La visualisation, un outil négligé en équitation

Le monde équestre regorge d’exercices et de méthodes pour entraîner les chevaux. On coache nos chevaux mentalement et physiquement, via diverses approches comportementales et sportives ; en revanche, nos cavaliers ne prennent généralement pas le temps de travailler sur eux-mêmes – à moins qu’ils soient sportifs de haut niveau. C’est dommage, car de mon point de vue, l’équilibre physique et mental du cavalier est la base du bien-être de son cheval. La visualisation est un des outils de coaching mental très utilisé chez les sportifs. C’est aussi une technique très répandue dans le monde du développement personnel. Elle est adaptable à tous les besoins et toutes les disciplines… Et elle est pourtant encore méconnue.

La visualisation, pourquoi ?

La visualisation permet de mettre l’individu qui la pratique dans la meilleure disposition mentale possible pour aborder une situation. Cela a pour objectif de gérer les émotions, de réussir une performance, en “programmant” notre cerveau au résultat escompté. Je différencie à ce jour deux types de technique :

  • la visualisation mentale pour le sport : je fais pas mal de musculation. Lorsque l’on commence à soulever des poids très lourds, on doit préparer notre mental pour effectuer l’exercice 1) avec succès et 2) sans se blesser. Par exemple, pour les deadlifts (voir image ci-dessous), c’est incroyable à quel point la visualisation prend une place énorme dans la réussite du soulevé de poids. Les athlètes prennent généralement quelques secondes, prêts à soulever la barre, à s’imaginer en train de soulever le poids avec succès, imaginant la sensation qu’ils vont avoir, imaginant la posture qu’ils vont prendre. Ils “viventmentalement la situation avant même qu’elle ne survienne. Cela permet de préparer le mental, tout comme on échauffe des muscles avant de faire une séance de sport. Les exemples sont nombreux : on peut préparer une course à pied ainsi, un plongeon, une figure de yoga…

Deadlift

 

 

  • la visualisation mentale pour le développement personnel : la visualisation est vraiment fabuleuse quand on veut se fixer des objectifs personnels ou professionnels quels qu’ils soient. L’humain a tendance à s’enfermer dans une forme de fatalisme – on a tendance à voir le verre à moitié vide. L’objectif de la visualisation est de reconstruire un univers intérieur source d’image positive, de voir le verre à moitié plein, de bâtir une motivation et une volonté à toute épreuve. La visualisation et les techniques d’imagerie mentale sont également utilisées en thérapie, d’ailleurs… Bref, l’idée est de reprogrammer notre mental pour nous rendre plus fort, plus apte à réussir ce que l’on souhaite entreprendre (que cela soit voir la vie en rose, monter un business, ou sauter 130 cm !).

La visualisation en équitation, comment ?

Trifine, trait breton en Horsemanship

La visualisation se pratique de façon à ressentir la situation que vous visualisez. On parle pas d’avoir seulement une image dans la tête. Non, on parle d’imaginer les sensations que vous auriez dans ladite situation… Les sensations réelles (vent, odeur, bruits), et celles que vous voulez ressentir (calme, sérénité, énergie) pour obtenir ce que vous désirez.

Lorsqu’on débute la visualisation, on recommande généralement de s’entraîner d’abord au calme chez soi, en visualisant quelque chose de marquant et qui stimule beaucoup les sens : par exemple, un agrume.

Asseyez-vous dans le calme, et fermez les yeux. Vous pouvez prendre le temps de vous installer dans un état méditatif, c’est-à-dire vivre et ressentir l’instant présent, prendre le temps de sentir les potentielles odeurs qui vous entourent, les sons, la sensation de votre corps assis, ou adossé contre une chaise, et de réguler votre respiration. Ensuite, imaginez un citron, et imaginez que vous le touchez : quelle sensation auriez-vous ? Imaginez que vous le sentez : quelle odeur serait-ce ? Imaginez que vous le goûtez : sentez-vous l’acidité ? Il y a fort à parier que vous allez saliver en réponse à la simple visualisation de l’acidité du citron.

Dans le travail à pied…

Jeune pur-sang anglais au travail

Le travail au sol implique une grande communication visuelle, basée sur les mouvements de votre corps. Que vous soyez débutant, ou très avancé dans votre travail à pied, visualiser ce que vous aimeriez achever aide énormément à atteindre votre but.

Dans mon cas, j’ai beaucoup utilisé la visualisation dans le travail des changements de direction sur le cercle, et sur la figure du 8 à pied. J’allais trop vite, je me précipitais, je manquais de fluidité : c’est ma prof Aurélie de Mévius qui me l’a fait remarquer. Elle m’a conseiller d’imaginer une danse, des courbes fluides.

Avant de demander le changement de main à Jazon, par exemple, j’essayais de ressentir dans mon corps la justesse que je souhaitais émettre. Je prenais donc le temps de vivre mentalement la sensation de reculer avec fluidité pour obtenir le rappel. Puis j’imaginais mentalement que je renvoyais Jazon dans l’autre sens avec légèreté et souplesse. Honnêtement : ça marche à tous les coups. Cela n’a rien de magique. Ça marche juste terriblement bien. Si je bâcle et que je ne prends pas ce temps-là, les changements sont moins bons, Jazon a une moins bonne attitude.

Dans le travail en selle…

Trifine, trait breton au galop

En selle, je crois que c’est encore plus flagrant. Bien sûr, je suis tentée de prendre l’exemple sportif de l’équitation, avec mon expérience de la visualisation en dressage. Mais ça marche pour toute pratique !

