Le bodybuilding, c’est mal : une idée reçue sur le dressage

Salut la compagnie !

Aujourd’hui, je vais mener un de mes combats préférés : une sorte de myth-busting, ou plutôt d’idée reçue busting.

Je vais vous parler de… bodybuilding.

Étant moi-même pratiquante de musculation, je suis régulièrement étonnée lorsque j’entends des cavaliers utiliser cette métaphore pour critiquer avec vivacité le dressage moderne (réduit à du vulgaire bodybuilding apparemment) alors même qu’ils ne sont a priori pas au courant de ce qu’est le bodybuilding…

…de 1) c’est une passion pour certains et la respecter serait une ligne de conduite socialement saine,

…et de 2) c’est amplement plus complexe que “juste” de la gonflette, puisque le bodybuilding est aussi vaste et varié que l’équitation…

Ridiculiser un sport : est-ce vraiment nécessaire ?

Je vous le disais, je pratique moi-même de la muscu en salle, du fitness, enfin le truc qui est devenu très à la mode ces dernières années. Je suis un cliché vivant, collectionnant des leggings Gymshark et achetant mes protéines chez Foodspring. Une victime du marketing Instagram, me direz-vous ! Vous savez quoi ? Je m’en fous. Ça me rend heureuse et j’assume pleinement.

En plongeant dans ce domaine, j’ai eu énormément d’apriori, de moments inconfortables, où je me disais : “non mais moi je fais PAS de muscu, OK ? Je fais du fitness”, “non mais moi je veux absolument pas ressembler à ces meufs ultra musclées, je suis pas un mec OK ?”. Je regardais avec un air dubitatif les conseils des gens dont j’achetais les programmes, quand ceux-ci recommandaient de charger ma barre très lourd pour faire les jambes… Puis j’ai testé, et j’ai complètement adhéré.

Et vous savez quoi ? Quand je m’y suis mise pour de vrai, j’ai eu le droit à tout : fais attention à ne pas devenir trop musclée, fais attention quand même avec les compléments (je prends littéralement, de temps en temps, un shaker de protéine, mais les gens ont tellement d’idées reçues sur la muscu et les stéroides c’est fou), n’en fais pas trop, oulala mais c’est pas un peu lourd ça ?, mais pourquoi est-ce que tu fais pas plutôt du cardio ?, tu n’as pas peur de ressembler à un mec ?, etc, etc, etc.

Bodybuilding, musculation, dressage…

La musculation, aujourd’hui, est mille fois plus “normale” et répandue qu’il y a même 5 ans quand j’ai démarré. C’est un sport que je pratique avec joie et qui m’apporte bonheur physique et surtout, mental. Cependant, beaucoup de personnes – de façon surprenante, surtout des non-sportifs – se moquent un peu de ces “musclors” en salle, des gens qui s’adonnent à cette passion.

Je ne rêve pas de faire du bodybuilding – qui du coup, parle plutôt de compétition. Le bodybuilding, cela s’adresse généralement à ceux qui vont jusqu’à la pratique en compétition, et là, vous avez des catégories, des techniques, des approches ultra différentes – par exemple, vous avez ceux qui sont dans la catégorie “naturels”, et les autres. Je vais vous expliquer où je veux en venir.

Quand j’entends que le dressage moderne, “c’est devenu” du vulgaire bodybuilding, deux choses me viennent en tête :

– déjà de 1), c’est injuste pour les gens dont le bodybuilding est le métier, qui sont des athlètes, et je ne vois pas en quoi qui que ce soit est bien placé pour juger quel athlète est plus valable qu’un autre ?

– de 2), ces personnes devraient se renseigner sur la différence entre un bodybuilder naturel et les autres, ça remet généralement les idées en place et ça diminue nettement toute la vulgarité et l’horreur de la comparaison.

