La flexion verticale : une fausse bonne idée ?

J’aurais également pu appeler cet article “Pourquoi je n’aime pas trop la flexion verticale même si je respecte l’idée derrière tout ça“.

Vous avez certainement déjà vu, entendu ou même appris la fameuse flexion verticale à votre cheval. Celle-ci, qu’on voit malheureusement trop souvent dans le monde du horsemanship, me pose un certain nombre de problème puisqu’elle renforce les cavaliers dans de mauvaises croyances quant au cheval qui travaille “juste” ou “faux“.

Caramel en main = Caramel qui bosse bien ?

Ze erreur fatale qu’on retrouve partout, c’est l’idée qu’un cheval “en main”, c’est un cheval qui travaille juste.

Nolwenn et Eole.

C’est quoi, un cheval qui travaille “juste”, si tant est que cela existe ?

Il n’y a pas une seule façon uniquement d’amener un cheval vers plus de justesse, cependant, je pense que la définition du cheval qui bosse “juste”, est, d’un point de vue biomécanique, assez universelle. Un peu comme la Terre est ronde, ou comme l’eau mouille.

En effet, votre cheval n’est pas fait pour vous porter. Jamais, ô grand jamais le corps de votre canasson n’a été conçu pour votre royal postérieur. En conséquence, quand vous vous installez sur son dos, son réflexe est assez simple : il va le contracter. C’est sa façon de réagir à ce poids qui n’est pas super confortable.

La contraction (concentrique) du long dorsal donne un résultat exactement contraire à ce dont vous rêvez : Caramel offre ce qu’on appelle une extension dorsale.

A gauche, une flexion dorsale. Abdos gainés, dos capable de fonctionner librement. A droite, une extension dorsale. Abdos relâchés, dos fortement contracté.

La contraction dorsale, elle pose plusieurs problèmes simples :

  • elle resserre les vertèbres les unes contre les autres
  • ce qui comprime inutilement les disques intervertébraux
  • ce qui peut se faire toucher les apophyses épineuses
  • ce qui, à moyen terme, cause des kissing spines, à long terme, des histoires d’arthrose, des conflits épineux en tout genre, sans parler des lésions musculaires et ligamentaires potentielles.

Bref, en gros, c’est pas tip top pour la santé de Caramel.

Un cheval qui bosse “juste”, en dehors de toute considération de discipline, d’ambition individuelle, et de conformation individuelle, c’est un cheval :

  • dont le long dorsal peut fonctionner librement malgré l’entrave que représente le cavalier
  • donc le dos est en flexion, les vertèbres ouvertes, les disques intervertébraux protégés
  • donc dont les abdominaux sont engagés et toniques.

In fine, un cheval qui bosse juste, c’est plutôt une histoire d’abdominaux, que d’encolure ou de tête !

Si on résume tout simplement…

Votre cheval ne peut libérer le fonctionnement musculaire du long dorsal uniquement s’il engage ses abdominaux.

Les muscles dorsaux et abdominaux sont antagonistes.

C’est-à-dire (très grossièrement hein) que si l’un ferme un certain angle articulaire (fléchisseur), l’autre a pour rôle de l’ouvrir (extenseur).

Par exemple, prenons votre biceps : quand il se contracte, il ferme l’articulation du coude. A l’inverse, quand le triceps se contracte, il ouvre l’articulation du coude.

Pensez que c’est pareil pour Caramel : quand il contracte les abdos, il ferme l’articulation dorsale (très grosso modo quoi). Quand il contracte le dos, il ouvre l’articulation dorsale.

D’où tout ce bazar autour de l’engagement des postérieurs, de la flexion du bassin, etc.

Alors c’est quoi mon problème avec la flexion verticale ?

Il est simple : il met à nouveau l’attention sur ce fichu bout de devant sur lequel tout le monde s’obsède.

Le constat est sans appel : que vous soyez cavalier classique, ou éthololo ou tout ce que vous voulez, tout le monde s’obsède sur la position de la tête et de la nuque, tout le monde aime avoir un cheval “rond”.

