La diabolisation, ou le mythe de la vérité absolue

Il y a fort longtemps, lorsque j’ai créé ce blog, j’avais ressenti le besoin profond de pointer du doigt la tendance aux gourous, dans le monde équestre. Depuis, j’ai (bien heureusement) évolué. J’ai été confrontée à pas mal de chevaux, de propriétaires, d’écuries, de cavaliers, d’entraîneurs de courants variés. Sur le chemin d’une vie équestre professionnelle, en me formant, j’ai beaucoup évolué et je suis sortie des carcans rigides que j’imposais autrefois à mes chevaux. Tout cela, sous couvert d’un dogmatisme essentiellement entretenu par des activistes des réseaux sociaux.

Les chevaux, ce sujet profondément émotionnel

Serena rencontre les juments de la nouvelle prairie

Pas besoin de lire le Tao du Cheval pour comprendre à quel point les chevaux forment un sujet ultrasensible. Ils reflètent des émotions profondes chez l’être humain. Toutes les notions très complexes et émotionnelles qui découlent de la pratique équestre ont toujours une dimension très personnelle chez chaque individu. On parle souvent du cheval comme d’un animal thérapeute.

On dit également que l’équitation est une école de vie. Pas de doute là-dessus, à condition de savoir réellement écouter ce que l’animal exprime.

École de vie signifie donc émotions positives, mais également négatives. C’est ici que les gourous débarquent : quand tout va mal, qu’on est désespérés et qu’il nous faut un sauveur, un héros, un pseudo-Dieu pour nous sortir de notre enfer.

Seulement UNE personne pourra vous aider

Quand on est dans l’ignorance, que l’on manque de compétence, on va rechercher de la clarté. Exactement comme les chevaux, au passage =) La clarté, cela se traduit en langage humain, par un discours simple, unique, facile à comprendre, et qui nous semble l’unique option plausible.

S’il existe plusieurs options, on est à nouveau perdus dans un brouillard dont on ne veut plus. Avoir le choix, cela relève déjà d’un effort supplémentaire et surtout, cela signifie que l’on peut probablement échouer, en faisant le mauvais choix.

Alors on choisit quelqu’un, cette personne charismatique, souvent assez tranchée, qui semble avoir vu la Lumière. La seule personne, qui a tout compris, mieux que les autres. Parce que cette personne, voyez-vous, a lu les bons livres, ou bien parce que c’est un génie, ou bien parce qu’elle a LE truc, le feeling, le 6ème sens, le don du Ciel que les autres n’ont pas.

Diviser pour mieux régner

C’est une stratégie politique vieille comme le monde. Certains l’utilisent sans même s’en rendre compte.

Certaines personnalités vont publiquement démonter les pratiques “des autres”, sans forcément les connaître – vu récemment, des discours dénigrant Pat Parelli et plus particulièrement Linda Parelli, associant son nom à des conclusions tirées de rien, de vent, alors que la personne en question ne l’a même jamais rencontrée. Cela stimule des émotions négatives dans notre cerveau, et ça ne nous rend jamais plus sage et intelligent dans notre réflexion. Excités par l’agressivité des uns et des autres, on choisit notre camp dans l’émotivité, et on se construit des préjugés à partir… de rien.

On ne peut pas aimer tout le monde. Au sein même du monde Parelli, je suis juste atterrée de voir le sectarisme rampant d’individus pourtant réputés. C’est pas grave. Il y a tellement de choses positives à prendre, je serais stupide de m’arrêter au dogmatisme des autres.

Alors, prenons l’exemple du dressage : il y a environ autant de façon de dresser que d’humains sur terre. Nous avons tous nos subtilités. Il y a de grands courants qui s’entretuent à coup de grands discours dépassés, s’accrochant à toutes les références nobles et indétrônables existantes. On doit faire comme ci, et jamais comme ça. Sinon, c’est grave, au nom de la Bible de notre gourou.

En diabolisant les autres, puis en se proclamant comme le sauveur, l’élu, celui/celle qui a tout compris aux chevaux, que l’on parle de podologie, d’éducation, d’hébergement ou de gymnastique… On attrape dans son filet un paquet de personnes complètement paumées.

Il n’y a pas de vérité absolue…

C’est à ces personnes paumées que je m’adresse. Ne vous laissez pas berner par des discours de héros. Ne rentrez pas dans une secte, dans un dogme. Vous laisserez passer tant de choses merveilleuses, tant de portes à ouvrir pour découvrir le monde sous un nouvel angle.

Au final, je comprends ces gourous. Je les comprends, car ça rassure considérablement l’égo, d’avoir des tonnes de personne en accord avec ce qu’on dit. Cela nous donne l’illusion d’une confiance en soi, et une impression de compter. Que ce que l’on fait a du sens.

