire qui ne peut pas fonctionner normalement. Le poids du cavalier devient douloureux, ce qui amène souvent de la rétivité… Le cheval est dans la fuite, le cavalier est crispé… Ce type d’entraînement fait que ces chevaux ont besoin d’être fatigués à la détente pour être gérables… La main est omniprésente, travaille avec force. D’ailleurs, Heuschmann pense que beaucoup de pathologies sont dues à une “équitation de main”.

Rollkur aux JO de Londres
Rollkur aux JO de Londres

Les chevaux sans contact (type Baucher – selon Heuschmann, hein, ce n’est pas moi qui l’affirme !), perdent souvent le bon rythme, n’ont pas d’impulsion mais un très bon équilibre, puisque ce type d’équitation se focalise sur cet aspect. Selon Heuschmann, toujours, cette équitation n’abîme pas les chevaux. Souvent, ils sont faciles à reconnaître par le fait qu’ils ont peu d’abdominaux. En revanche, il leur confère une excellente exécution des mouvements de rassembler. Il parle notamment du trot “précipité” qu’on voit chez Oliveira, en estimant qu’il s’agit simplement d’une compréhension différente des besoins du cheval.

Dans le ramener forcé, on observe souvent une belle cassure de l’encolure à la 3ème cervicale : l’encolure est trop raccourcie, le dos contracté, et donc la zone où finit la lame nuchale (le “maillon faible” de l’encolure), se casse.

Marc Boblet sur Equidia, là rien ne va : encolure complètement cassée, la jument est dans un état de stress intense, le trot est complètement irrégulier... Bref, ça va pas.
Marc Boblet sur Equidia, là rien ne va : encolure complètement cassée, la jument est dans un état de stress intense, le trot est complètement irrégulier… Bref, ça va pas.
La formation physiologique du cheval suggérée par Heuschmann

Les jeunes chevaux devraient d’abord être gérables à pied ! Ça semble évident pour des Parellistes et cavaliers qui bossent à pied, mais ça ne l’est pas franchement dans beaucoup d’écuries. Au début du dressage, on doit laisser la tête et l’encolure encolure aussi libres que possible. Le cavalier peut se placer en suspension pour aider à soulager le dos. On recherche la décontraction physique mais aussi – et surtout – psychique, pour installer la confiance en l’Homme.

Il est aussi pour commencer le travail latéral tout de suite. Je le précise parce que souvent, dans les épreuves SHF en France, le travail latéral est quasiment inexistant et on considère qu’une épaule en dedans c’est trop demandé à un jeune. Rappelez-vous que La Guérinière disait que c’est la première et la dernière leçon à donner à un cheval… Heuschmann insiste aussi sur le fait d’exiger un pas TRÈS lent, car c’est indispensable pour l’équilibre, la musculation et les étirements corrects.

Il évoque aussi le “combat” du poids du corps dans les mouvements latéraux en citant l’Ecole De Légèreté de Philippe Karl sans prendre de position. C’est amusant, car j’ai déjà eu quelques débats là-dessus. Karl préconise le poids du corps côté de la direction, question d’équilibre, et les oliveiristes préconisent poids du corps côté incurvation. Chez Parelli, on utilise d’abord le poids du corps en “porc-épic”, donc comme Oliveira, et puis après en montant les niveaux, on l’utilise comme chez Karl.

Heuschmann insiste sur la nécessité de desserrer les muserolles si l’on veut un bon contact. Il insiste sur l’importance d’un cheval libre dans sa bouche (cession de mâchoire). Il critique aussi les enrênements qu’il considère comme inutile et dangereux au point de devoir les interdire. Il encourage aussi fortement aux cavaliers de quitter leur manège et d’emmener leur chevaux en extérieur pour leur moral.

Muserolle trop serrée, et le noseband, ce truc vraiment inutile...
Muserolle trop serrée, et le noseband, ce truc vraiment inutile…

En tant que vétérinaire, il dit que les premières années du cheval sont essentielles : ce sont là où se développent les problèmes physiques. Le diagnostic des boiteries est souvent lié à un mauvais entraînement pour lui. Un exemple classique de cas de boiterie qu’il rencontre souvent :

  • Chevaux de 3 à 6 ans, boiterie du membre interne due à la contraction du muscle dorsal. Il y a une corrélation ente la fréquence des blessures tendineuses du ligamentaires ou articulaires avec le travail fait dans la force

Et enfin, là je dis amen… “Un cheval de 3 ans n’a rien à faire en concours“.

***

Bref, voilà j’arrive au bout de cette longue fiche de lecture. Vous pouvez vous procurez ce classique ici. J’y reviens tout le temps, quand j’oublie certains aspects de l’anatomie, car il est très complet et franchement bien fait. C’est un livre court, très très illustré, donc franchement facile à lire.

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