La raison est également assez simple : n’importe qui peut voir si un cheval est rond ou bien ouvert. C’est accessible à tous, quelque soit le niveau. Il est bien plus difficile d’observer un engagement abdominal, un fonctionnement dorsal libéré, un bassin engagé… Et tel que l’humain est fait, nous nous arrêtons tous sur la facilité.

Du coup, comme l’on a appris qu’un cheval “rond”/”placé”, c’était sûrement un cheval qui bosse bien, on veut tous lui demander de céder sa fichue nuque.

La mise en main : une conséquence, plutôt qu’une cause

Or, la mise en main, c’est une conséquence d’un fonctionnement dorsal correct, et d’une propulsion amenée intelligemment, grâce à des mains capables de filtrer la quantité d’énergie amenée par l’arrière-main. La mise en main, c’est l’aboutissement d’une poussée +- égale des deux postérieurs, et d’un cheval qui tend sa chaîne dorsale, de la queue jusqu’à la nuque.

Et c’est très bien.

Vos mains, elles permettent d’aboutir ce travail préalable de l’arrière-main et du tronc. Et bien sûr qu’une mise en main correcte est indispensable. Mais elle n’arrive qu’à condition indispensable que l’arrière-main ait fait son job en premier ! 🙂

La flexion verticale ne cause en aucun cas de flexion dorsale

Ça n’est pas parce que Caramel a appris à céder son chanfrein, et à arrondir l’encolure en conséquence, qu’il apprend à gainer les abdominaux pour relever et libérer le dos.

Au contraire, je ne compte plus le nombre de chevaux que j’observe travailler rond uniquement de l’encolure, et complètement effondré de l’arrière-main.

Vous pouvez même piaffer comme ça ! Avec un dos tout relâché, et une encolure bien ronde. Vous pouvez tout faire, et vous pouvez tout faire mal 😀

C’est pareil chez les humains : tout le monde peut faire un squat ! Mais tout le monde ne sait pas forcément comment exécuter une forme correcte lors d’un squat… Un cheval peut tout vous donner, en se flinguant le dos. C’est complètement possible.

Évidemment, ça n’est pas inné pour votre cheval… Et ça ne l’est pas non plus pour vous ! Voilà pourquoi l’équitation est un sport extrêmement difficile qui ne se résume pas à une bête flexion verticale.

Attention également à la différence entre prendre le contact, et céder !

Cela m’amène à un autre débat sur lequel je m’étalerai volontiers dans un autre article.

Lorsque vous enseignez en renforcement négatif la flexion verticale, vous apprenez à votre cheval à céder lorsque vous prenez un contact. On est bien d’accord ?

Faites attention. En soit, ça n’est pas une mauvaise idée. Cependant, vous souhaitez que votre cheval prenne un contact, avec une sensation de soutien entre les mains. On ne parle pas d’appui, mais bien de léger soutien, indispensable si vous souhaitez que votre cheval contracte de façon excentrique les muscles extenseurs de l’encolure (pareil, je vous en parlerai plus tard).

Or, si votre cheval cède, il a appris qu’il n’avait pas le droit de venir prendre un léger soutien contre vos mains… Le message risque d’être un peu contradictoire, et il risque d’être paumé – d’où le fait que s’il vous plaît, il ne faut pas travailler sur le plat avec un licol corde ! C’est un outil qui est tout sauf conçu pour que le cheval vienne s’y poser 😀

La différence est subtile, mais c’est tout l’art du dressage : votre main n’a pas qu’un message, mais bien plusieurs :

  • redresse-toi
  • lâche un peu la nuque
  • lâche un peu le garrot
  • ferme un peu plus la nuque
  • ouvre un peu plus la nuque
  • prends un peu plus de contact
  • prends un peu moins de contact
  • etc…

Vers le cheval qui s’enferme…

Alors, même si je vous en parlais hier sur Instagram, on ne veut pas nécessairement que le cheval s’enferme, plutôt l’inverse.

