La peur à cheval, cette honte secrète des cavaliers

Tout humain normal a peur lors de son aventure équestre. La peur fait partie de la vie… Qu’il s’agisse d’avoir peur à pied, ou à cheval, la peur est une émotion universelle et qui a une place très importante dans le monde des chevaux. Nous avons tous connu cette petite montée d’adrénaline lors d’une situation délicate en promenade… Ou lors d’une séance en piste où notre monture désignée du jour avait une pressante envie de nous envoyer paître. Alors, la peur : d’où vient-elle ? Comment la gérer lorsqu’elle surgit ? Et peut-on guérir d’un traumatisme profond ? Mes réflexions sur le sujet.

L’équitation est un sport dangereux, oui…

Que l’on s’occupe d’un cheval à pied, qu’on le monte gentiment en promenade ou qu’on parte sur un cross, dans tous les cas, côtoyer un animal de cette taille avec un instinct de survie aussi puissant est d’office dangereux. Que vous soyez Galop 35 ou Galop -12, c’est pareil. En tant que cavalier, on se met dans une situation qui nous expose à des risques d’accidents, parfois graves. Nous devrions tous en avoir bien conscience, mais sans que cela n’entrave nos activités. Après tout, conduire, traverser la route représente un danger également.

Il faut tout simplement l’accepter et savoir mettre en place des bonnes pratiques simples, mais qui réduisent considérablement les risques d’accidents très bêtes et évitables facilement. Mettre en place une super communication à pied, permet d’avoir un cheval qui saura réagir de la meilleure façon possible s’il prend peur. Avoir un cheval qui ne bouscule pas, qui n’écrase pas, qui réagit à la pression en douceur… Cela sert à renforcer la relation, et donc à mieux expliquer à chacun où se situent les limites.

Ignorer sa peur, une fausse bonne idée

J’ai grandi dans un monde équestre où la peur à cheval ne devait pas être nommée. Il fallait avaler un coup et ignorer ce sentiment. La peur, ça ne devait pas faire partie de notre vocabulaire de cavalier. D’ailleurs, on se foutait bien de la tronche des autres lorsqu’on les voyait, blêmes, se forcer à monter le siège éjectable professionnel du club… Pire, même. Celui qui ne domptait pas les plus farouches, paralysé par l’angoisse, était souvent relégué au rang de “mauvais”. Celui qui parvenait à survivre à une séquence de rodéo était adoubé par la classe entière, et il se targuait de sa performance des semaines entières.

J’ai appris l’équitation auprès d’enseignants qui refusaient la peur en tant que telle. On devait se forcer, y aller quand même, les mains tremblantes et le cœur battant la chamade. C’est une erreur, je crois. Refouler une émotion aussi instinctive, c’est comme le naturel : ça revient très vite au galop. Cela risque de vous faire de mauvaises surprises… Votre cerveau est alors en totale contradiction avec vos actions. Si nous ignorez votre sentiment, que vous ne cherchez pas à comprendre son origine, c’est un peu comme cacher la poussière sous le tapis. C’est là, quelque part en vous, et cela risque de grossir, de se nourrir si vous ne conscientisez pas ce mécanisme mental.

Enfouir un réflexe instinctif inconfortable, c’est parfois se mentir en essayant de se convaincre qu’il a disparu. Or, c’est la meilleure façon de le conserver, caché au fond de votre cerveau, pour qu’il vous pilote de façon plus fourbe que lorsque vous l’assumez au grand jour. Une fois clairement identifié, un problème est 10 fois plus simple à gérer que lorsqu’on l’ignore, n’est-ce pas ?

Une question de degré

On ne gère pas un léger stress comme une peur panique suite à un trauma. Une petite montée d’adrénaline, une petite peur, c’est normal. Cela fera partie de votre quotidien de cavalier. Dans ce genre de cas, des exercices de respiration, de visualisation et une méditation régulière suffiront. On peut tout à fait apprendre à choisir quelles émotions nourrir.

