La méthode La Cense, dans un livre unique

Méthode la Cense

Il y a quelques mois, le haras de la Cense m’a gentiment contacté pour me suggérer de jeter un oeil à leur dernier produit : la méthode La Cense condensée en un livre unique. L’ouvrage est très épais (544 pages les amis), dense, riche d’informations et d’images. Avec son achat, vous gagnez l’accès gratuit à quelques vidéos de leur “e-campus“. Je vous donne mon avis sur le tout !

(au fait : Je serai présente aux Rencontres de la Cense, les 15, 16 et 17 septembre prochain ! Avec le blog, vous avez -10% sur vos places avec le code : lrc-1ch-10 !)

Méthode la Cense

L’ouvrage

Méthode la Cense

Les +

Mise en page agréable, logique, claire et pédagogique. Il est divisé en 3 grandes parties : les savoirs éthologiques, les principes d’éducation du cheval, et les 8 degrés de la méthode la Cense. Il est riche en images et en schémas didactiques. Les petits conseils associés aux exercices des degrés sont plein de bons sens.

Les –

Le côté dense du livre peut être parfois assez rébarbatif, surtout pour les débutants en la matière. Certaines images n’illustrent pas très clairement les exercices par moment (j’en parle après). Concernant la méthode plus globalement, j’adresserai mes critiques plus tard dans l’article 😉

Les Savoirs éthologiques

Cette partie théorique est essentielle pour comprendre le fondement des méthodes dites “éthologiques“. Je suis donc ravie de la trouver ici ! Elle contient d’ailleurs une biographie composées de recherches et de publications d’éthologues comme, par exemple, Léa Lansade. Cette partie, plutôt brève, aborde :

  • le monde sensoriel, signaux de communication : on y parle des sens en profondeur (vue, ouïe, odeur, goût et toucher), des signaux de communication notamment visuels (position des oreilles, cris).
  • la vie sociale et le tempérament du cheval : cette partie s’intéresse à la vie sociale du cheval à l’état naturel, et aborde le modèle de Léa Lansade pour différencier les “tempéraments” des chevaux : émotivité, sensibilité sensorielle, motivation sociale, activité locomotrice, réactivité aux humains.
  • le bien-être : ici, on parle budget temps des chevaux à l’état naturel et domestique, et notamment des conséquences sur le bien-être de la vie domestique (stéréotypies notamment).
  • fonctionnement du cheval dans le groupe : on passe très brièvement en revue les concepts de base de dominance, de leader, des dynamiques entre troupeaux et toutes les interactions possibles entre chevaux d’un même troupeau (grooming, jeux, etc.).
  • modalités d’apprentissage : on y parle apprentissage non-associatif et associatifs, renforcements négatifs et positifs…

Les principes d’éducation du cheval

Logo de la Cense

  • Lire le cheval

Cette partie aborde l’importance de devenir un bon observateur. Savoir déceler les émotions, juger de l’état physique, de l’attention du cheval. Il y a une brève partie sur les “traits de personnalités” équins, classés ainsi : émotivité, sensibilité, grégarité, énergie.

Le point négatif : on y voit une planche de chevaux de dressage, je suppose que c’est pour faire comprendre au débutant les différences entre des chevaux aux morphologies variées. Toutefois, les photos de piaffer et de passage sont plutôt de mauvais exemples, c’est dommage dans un livre qui se veut être un manuel éducatif !

  • Poser et faire respecter le cadre

On y retrouve la balance confiance-respect de chez Parelli. On aborde le cadre à pied, le respect de l’espace personnel du cavalier, et comment avoir un cheval attentif. On y parle d’attitude neutre et énergique, l’équivalent du mode on/off chez Parelli pour faire comprendre au cheval quand débute et quand finit un exercice.

Cette partie est pleine de très bons conseils essentiels, je suis ravie de les lire ici. Parmi eux : se mettre toujours dans les conditions de réussir, travailler sur les défenses plutôt que les éviter. Le livre aborde aussi les concepts des cadres d’apprentissage, avec un focus sur le renforcement négatif, la punition négative et un peu de renforcement positif.

