La peur de l’échec : comment apprendre à apprendre ?

Hey hey les amis ! Je suis complètement à côté de mes pompes après 10 jours de stage et de cours entre Anjou et Loire, Angers et Tours… Donc je vais essayer d’être claire et concise. En cours, en stage, je rencontre beaucoup de monde – beaucoup de femmes surtout – qui se mettent une pression monstrueuse lors de leur cours. Qui se mettent une pression monstrueuse tout court, d’ailleurs. C’est un peu dommage, voici pourquoi.

Apprendre sans rater : mission impossible

Un des trucs qui me marque toujours en stage, c’est cette pression que chaque stagiaire se met sur le dos au moment d’entrer en piste. Cela peut complètement déstabiliser l’élève et le mettre dans un état émotionnel un peu compliqué.

Si vous partez du principe qu’il faudra montrer votre meilleur jour une fois en cours, vous vous auto-sabotez directement. Vous vous coupez tout de suite de tout nouvel apprentissage.

Apprendre, c’est échouer, et c’est échouer beaucoup. L’échec est en fait un truc absolument génial qui vous enseigne plein de choses très profondes et très importantes pour gravir chaque marche vers votre objectif, aussi simple soit-il.

La peur d’échouer… Devant l’autre ?

Mais alors, pourquoi autant de pression ? Évidemment, ça varie beaucoup en fonction de l’individu. Certains élèves s’en tapent le coquillard, d’autres sont très impressionnés de devoir faire quoique ce soit devant quelqu’un d’autre, même si ça n’est “que” l’enseignant. Alors quand on est en stage, devant une bonne douzaine voire une vingtaine de personne… On a du mal à garder son calme.

Dans la lignée de la glossophobie, la peur de parler devant un public, il y a un lien avec une certaine anxiété du groupe, de la vie sociale. Il peut y avoir un malaise, lorsqu’on se retrouve dans un groupe, surtout quand on ne le connaît pas. Ce manque de confiance en une communauté, elle est exacerbée par les réseaux sociaux et leur capacité à déclencher des polémiques énormes sur rien, ou sur des bases complètement fausses (j’en connais quelque chose lolilol), en se concentrant toujours et toujours sur l’apparence / la première impression.

Ce culte de l’apparence, qu’on entretient tous d’une façon ou d’une autre, rend les gens très hypocrites surtout lorsqu’ils se retrouvent en groupe. On ne montre QUE ce qui est bien, ce qu’on sait faire, ce qu’on a réussi – et c’est normal. Alors oui, certains individus tentent de parler de leurs erreurs, pour atténuer ce phénomène dangereux, tout en restant toujours politiquement correct – et je les comprends. Ceux qui tentent de montrer leurs erreurs sont souvent victimes de lynchage public, ou bien de jugements hâtifs qui sont toujours très désagréables et qui n’encouragent pas les autres à montrer leur vulnérabilité – qui est une caractéristique commune à TOUS les êtres humains…

Être vulnérable et l’accepter : une libération !

Exposer sa vulnérabilité fait peur, très peur.

S’il vous plaît, prenez du recul par rapport à ce que les autres disent, pensent ou font. Ce que les autres pensent ne regarde qu’eux. On a pris la sale petite habitude, derrière nos écrans, à se la ramener en commentaire, en post, en story, jugeant, donnant notre avis sur tout (sans être toujours très bien placé pour le faire), sur base de ce qu’on voit sur Internet (c’est-à-dire beaucoup de vent et de fake), sans aller au bout des choses.

Vous avez tous une part de vous qui est vulnérable, et grande nouvelle : c’est réellement le cas de tout le monde ! Personne n’est intouchable, personne n’est insensible, tout le monde possède sa propre vulnérabilité et il serait temps de bien l’intégrer dans sa tête pour se libérer d’un poids.

A force de vouloir se montrer parfait et invulnérable, on en oublie complètement de vivre sa vie, avec ses hauts et ses bas, ses prises de risque, pour avancer et réussir ce qu’on entreprend. Aucun chemin n’est simple, peu importe d’où l’on part. Ne jalousez pas ceux qui ont un “meilleur” cheval que vous, ceux qui ont plus de moyens que vous, ceux qui ont plus de temps que vous, ceux qui ont de meilleures ressources que vous… Jouez simplement le jeu sur base des cartes que la vie vous a donné. Vous ne pouvez pas le changer, mais vous pouvez tirer le meilleur de ce que vous avez déjà !