En méditation, on apprend à se recentrer sur le moment présent. On apprend le lâcher prise, qui ne signifie pas “laisser tomber”. On apprend également à identifier plus clairement les émotions, les sentiments et les idées créées par notre cerveau. On apprend à gérer nos sentiments, sans les enfouir ou les cacher… On apprend à faire face aux émotions, et à nourrir celles qui nous permettent d’avoir un mental apaisé, réfléchi, calme. Bref, c’est un outil qui peut sembler anodin, mais qui promet des changements incroyables sur notre perception de soi et du monde si l’on prend le temps de s’y mettre.

Un grave accident, un traumatisme, met en place des mécanismes instinctifs très puissants dus à la mémoire d’une douleur, ou parfois seulement la mémoire d’une terrible peur. Dans ce cas-ci, il s’agit de défaire, en douceur, une association négative. Par exemple, mon cheval accélère = il va m’embarquer et je vais tomber = je me contracte, je respire très mal, je deviens maladroit et abrupts dans mes gestes = le cheval risque de prendre peur de ce soudain changement émotionnel et c’est le chien qui se mord la queue… Il faudra alors prendre le temps nécessaire pour reprendre confiance d’abord en soi, puis en les chevaux. Reprendre l’équitation sur un autre cheval, avec lequel on n’a pas de souvenir, est une première étape. Se faire accompagner beaucoup au début, se faire guider, est indispensable. Mieux comprendre son cheval, aussi, est très important. Puis, petit à petit, apprendre à accueillir la peur lorsqu’elle arrive, et à faire les choses quand même, en étant dans une zone inconfortable mais pas brutalement inconfortable (imaginez une zone verte, une zone orange et une zone rouge : apprenez à étirer la zone verte en travaillant parfois en zone orange).

Nous ne sommes pas nos émotions

Nos émotions, ce sont des messages. Notre cerveau reptilien nous envoie ces messages pour nous protéger, pour nous signifier d’un danger – réel, ou imaginaire. Le danger réel, en équitation, il arrive, oui. J’en parle dans le paragraphe ci-dessous. Le danger “imaginaire”, en revanche, il est très fréquent, notamment dans des cas de traumatismes suite à une chute : on sent une peur panique hyper ancrée qui nous paralyse complètement et nous fait réagir de façon presque irrationnelle. Dès que le cheval secoue la tête ou s’arrête, on a une peur panique de mourir. Démarre alors un apprentissage quasiment purement mental, dans lequel on apprend à dissocier les messages de notre cerveau et à se reconnecter à la réalité, au moment présent. Identifier les dangers imaginaires, c’est déjà une grande étape vers la gestion sereine de la peur.

Une histoire de contrôle ?

Le danger réel, il existe. Cependant, celui-ci est parfois un mauvais prétexte au renforcement du “contrôle”. Je n’ai pas de problème avec la notion de “contrôle” du cheval. Je ne suis pas vraiment fan de l’idée de partir en cordelette sans bombe et sans selle en promenade. Je trouve que c’est juste prendre un risque au nom d’une image romantique pas forcément en phase avec le réel du cheval. Chacun son truc ! Cependant, réagir par émotion à une peur en ajoutant un enrênement ou en mettant un mors plus dur est une mauvaise idée. On va probablement stresser encore plus le cheval, le reconnectant lui aussi à ses émotions de peur, et à des réactions irrationnelles dangereuses… En perdant un peu de respect pour lui, et en oubliant de le comprendre.

Dans ce cas-ci, tenter d’améliorer la communication avec le cheval est une option de long-terme hyper viable… On enseigne, en Horsemanship, tout ce qu’il faut pour que cheval et humain apprennent à gérer leurs émotions, apprennent à se respecter l’un l’autre. Un cheval qui tape, mord, se cabre, embarque, ça n’est PAS normal. Soit il a mal, soit il n’a pas compris. C’est aussi simple que cela. Un cheval qui embarque, même s’il est cerveau gauche et qu’on serait tenté de dire “le petit con, il a fait ça pour m’embêter”… C’est surtout qu’il a compris qu’il pouvait le faire dès que les choses ne se passent pas exactement comme lui l’a décidé. Le même cheval avec un degré en plus en terme d’éducation, de fitness émotionnel, il a compris que ça n’était jamais une option.