– de 3), si ces personnes connaissaient bien le bodybuilding, ils sauraient que cela implique d’augmenter régulièrement et franchement la résistance des charges, que cela implique des séries courtes très lourdes, et rarement une dominante cardio. Or, si vous observez des entraînements de cavaliers de dressage de haut niveau, on se rend compte que ça ne ressemble en rien du tout à des bodybuilder à la salle…

Une séance type de musculation versus une séance type de dressage

En musculation, si je prends un entraînement classique, voici comment celui-ci se découperait :

  • échauffement musculaire/articulaire, parfois sous la forme de mouvements d’échauffements (poignets, genoux, hanches, épaules, coudes, cheville etc.), parfois sous la forme de 10 minutes de cardio sur une machine
  • Plus ou moins 4 à 6 exercices de musculation pure, chacun composé de 3 à 4 séries, généralement des séries de 4 à 15 répétitions du mouvement, avec des charges lourdes. La dernière répétition doit être vraiment difficile, donc la charge doit être bien lourde. Si je prends une moyenne, on dirait qu’entre chaque série, on compte au moins 1 minute 30 seconde de pause. La plupart du temps, les mouvements vont s’effectuer lentement, avec de la précision, pour veiller à conserver une forme correcte.
  • Puis une récupération, active pour certains, d’autres vont très légèrement s’étirer, et d’autres ne font même rien. Chacun son truc.

Evidemment, tout comme en équitation, il y a un milliard de façons de créer sa séance et un milliard de conseils différents.

En dressage, si je prends une séance type, elle ressemblerait potentiellement à cela :

  • échauffement variable en fonction des besoins du cheval (stretching extension d’encolure, transitions, courbe, mise en avant en ligne droite, galop pour les dos contractés…), mais celui-ci a souvent une composante cardio avec l’intégration du trot la plupart du temps.
  • travail sur peut-être 2, voire 3 exercices (et c’est déjà beaucoup en dressage) isolés ou composés, généralement en séries longues, avec beaucoup de répétition, en conservant une allure qui nécessite un travail cardio : trot, galop, transitions. Il n’y a pas de charge ou d’augmentation de charge, si ce n’est la recherche de foulées plus souples et amples, et la recherche d’une topline de plus en plus fonctionnelle, d’abdominaux solides, d’une tonicité relaxée.
  • stretching encolure basse, récupération active en général au trot, dans l’objectif d’aider la circulation d’acide lactique.

San, musculature assez pauvre et faiblesses évidentes lors de l’entraînement : endurance, soutien du cavalier, amplitude… Tout est très moyen.

Des points communs ? Normal.. C’est un sport

Oui, la structure d’une séance est proche : échauffement / exercices / récupération.

Mais dites-moi… Vous connaissez beaucoup de sports, vous, qui n’ont pas une structure proche de celle-ci ?

Il s’avère que tout sport sollicite plus ou moins un effort musculaire, ainsi que cardiovasculaire. Les sports se différencient par la dominante chez chacun :

  • un marathonien a une très large dominante sur l’endurance cardio, mais il va également avoir un travail musculaire, très très différent de l’hypertrophie et du catabolisme présent en musculation.

  • un cross fitter combine muscu et cardio, mais la dominante reste cardio avec des séries longues et des charges plutôt lourdes.

  • un bodybuilder de compétition est focalisé entièrement sur la qualité de l’hypertrophie et sur le développement musculaire, le cardio sera potentiellement un vecteur pour assécher sa masse grasse et révéler à l’oeil le développement musculaire de son entraînement.
  • un gymnaste est, de mon point de vue, celui qui se rapproche le plus du travail de dressage : il doit être capable de présenter un travail esthétique, qui mêle avec justesse une grande souplesse articulaire/musculaire, une force indéniable mais une force fonctionnelle, qui a pour objectif d’améliorer l’agilité et la gestion du corps de l’individu qui pratique.
Et les gymnastes sont loin de manquer de muscles… Ils en ont besoin ! Simon Biles @Getty Images
  • le patineur artistique rencontre les mêmes problématiques, et les mêmes objectifs que le gymnaste, simplement, ses points de soutien sont différents (une lame sur la glace, versus des pieds sur un tatami).

Tous ces sports auront des traits communs, puisqu’ils sont… Des sports.

La compétition de dressage versus les autres sports

Je pense qu’in fine, la meilleure comparaison reste celle du jugement final de la compétition.

  • bodybuilding : le jugement est humain certes, mais la présentation est très particulière. Le bodybuilder doit présenter une hypertrophie maximale et “joliment” dessinée, les critères vont contenir une part de génétique, mais également une part du résultat du travail donné. Les athlètes présentent des mouvements en statique, dont l’objet principal est de contracter tour à tour des groupes musculaires afin de les faire ressortir.
  • cross fit : il suffit de faire un tour sur Netflix pour voir comment se déroule une compétition de cross fit… Les règles sont précises : le gagnant est celui qui sera le plus rapide en respectant le nombre de répétitions et le nombre d’exercices imposés.
  • marathon : le gagnant est celui qui arrive le premier.
  • gymnastique : ce sont des juges qui donnent des notes sur 10 aux mouvements effectués, qui doivent répondre aux critères techniques, ainsi qu’esthétiques.
  • patinage artistique : les juges notent la prestation selon la chorégraphie, l’esthétique, la technique.