En dressage, on a énormément besoin de justesse et de précision pour obtenir ne serait-ce qu’un centième de ce qu’on désire… C’est déjà un parcours du combattant que de savoir reconnaître un mouvement juste à pied, alors en selle, je vous raconte pas le délire. En se faisant guider par un bon coach, je crois qu’il est juste indispensable de prendre le temps de ressentir dans son corps ce que l’on souhaiterait ressentir dans la réalité dans un mouvement donné.

Par exemple, avec Trifine, j’ai beaucoup travaillé avec la visualisation pour l’amélioration de sa propulsion. Je m’imaginais, quelques secondes avant de demander un départ au trot, que je ressentirais une incroyable force provenant de derrière qui me propulserait dans le trot. Bien sûr, le travail de mise en avant et de réponse à la jambe fait partie du résultat final. Mais s’imaginer ressentir le résultat permet d’y arriver de façon bien plus efficace. On sait où l’on veut aller : on le ressent déjà.

Avec Jazon, c’est dans le travail du galop à faux que cela m’a aidé. J’avais du mal à gérer mon assiette, vu que je suis humaine et que donc, j’ai des dissymétries. Avant de demander le galop à faux, je ressentais mentalement la posture idéale à prendre pour que Jazon parte à faux avec facilité. Je n’ai pas fait de calculs, mais je suis prête à parier que mes meilleurs départs font suite à cette petite préparation mentale de quelques secondes.

Dans la gestion quotidienne…

Nourriture cheval

Si, comme moi, vous avez eu (ou vous avez) de gros soucis de comportement à pied avec votre cheval, par exemple un cheval qui embarque (merci Trifine), et que certaines situations vous font suer à grosses gouttes d’appréhension (peur d’une chute, peur d’un accident), la visualisation peut beaucoup vous aider.

Je vais (encore, déso) prendre mon exemple : pendant plusieurs années, Trifine m’embarquait très souvent à pied, pour diverses raisons. C’était ridicule car elle me treuillait généralement au pas (oui, oui), c’était insupportable, c’était vexant, mais c’était très fréquent. (et de temps en temps, sur un désaccord, elle est capable de me le refaire)

Je me souviens notamment d’un cas de figure qui m’angoissait et qui n’était pas du tout évitable. La pension où j’étais était composée de prairie, avec un couloir central qui longeait toutes les prairies des deux côtés, par lequel on entrait et sortait les chevaux pour aller au bâtiment principal. Trifine était tout au bout, je devais donc passer devant tous les autres chevaux. Et ceux-là arrivaient au galop, avec une envie de jouer. Cela agaçait profondément Trifine, qui partait au trot, et m’embarquait gentiment jusqu’à l’entrée du couloir. J’angoissais du coup que cela se produise dans des circonstances dangereuses, par exemple en balade à pied, qu’elle traverse une route, qu’elle déclenche un accident… Bref, j’étais terriblement angoissée par ce comportement – et à l’époque, j’étais loin d’être avancée au niveau relationnel avec elle.

Le problème que la visualisation m’a aidé à résoudre n’est pas la relation avec Trifine ou ma qualité d’éducatrice de ma jument. Non, la visualisation m’a aidé à améliorer mon attitude, mon “mindset“, et mes émotions. Je ne criais plus, je ne paniquais plus (ou moins), je ne m’énervais plus. Je me détachais du problème pour ne plus en faire une montagne. Je me focalisais sur la solution et plus sur le problème. Ça m’a rendue 10 fois plus confortable pour Trifine, et ça m’a permis d’y voir plus clair quand ça arrivait à nouveau.

En plus des outils d’éducation que j’ai pu mettre en place avec l’aide d’une instructrice, j’ai préparé mon mental en amont de la situation, pour ne pas laisser mess émotions dicter mon attitude, voire mes actions.

La visualisation, mon expérience personnelle

Yoga

Outre les exemples cités ci-dessus, la visualisation est devenue un outil que j’utilise pour à peu près tout. Un entretien d’embauche, une performance équestre, la maîtrise de mes émotions dans une dispute, ne pas craquer et avaler la tablette de chocolat en entier, aller à la salle de sport, me lever à 7h et pas me rendormir jusqu’à 9h, écrire un article pour le blog, aller monter à cheval même s’il pleut, bref, les exemples sont infinis

A votre tour !

Je vous recommande vraiment d’utiliser cet outil dès que le besoin s’en fait. Si vous appliquez méticuleusement la technique, je pense que la plupart d’entre vous sera convaincu par la force de la visualisation. Vos performances, dans tous les sens du termes, avec vos chevaux, se verront nettement amplifiées.

Quelques ressources pour vous y mettre :

Si vous essayez : dites-moi en commentaire ce que vous en avez pensé !

 

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4 thoughts on “La visualisation, un outil négligé en équitation

  1. Tout simplement génial cet article, je suis complètement d’accord!!
    C’est le conseil qui marche à tous les coups pour mes élèves…et pour moi! Je me demande si ça marche si bien avec les chevaux parce qu’ils captent l’image de notre intention…on ne le saura probablement jamais mais en tout cas ça vaut tellement la peine d’utiliser ce moyen simple, qui peut tout changer!
    Focaliser sur la solution et non le problème, ça rejoint la loi de l’attraction : visualiser ce que l’on souhaite au lieu de ce qu’on ne souhaite pas.

    Merci beaucoup pour cet article si bien décrit et tous ces exemples authentiques!

  2. Merci beaucoup pour ces conseils, il s’agit d’une pratique que certains arrivent à effectuer assez facilement, presque intuitivement, quand d’autres ont besoin d’énormément d’entrainement… le test du citron est complètement bluffant !

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