Avec cette histoire de flexion verticale, le jour où vous essaierez réellement de connecter l’arrière-main au bout de devant, vous risquez (je dis bien “risquez”, ça n’est pas causal) d’avoir un cheval qui, ne comprenant pas qu’on l’invite à se poser sur le contact, s’enferme, fuyant la pression…

…Ce qui est normal, puisqu’on lui a enseigné à y céder.

Conclusion : d’abord le dos, puis la tête

A un moment donné, dans votre équitation, vous allez enseigner des demi-arrêts, vous allez enseigner à votre cheval à “céder” sa nuque.

Cependant, d’abord, vous aurez bien veillé à ce que votre cheval était actif des postérieurs, qu’il vous portait avec ses abdominaux gainés, qu’il était capable d’avoir de céder aux jambes internes des deux côtés, bref : la nuque, ça n’est probablement pas l’immédiate priorité =)

 

11 thoughts on “La flexion verticale : une fausse bonne idée ?

  1. Nous sommes tout à fait d’accord, la flexion verticale est une conséquence naturelle (et non systématique) d’un travail juste, et pas sa cause. Toujours ce problème en équitation de confondre les effets et les causes (qu’avait bien souligné en son temps Etienne Beudant) ; en revanche je ne suis pas d’accord sur le fait qu’un contact de la main soit nécessaire au travail juste. Il faut recherher l’autoposture et c’est en gymnastiquant le cheval sans utiliser de contraintes ou d’aides (au sens aider le cheval, non au sens habituel des “aides”) mécaniques qu’on y parvient.

      1. Ah… “le but ultime”, celui qu’on atteint jamais ! Très souvent invoqué pour justifier de faire le contraire de ce qu’il faudrait pour l’atteindre… Quelques cavaliers qui ont largement fait leurs preuves considèrent au contraire que l’autoposture, la légèreté ou même le rassembler sont des préalables à un travail de qualité et non des objectifs lointains.

  2. Pour qu’un cheval tende son dos, j’ai du mal à voir comment on peut faire sans contact…pour qu’il y ai une tension, il faut, c’est une loi physique, qu’il y ai une pression sur deux extrémités…. Sans contact du tout, pas de dos tendu, on ne tend pas sur du vide, non ?

    1. C’est que vous confondez tension et compression. Pour un travail juste, il est préférable que la ligne du dessus soit tendue (allongée ) plutôt que comprimée (raccourcie). Tension dans les rênes = compression de la ligne du dessus, soit le contraire de ce que l’on cherche. Bien que de formation scientifique il m’a fallu du temps pour comprendre cela et en tenir compte dans ma pratique, pollué que j’étais par ce contresens très répandu au sein du microcosme équestre. Je parle pour le cheval de selle ou d’équitation académique, par pour le cheval de sport dont il faut parfois comprimer la ligne du dessus pour bénéficier de sa détente (mais abuser de cela finit par ruiner le cheval). Bref il faut bien comprendre ce que l’on fait et pourquoi on le fait.

      1. Bonjour Fadret et Pauline

        Pourriez-vous m’aider à y voir plus clair entre la tension et la compression ?

        Pour moi la tension, c’est l’étirement de la ligne du dessus du cheval. Cette derrière s’étire au maximum pendant notamment la descente d’encolure grâce à l’engagement des postérieur et à l’abaissement de l’encolure et du bout du nez vers le bas. A ce moment-là, on a très peu de contacte dans les rênes avant de ne pas gêner le cheval donc le cheval n’est pas compressé.

        Pour moi la compression, c’est la contraction des muscle du haut dans le but d’équilibrer le cheval vers ses postérieur. On utilise la compression notamment avant un allongement afin de pouvoir ensuite laisser le cheval pousser vers l’avant. La contraction étant amené par l’engagement des postérieur et un contact plus franc au niveau du mors (sans tirer). Ce qui permet d’élever l’avant-main et d’abaisser encore un peu les hanches.