 

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11 thoughts on “La peur à cheval, cette honte secrète des cavaliers

  1. Waouh.

    Merci d’écrire sur ce sujet si peu évoqué et pourtant si important. J’ai développé une forte peur après des mésaventures avec ma jument, j’ai toujours reconnu ma peur et pourtant le travail a été long et fastidieux parce qu’en situation stressante mon corps refusait totalement d’écouter les conseils de ma coach pourtant extrêmement patiente et bienveillante, j’étais dans une situation si oppressante pour moi que tout mon corps se mettait en mode “survie” et je n’étais pas capable d’écouter les conseils. Après de nombreux mois faits de progressions lentes, de retour en arrière parfois, je peux aujourd’hui dire que je dépasse très franchement ce cap et que je reprend confiance en ma jument mais aussi en moi.
    Votre article me pousse davantage dans ma lancée lors merci d’aborder des sujets comme celui-ci qui peuvent être complexes parfois voir même source de polémiques mais qui sont essentiels pour avancer et pour devenir un meilleur compagnon humain pour son cheval. Merci.

  2. Bravo pour cet article !
    La peur en équitation existe quel que soit le niveau d’expertise ou le nombre d’années d’expérience.
    Elle dépend de ce qu’a vécu le cavalier avec un cheval ou plusieurs et chaque cavalier a connu une histoire différente. La peur peut donc prendre des formes différentes en fonction de chaque histoire.
    En revanche, les réactions des chevaux face à cette émotion sont souvent similaires.
    La préparation mentale pour cavaliers permet de monter avec sa peur, de la comprendre, de l’apprivoiser et de la gérer. Souvent un long travail sur soi … mais oh combien gratifiant !

  3. Merci pour cet article ! Il fait tout à fait échos à mon expérience aussi. J’ai passé un moment difficile avec ma jument qui ne m’écoutait plus du tout en balade, et qui m’a embarqué deux fois de façon assez violente. Sur le coup j’ai eu très honte de moi, et je me suis forcée à repartir toutes les semaines avec elle, mais je me suis rendue compte que j’avais peur, cela se ressentait sur ma façon de me tenir à cheval et de la tenir (trop dure), elle a commencé à se braquer de plus en plus… bref, se forcer quand on a peur on qu’on n’est pas prêt, ça donne parfois l’effet inverse !
    Aujourd’hui je suis fière d’avoir pris le temps de bien la travailler en piste et à pieds. Non seulement je la comprends mieux, mais je suis plus à l’aise à cheval et j’ai bien amélioré ma position. On reprend la balade petit à petit ! Que du bonheur 🙂

  4. La peur à cheval, un sujet si peu évoqué, ou seulement à demi mot auprès d’un ou d’une cavalièr(e) qui a subit les mêmes désagréments que nous…

    Il est franchement dommage que le monde équestre et surtout les moniteurs et monitrices ne comprennent pas que forcer encore et toujours des personnes qui ne se sentent pas et qui sont blêmes de peur ne va rien amener de bon dans le temps… A un moment ou un autre il va y avoir rupture et la personne sera dégoûtée de monter à cheval. C’est triste.

  5. Encore un sujet très intéressant. Il est vrai que je n’ai jamais entendu un cavalier dire à son moniteur “j’ai peur”. À méditer !

    Dans mon cas, j’ai certes eu pas mal de frayeurs à cheval en plus de 10 d’équitation. Coucou, je pense que ce qui me paralyse le plus c’est la peur de ne pas y arriver ou de ne pas être une (assez) bonne cavalière pour ma jument. Ce pourrait-il que tu fasses un article la dessus ? 🙂

    Belle journée et encore merci pour ce blog regorgeant de bienveillance !

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