  • Gagner la confiance

Ici, on parle désensibilisation, habituation, conditionnement classique et opérant. J’ai beaucoup apprécié que le livre mette en garde à propos de l’immersion et des problèmes que cela engendre – notamment la résignation acquise. Tous les conseils donnés me paraissent très pertinents et intelligents – notamment conseiller d’emmener le jeune cheval en extérieur pour l’éduquer.

  • Se faire comprendre

Place à la sensibilisation et aux bases du renforcement négatif : pression rythmique, 4 phases, gérer les résistances… On y parle notamment de l’intention (focus), ce qui à mon sens est très important et souvent négligé par les professeurs d’équitation éthologique.

  • Recherche du calme et de la décontraction

Un véritable plaidoyer du cheval calme ! Le livre aborde les causes du stress, la gestion de la peur, notamment dans les environnements nouveaux. Pour le lecteur, il est très intéressant d’y voir quelques études de cas : par exemple, comment gérer le cheval qui trottine en extérieur. On y discute aussi descente des aides, contrat d’allure, de vitesse et de direction.

  • Enseigner

Avec grande surprise, j’y retrouve l’équivalent des patterns de Parelli, que la Cense appelle “enchaînements“. Cette partie explique, exemples à l’appui, comment se déroule la décomposition d’un nouvel exercice.

  • Consolider et perfectionner

Ici, on parle d’affiner les aides, et d’effectuer le même exercice, dans un nouveau lieu, avec ajout de distraction, ou changement de cavalier.

  • Planifier la progression

Je découvre le plan La Cense : d’abord, la Cense considère qu’il y a une formation de base obligatoire pour tout jeune cheval (cela inclut des manipulations, le débourrage, et le dressage élémentaire), puis on va aller vers sa spécialisation (la Cense explique qu’elle découle des aptitudes découvertes pour le cheval au cours de la formation de base). Ensuite, le cheval est à l’entraînement dans sa spécialisation (il vit au quotidien un entraînement technique, physique et pratique).

J’aime beaucoup la spécialisation qui découle des aptitudes découvertes pour le cheval. Je trouve que c’est d’une très grande justesse. On oublie souvent cette partie-là. On achète un cheval avec une intention déjà donnée. On forme des jeunes avec un objectif déjà établi. Partir du cheval pour aller vers une spécialisation me semble la façon la plus “logique”. Alors oui, vous allez me dire : c’est pas toi, la nana qui dresse une jument de trait ? Hmm, oui… Personne n’est parfait =) Mais étonnamment, Trifine montre un état d’esprit quasiment parfait en dressage ! Si j’avais senti qu’elle n’appréciait pas, j’aurais arrêté.

On y retrouve, façon la Cense, le fameux équilibre dont Parelli parle souvent pour la progression du cheval : “Consistency is a great teacher but variety is the spice of life“. Il s’agit donc de trouver l’équilibre entre varier et répéter.

  • Développer et conserver la motivation

Comment reconnaître le cheval motivé ? Finalement, on a tendance à manquer d’objectivité dans ce jugement. Cette partie est donc la bienvenue. Et comme ça n’est pas évident pour tout le monde : le livre explique l’intérêt d’avoir un cheval motivé ! Il propose plein d’astuces pour rendre le travail confortable.

  • Se comporter en homme de cheval

On trouve ici des commentaires de cavaliers, éleveurs et coach de renom. Même si je ne suis pas une grande fan du travail de certains d’entre eux, ce sont des conseils inspirants et bons à prendre : chacun en fera ce qu’il souhaite. J’aime aussi le fait que la Cense fasse le lien entre Horsemanship et équitation classique.

La méthode la Cense, partie pratique

Méthode la Cense

Cette partie concerne les 8 degrés de la Cense. Il s’agit d’une série de nombreux exercices correspondant à la progression proposée par la Cense. J’avoue avoir été assez surprise (positivement) par la progression suggérée, même si j’ai des petites remarques à faire (#reloue). Si vous voulez les exercices détaillés, il faudra vous procurer le livre : il est truffé d’idée pour les cavaliers un peu paumés dans leur pratique.