        Cependant pendant une compression avec un mise en main, est-ce que le cheval est tendu (en tension) ? En général c’est un terme qui est utilisé. l’engagement des postérieur et la mise en main qui en résulte fait que normalement le cheval dans sa ligne du haut est tendu même si elle ne l’est pas autant que lors de l’extension d’encolure.

        Qu’en pensez-vous ?

        1. Bonjour Hélène,
          Il y a des milliers de façons de désigner les choses et de réaliser des exercices à cheval.
          Tout le monde vous dira que sa façon est meilleure que celle des autres.
          Un cheval en extension d’encolure sans aucun contact aura moins de tension dans la ligne du dessus qu’avec contact.
          C’est comme un arc qu’on va tendre, il faut deux points de pression à l’entrée et à la sortie. Le dosage sera très important pour ne pas raccourcir les segments (rapprocher les vertèbres les unes des autres, comprimer les disques intervertébraux, plutôt que de les étirer loin les uns des autres). L’engagement des postérieurs sera indispensable, car sans lui, il n’y a qu’un point de pression, c’est-à-dire devant… Et c’est ainsi qu’on crée de la contraction néfaste de la ligne dorsale.

      2. La tension dans les rênes fonctionne de la même façon que l’on tend un arc (et pas comprime un arc), même s’il y a de nombreux chemins vers Rome, peut-être que le vôtre est juste, mais peut-être que le mien aussi 😉

        1. Rassurez vous mesdames, je ne cherche nullement à engager une polémique comme on n’en voit que trop sur Internet ! Je ne prétends nullement que ma vérité soit la seule et je respecte toutes les formes d’équitation pourvu qu’elles soient elles-mêmes respectueuses de l’intégrité physique et psychique du cheval. Physiquement, je crois que nous serons d’accord pour dire qu’il est important que le dos du cheval se trouve plutôt tendu (étendu) que comprimé. D’où la nécessité de chercher à le tendre (c’est à dire à l’étendre). Plusieurs postures le permettent, depuis l’extension d’encolure vers le bas le nez en avant, jusqu’au relèvement d’encolure (qui est une extension vers le haut si justement on ne tire pas sur les rênes pour la raccourcir) avec voussement des hanches. La comparaison avec un arc est parfaite, puisque quand on le bande, le dos de l’arc est tendu (étendu) et son ventre comprimé. La différence est que la tension exercée sur la corde de l’arc provoque celà, alors que la tension sur les rênes provoque l’inverse, c’est à dire la compression du dos et la tension (extension) du ventre. Il faut laisser le cheval utiliser “sa propre corde de l’arc”, c’est à dire mettre en oeuvre les muscles adéquats et non utiliser une corde ajoutée (les rênes), qui de plus a l’effet inverse de celui recherché. Pour moi les rênes ne doivent servir qu’à donner des indicatons, et non être une contrainte ou même une aide physique. J’ajouterai pour terminer qu’il faut raisonner dynamique, pas seulement statique. Il faut bien lacher la corde de l’arc pour lancer la flèche, puis le rebander pour en tirer une autre etc. Même chose pour le cheval qui doit alterner tensions et compressions pour se déplacer et, de mon point de vue, il est préférable de le laisser gérer celà lui-même, plutôt que de le gêner avec le contact. Encore faut-il lui avoir fait pratiquer régulièrement et patiemment une gymnastique lui permettant d’assumer cette gestion par lui-même sans devenir inconfortable pour son cavalier, c’est à dire dans un équilibre longitudinal et latéral adapté aux mouvements que l’on exige de lui. Personnellement je fais pratiquer cette gymnastique en main, dans l’autoposture (c’est à dire que je fais comprendre au cheval le mouvement que je souhaite plutôt que je ne le force ou ne l’aide physiquement à le réaliser). Je ne prétends nullement que ce soit la seule façon de bien faire (d’ailleurs il m’a fallu beaucoup de temps pour la mettre au point), mais c’est la mienne et croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle ( j’image souvent le résultat en parlant de mes chevaux à direction assistée, suspension hydraulique et ABS) ! Bien amicalement.

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