La peur d’échouer… Devant soi !

Une fois qu’on parvient à écarter le facteur “les autres”… Il reste soi.

Énormément de cavaliers que je rencontre éprouvent un besoin très sérieux de se prouver qu’ils sont capables. C’est une caractéristique à double tranchant. D’un côté, elle montre souvent un problème de confiance en soi, ou bien en sa capacité à réaliser des choses, à devenir meilleur. D’un autre, elle montre un besoin de se dépasser, d’aller plus loin, et pousse souvent ces personnes à travailler très intensément.

Je crois que, l’important aujourd’hui, c’est de comprendre pourquoi on éprouve ce besoin violent d’être meilleur, plus performant, dans tous les sens du terme. Parfois, ça n’est pas toujours sain et on se met une pression de malade sur le dos… Et on se mine le moral à la moindre séance moins bonne que la veille. On s’attarde et se focalise sur des micro détails où l’on n’a pas assuré, au lieu de s’attarder sur ce qui a été très bien réussi et amélioré.

En fait, à ces personnes, j’ai envie de vous dire… Arrêtons de nous prendre trop au sérieux. C’est “que” du poney. On ne sauve pas la faim dans le monde, on n’arrête pas des guerres, on n’empêche pas des suicides, bref. C’est que du poney. Il faut apprendre à surtout se concentrer sur ce qu’on améliore, sur notre évolution, sur chaque nouvelle pierre qu’on apporte à notre propre édifice, à voir les changements positifs sur notre cheval… Il faut apprendre à savourer. Sinon, à quoi bon sacrifier tous nos weekends, notre portefeuille et notre vie sociale ? Aimez ce que vous faites et observez ce que vous faites bien. Notez ce qui doit être amélioré. Et kiffez votre poney !

Détruire le culte de l’apparence ?

Je crois que c’est tout à fait impossible de nos jours. L’apparence aura toujours une place prépondérante sur Internet, sur nos médias, et quelque soit la direction que l’apparence “normée” prendra. Si un jour, il était désirable et normé d’être maigre, peut-être que demain il sera désirable et normé d’être grosse.  Peut-être qu’avant, il aurait fallu avoir telle taille de poitrine, et peut-être que demain le nouveau standard sera une autre. Peut-être qu’à cheval, il faudra montrer tel mouvement fait d’une certaine façon, mais que cette norme changera au gré des modes et des scandales.

Dans TOUS les cas, que l’on estime que la pratique supérieure soit machin truc ou bidule, le fait de valoriser une apparence unique sans penser au chemin me pose un vrai problème.

Le chemin, de mon point de vue, est 100 fois plus important que le résultat. Ne serait-ce que parce que le résultat dépend du chemin… Et pas l’inverse.

Le chemin, c’est le travail quotidien. Et celui-là, il est très rarement parfaitement Instagramable. Ben oui, y’aura des moments où vous aurez une gestuelle pourrie et une technique médiocre. Oui, y’aura des moments où vous allez BEAUCOUP répéter avant que ça ressemble à quelque chose. Y’aura aussi des séances super ennuyeuses à regarder, où vous allez faire 100 transitions jusqu’à ZE top transition qui vous fera progresser.

Vous devez absolument imprimer dans votre petite tête, les amis, que ce que vous voyez sur Internet n’est qu’une infime partie de la réalité. Instagram et Facebook ne représentent JAMAIS la réalité. Jamais. Un cavalier qui a réalisé ses rêves, il a bossé comme un malade et il a du beaucoup répéter pour maîtriser sa technique – et pour que son cheval apprenne, lui aussi !

Répéter, c’est pas super sexy

Vous avez besoin de répéter, répéter, et répéter. Vous avez besoin de pratiquer pour vous améliorer. Guess what ? Votre cheval aussi !

Je ne sais pas si vous connaissez la règle (théorique et imagée pour partie) des 10.000 heures. Il faudrait 10.000 heures de pratique pour devenir un expert dans un domaine. Je vous invite à lire ce résumé pour en savoir plus sur l’ouvrage à l’origine de cette idée. Dans tous les cas, répéter (avec qualité, attention) et pratiquer, c’est la meilleure route pour devenir meilleur et grandir…

Alors évidemment, répéter 10.000 heures en faisant n’importe quoi, ça n’est pas productif. On parle bien de répéter dans un effort d’amélioration, avec un suivi d’un pro ou de quelqu’un meilleur que soi, pour sortir de sa zone de confort et aller plus loin.