Ma première impression : c’est très bien fait ! Dans chaque exercice sont indiqués les objectifs, le pourquoi du comment, primordial en éducation, le matériel nécessaire, quelques pistes de progrès et des concepts utiles à la compréhension de l’exercice, les erreurs à éviter

  • Degré 1 : approcher le cheval

On est sur la base de la base, et c’est très didactique : préparer, organiser le licol (nœuds de rangement et pour attacher), désengagement des postérieurs, attacher, faire reculer hors de la bulle, immobilité, jeu de l’amitié…

  • Degré 2 : contrôler le cheval à pied

Ce degré intègre entre autres : attraper le cheval au pré, du jeu de l’amitié approfondi avec le drapeau, envoyer sur le cercle, le début du yo-yo, le début du travail avec le van, des déplacements latéraux le long d’une barrière… Et alors LE truc qui m’a rendue trop heureuse : incurver son cheval sur le cercle !!! Aaah que ça m’a fait plaisir. Le corps et l’esprit, les deux sont si liés et si importants ! Le fait que ça arrive si tôt dans la progression m’a vraiment plu.

Travail d’incurvation de la zone 3 (bon, un peu extrême, mais c’est le début !)
  • Degré 3, communiquer avec son cheval monté

Ici, on prépare le travail en selle : simulation du sanglage avec la longe, désensibilisation à fond au cavalier. La bonne idée : préparer l’action des jambes en apprenant au cheval, à pied, à répondre à la pression des étriers le long de ses flancs.

Le souci : les photos ne sont pas toujours très parlantes. Je connais très bien les exercices, et pourtant parfois j’avais du mal à piger ce qu’il se passait sur la photo.

  • Degré 4, contrôler le cheval monté

On bosse le montoir, le jeu du passager, monter à une seule rêne, la désensibilisation au stick en selle, le mode on/off en selle (donc attitude neutre / attitude énergique), on fait même quelques patterns (8 de chiffre, clover leaf – feuille de trèfle, et slalom) !

Les conseils sont tops : on parle beaucoup de fluidité. On encourage à ne pas critiquer mais à corriger. A travailler le cheval au niveau où il se trouve, et non là où on souhaiterait qu’il soit.

Parlons un peu flexion verticale au pas et au trot, le truc qui a tendance à m’agacer un poil en “étho”. Honnêtement, c’est bien expliqué, les conseils sont bons. Mais pour moi, la flexion verticale vient du contrôle du diagonal épaule externe/postérieur interne, et le cheval doit céder sur la rêne externe, pas sur les deux rênes de front – en tout cas, pas dès le début du dressage. C’est trop tôt. La flexion doit venir de derrière. Et c’est vrai que le livre indique bien que le cheval doit être dans l’impulsion, hein. Mais je trouve que ça reste trop délicat, trop technique pour être enseigné ainsi. 

Par contre, y’a ce conseil absolument ultime dans le travail de la flexion : “Tenez, ne tirez pas“. C’est la différence essentielle qui change tout.

  • Degré 5, communiquer à distance

On passe à la longe de 7 mètres.

On va encore plus loin dans le jeu de l’amitié. On décline le yo-yo. On commence les déplacements latéraux sans barrière, on rajoute de la distance. On fait des changements de direction sur le cercle, on essaye les longues rênes. J’y lis notamment cette phrase, que tous les cavaliers devraient se tatouer quelque part : “le problème est rarement le problème“.

  • Degré 6, contrôler le cheval en liberté

Cette partie, très progressive et logique, part des bases du travail en liberté. On bosse dans un rond de longe la plupart des exercices faits en longe, jusqu’à la conduite en zone 5.

La bonne idée : le livre suggère de tester la concentration en travaillant en groupe en liberté.

  • Degré 7, développer la connexion du cheval monté

On va plus loin en selle : on enlève progressivement les rênes, on va monter à cru pour développer l’assiette. Globalement, on affine beaucoup la communication en selle.

Le bon point : il y a toujours une bombe – chez Parelli, hum…

  • Degré 8, affiner l’éducation du cheval monté

On commence à parler sport, et ça me plaît ! Tout une partie est dédiée à l’échauffement du cheval : au top ! Globalement, chaque exercice individuellement est bien expliqué, les conseils sont supers. En revanche, j’ai un bémol : pourquoi suggérer une transition galop/arrêt avant les cessions à la jambe au pas et au trot ? Il faut une telle force dans les postérieurs pour une transition galop/arrêt. Les cessions permettent justement de renforcer le cheval en vue des transitions de ce type.