Je pense que cette comparaison parle d’elle-même : y a-t-il une ou deux disciplines qui vous semblent particulièrement semblable à la compétition de dressage ?

L’entraînement musculaire, un indispensable à tout athlète de haut niveau

Quand je lis de nostalgiques internautes s’attrister de l’évolution du sport en dressage, en citant des athlètes des années 80, 90, et en montrant le physique des chevaux de l’époque, une même pensée me vient à l’esprit : c’est un peu plus compliqué que “c’était mieux avant”. En effet, je suis sûre qu’on trouvera de belles horreurs à toute époque, et il faut savoir que la reconstitution historique objective est un métier très complexe. Ce n’est pas parce que vous ne voyez que des photos d’équitation juste du passé, que toute l’équitation du passé était toujours juste. C’est un biais cognitif typique des réseaux sociaux, et ça ne constitue en aucun cas une preuve que “c’était mieux avant”.

Tous les sports, dans tous les pays du monde, ont évolué de façon exponentielle depuis les 5 dernières décennies. Les performances atteintes récemment n’ont jamais autant compté de records du monde incroyables et impressionnants. Le dressage ne fait pas figure d’exception.

Les physiques des chevaux ont énormément évolué, puisque l’on part d’une approche pragmatique de l’équitation (militaire, même), pour partir sur un développement purement sportif de l’équitation. Forcément, les éleveurs se sont adaptés à cela… Les chevaux d’aujourd’hui n’ayant pas les mêmes quotidiens que ceux des années 20, 50, 80.

La génétique joue un rôle indéniablement énorme, et c’est une des barrières à l’entrée du haut niveau, notamment en dressage : il faut du dollar. Tous les chevaux ne peuvent plus offrir des performances sportives à haut niveau, mais cela se retrouve partout, même chez les humains – eux, cependant, ont une construction mentale qui permettra de défaire beaucoup plus d’obstacles que nos amis chevaux, qui, eux, ne décident pas de leur avenir.

Toutefois, une règle reste de mise : pour tout sportif, il faut des muscles. Et pour toute performance de haut niveau, il faut de meilleurs muscles qu’avant… L’entraînement musculaire est donc non seulement normal, mais essentiel pour tous les types de sport possibles et imaginables.

Confusion entre dérive éthique, et évolution sportive

Oui, bien entendu, il y a des dérives absolument innommables set des cavaliers de haut niveau qui ont des pratiques barbares, et les chevaux payent le prix fort pour cela.

Oui, le jugement actuel dans le dressage est discutable sous beaucoup d’aspects.

Oui, il y a des équitations vues sur les carrés de dressage où on pousse, on tire, où cela ressemble plus à un combat de catch qu’à du patinage artistique, et c’est condamnable.

Mais tout cela… sont des dérives. Elles représentent justement des problèmes, le contraire de l’équitation “idéale”.

Les dérives, c’est présent dans 100% des sports : du dopage aux pratiques très dommageables pour la santé mentale des athlètes, aucun sport n’est épargné.

Oui, certains sports semblent plus “atteints” que d’autres : le bodybuilding, le cyclisme, et peut-être, certainement, même, les sports équestres.

Cependant, je pense qu’il faut savoir garder du recul et différencier une équitation moderne, mais cohérente et logique, d’une équitation dans laquelle le cavalier s’est perdu dans les méandres d’émotions négatives et d’une conduite menée par l’ego.

Faire des catégories pour mieux raisonner, c’est humain. Garder une perspective ouverte et savoir différencier un bon cavalier en haut de forme, d’un cavalier violent en haut de forme, c’est mieux. C’est en valorisant des modèles, des équitations exemplaires, que le sport équestre pourra évoluer.

En pédagogie, on vous expliquera toujours qu’un élève progresse toujours mieux si on lui montre quoi faire, plutôt qu’en lui disant quoi ne pas faire.

Je pense que si l’on veut que, demain, les sports équestres soient meilleurs, il faut commencer par regarder et propulser ceux qui font mieux.

 

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