Il va donc falloir apprendre à se sortir de la tête que les gens “bons” peuvent réussir tout de suite, ou bien en une ou deux répétitions. Certains vont répéter 50 fois, 100 fois, avant de réussir le bon geste, avant de maîtriser la bonne technique qui les tirera vers le haut. Vous savez quoi ? Ils ont une chose en commun : ils n’ont pas peur d’échouer, et ils savent qu’il faut échouer pour réussir.

FAIL = First Attempt In Learning

Vous avez peut-être déjà lu ça quelque part. Ce petit acronyme motivant a un seul objectif : vous rappeler qu’en apprenant, on se trompe. Ça fait partie du chemin et vouloir l’éviter à tout prix, c’est vouloir éviter d’apprendre… Pour la petite traduction : ECHEC = premier essai d’apprentissage (en gros).

L’échec, l’erreur, c’est finalement quelque chose de merveilleux dans lequel vous allez forcément apprendre quelque chose. Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase qu’on prête souvent à Nelson Mandela (vrai ou pas, ça j’en sais rien…) : “I never lose. I either win, or learn“. Soit vous gagnez, soit vous apprenez. C’est une belle façon de comprendre qu’en fait, ce qu’on appelle échec, c’est en vérité apprendre !

Apprendre, c’est rater : un souci de culture européenne ?

En France et en Belgique (surtout en France), on a un gros souci de rapport à l’échec. Rater, faire une erreur, c’est mal, très mal. C’est un peu la honte. On a horreur de se tromper, et surtout, on a horreur de rater devant les autres. On se sent diminué, incapable, on perd nos moyens et on cultive une image de soi négative et humiliée.

Outre Atlantique, il y a certes des défauts mais il y a aussi certaines grandes qualités, parmi lesquelles, l’idée culturelle de l’échec. Les américains ont bien compris qu’échouer, c’était indispensable pour grandir et évoluer. D’ailleurs, j’en parle souvent sur le blog, mais apprendre est loin d’être quelque chose de 100% confortable… Puisque apprendre, c’est sortir de notre zone de confort pour l’élargir.

Alors finalement, cette pression que mes élèves se mettent sur le dos, ne serait-elle pas “juste” une histoire de perception ? Serait-elle complètement modifiable ?

Je pense que les individus qui ont compris ça sont libérés d’un poids considérable et sont par la même occasion bien plus ouvert à l’apprentissage que les autres.

J’espère que cet article vous donnera quelques pistes de réflexion pour mieux profiter des apprentissages de la vie… Qu’ils soient équestres ou non. Je reste toujours convaincue que le monde du cheval a beaucoup de problèmes humains à régler, et pas seulement ceux qu’on pense.

 

Et vous, comment vous sentez-vous lors de vos cours ou stage ? Vous vous mettez la pression ou pas du tout ?

 

Photos : Zoé Cormerais

One thought on “La peur de l’échec : comment apprendre à apprendre ?

  1. Attention pavé !

    Lors du premier e-coaching avec toi tu n’imagines pas l’angoisse que j’avais en attendant l’appel !
    Ne te connaissant que par tes écrits et vidéos, je ne savais pas à quoi m’attendre et en plus je te montrai en vidéo “le pire”, THE problème que je n’arrivais pas à résoudre et qui aurait pu entraîner beaucoup de jugements. Bonjour l’angoisse.

    Et au final, tu m’as fait réaliser que ce problème qui me semblait immense n’était qu’une petite incompréhension… Dès le lendemain, c’était réglé..!!

    Et lors des autres e-oachings cette fois-ci j’étais même contente de rencontrer une difficulté : “Chouette on va pouvoir travailler ça avec Pauline !” .

    Je ne perçois plus mes difficultés de la même façon : avant je les voyais comme des obstacles difficiles à surmonter et maintenant je les vois comme des opportunités pour travailler quelque chose de nouveau !

    Je suis donc beaucoup plus sereine à l’idée de montrer même ce qui ne fonctionne pas.

    Face à un groupe, je ne sais pas comment je serai, je pense que j’aurai encore cette étape à franchir dans ce nouveau contexte, mais que ça sera quand même plus facile maintenant ☺️

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