Le souci : à l’exercice 5, pourquoi un noseband ? Je comprends vraiment pas pourquoi, surtout provenant d’une méthode qui est censée gérer parfaitement les soucis comportementaux DONT les soucis de contact.

La limite peut se situer sur l’aspect technique, illustré par des photos. Pour éduquer sur, par exemple, l’exercice “maintenir la flexion verticale sur des tracés différentsjuger sur photo c’est très limitant. D’où l’intérêt des vidéos proposées…

Le bonus : les vidéos gratuites avec l’achat du livre

Méthode la Cense

Bien que je trouve déjà génial d’avoir un livre condensé aussi riche d’infos et d’exercices, pour moi, rien ne vaut la vidéo pour expliquer une méthode équestre.

E Campus La Cense

Ils ont repris des codes très proches du Savvy Club de Parelli, avec la petite musique qui va bien, le cadre splendide, mais le reproche que je pourrais faire, c’est que c’est un peu impersonnel. Vous avez un ensemble d’exercices, qui gagneraient à ce que leur “pourquoi” soit expliqué plus en profondeur, et présentés par des cavaliers très différents, avec une voix off qui explique tout plein de choses.

E Campus La Cense

La voix off est un peu déconnectée de ce qu’il se passe dans la vidéo. Chez Parelli, vous avez Pat, ou Linda, ou d’autres instructeurs qui parlent en même temps qu’ils font leur démo. Ça permet de relever tout de suite les points importants à observer, à rentrer dans les détails de l’instant T de la technique. Ici, je trouve les commentaires trop généraux. Par exemple, dans le degré 1, il y a une vidéo de semblant de “yo-yo” façon La Cense. Les phases ne sont pas claires, et pourtant la voix off les explique très bien… Mais sur la vidéo, je ne vois pas 4 phases bien distinctes et claires.

Cependant, il est absolument indéniable que les vidéos sont de très grande qualité, et qu’un débutant pourra déjà démarrer beaucoup de choses ainsi.

Le point manquant : les horsenalities

La différence importante entre Parelli et la Cense, c’est celle-ci : les horsenalities. Ce qu’il manque, à mon sens, à la méthode la Cense, c’est la logique globale des exercices. Enchaîner des exercices en renforcement négatif qui permettent de mieux communiquer avec le cheval, c’est déjà très, très bien. La décomposition et la progressivité sont également là. En revanche, l’universalité de la méthode (telle qu’elle est présentée dans l’ouvrage) est, à mon sens, un problème. On priorisera très différemment les exercices à aborder d’un cheval à l’autre.

On aura une toute autre pédagogie entre un cerveau droit ou un cerveau gauche. Chez Parelli, chaque petite action est pleine d’un sens plus global pour la séance. On ne fait rien au hasard (ou presque). Après, je suppose qu’en stage c’est peut-être différent et que seul le livre n’est pas le reflet de toute la méthode…

Actuellement, je ne connais pas d’équivalent aussi bon que ce livre dans le Horsemanship / les méthodes éthologiques. Si l’anglais vous freine à accéder à la méthode Parelli, je dois admettre que je recommande chaudement cet ouvrage. Pour vous procurer le livre de la méthode la Cense, cliquez ici.

Je serai présente aux Rencontres de la Cense, les 15, 16 et 17 septembre prochain ! Avec le blog, vous avez -10% sur vos places avec le code : lrc-1ch-10 !

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5 thoughts on “La méthode La Cense, dans un livre unique

  1. Merci Pauline pour cet article très détaillé 🙂 J’hésitais à l’acheter car entre les dvd parelli/la cense/Horsemanscience j’avais peur que ce soit redondant… mais prendre le temps de lire un livre en repensant à une séance ou en planifiant la prochaine, c’est sympa aussi 🙂

  2. Bonjour,
    Cet article est très intéressant, cela fait longtemps que je recherche un ouvrage aussi complet. J’ai depuis 3 ans, un frison de 16 ans, non joueur, peu curieux et non motivé.
    Ce livre me permettrait de reprendre les bases, mais pensez-vous que cet ouvrage peut aussi m’aider à susciter son attention et à le remotiver ?

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