Là, j’en appelle plutôt à l’intelligence des propriétaires de chevaux. Prenez conscience de la pluralité du monde équestre : croyez-vous vraiment, que, s’il n’existait qu’UNE seule façon correcte de faire les choses, il existerait autant de courants différents dans à peu près tous les domaines liés au cheval ?

Le monde du cheval est pluriel, et c’est très bien comme ça

Cela rassurerait tout le monde qu’il n’existe QU’UNE façon de voir et de faire les choses… Or, c’est une vision extrêmement réductrice et simpliste de la complexité du monde.

La réalité des choses, c’est que l’on trouve des chevaux et des humains épanouis dans un sacré nombre d’approches différentes.

La réalité des choses, c’est que les études scientifiques montrent des faits, qui peuvent évoluer en fonction de l’échantillon, des conditions de l’étude, et des techniques d’analyse. La science, rappelons-le, n’est pas une histoire de croyance. Elle prouve des faits, jusqu’au moment où ceux-ci seront réfutés par la preuve du contraire. La science, c’est la meilleure vérité en l’état actuel des connaissances.

La réalité des choses, c’est que chaque individu apporte un angle de vue à la totalité des angles de vue.

La réalité des choses, c’est qu’un praticien nous conviendra, ou conviendra à notre cheval, mais pas l’autre.

Et c’est très bien comme ça.

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5 thoughts on “La diabolisation, ou le mythe de la vérité absolue

  1. Ce qui ne devrait pas être un prétexte pour ne pas croire en sa marnière de faire, ou en quelques vérités, avoir une opinion et la défendre… Parce que parfois c’est l’argument prétexte ultime “nous sommes pluriel chacun sa méthode” et hop des personnes qui s’enferment en face. Ou même nous même l’on n’ose plus ouvrir la bouche ou même croire en quoi que ce soi… Parce des fois il y a de meilleurs manières de faire et il ne “faut PAS de tout pour un faire monde”. C’est faux nous n’avons pas à tout prendre/avoir/tolérer pour faire “un monde”. Mais je trouve que c’est quelque chose que l’on ne dis pas assez que nous avons droit aux opinions dans le milieu équestre, de les défendre, d’en condamner d’autres, etc. Je comprends pourquoi mais on voit plus souvent des articles de blogeurs.euses qui… Prônent la diversité/modération/truc et en ce nom condamnent ceux qui osent avoir une opinion sur une manière de faire… Et donc aller débattre et/ou penser que les autres ont tort et font quelque chose de néfaste. Ce qui donne des personnes qui acceptent tout et se renient…

    Par contre la partie sur le gourou était tellement vraie et intéressante ! Des fois ce n’est même plus la méthode en soi qui est suivie mais juste the holy Jesus ! Ou encore dans les critiques quoique toute personne intègre ne devrait critiquer que ce qu’elle a essayé et sait (pas forcément lu, parce que, opinion personnelle, le livre de Parelli est tout beau tout mignon hors la réalité je déteste… Mais c’est personnel et à titre d’exemple, il y a aussi quelques R+ qui avec leurs discours jugent comme des monstres les autres là non plus ce n’est pas ma bonne solution.).
    Toutefois il y a une réalité où peu au fond de personnes peuvent véritablement être indépendantes dans leur méthode et prétendre s’éloigner vraiment des méthodes pré-existantes… Ce qui est tout à fait naturel aux êtres. Communauté + leader = survie et ce dans la majorité des espèces.

    1. Pour le coup, je n’ai pas, mais alors pas du tout le même avis.

      Au contraire, j’ai l’impression que tout est une bonne excuse pour attaquer les gens, sans les connaître, sans savoir réellement ce qu’ils font, sans avoir suivi de bout en bout ce qu’ils proposent. On choisit des termes durs, jugeants, cassants, malveillants, à la moindre seconde de vidéo, ou bien dès que quelqu’un émet un avis différent.

      Parelli en est un excellent exemple. Vous détestez la réalité, avez-vous travaillé avec lui? Ou avec un (bon) instructeur de sa méthode (certains font n’importe quoi, je l’accorde)? Je ne dis pas qu’il faut être d’accord avec lui… Je sais qu’il y a des choses discutables chez lui. Mais j’ai fait un sacré bout de chemin en Horsemanship avant d’avoir un jugement, qui plus est, équilibré. Mais le mot “détester”, je le trouve fort, et je préfère peser mes mots avant d’acter un jugement.

  2. Très bon article, que j’approuve à 100% ! (Seulement, ça ne s’arrête pas uniquement aux propriétaires de chevaux : Que l’on soit simple cavalier, professionnel, sportif, demi-pensionnaire ou juste amoureux des chevaux, on peut créer sa propre pratique équestre (à cheval ou à pied) en écoutant tout et tout le monde et en ne gardant que ce en quoi on croit.)

  3. Il est vrai que de nombreuses personnes professionnel ou non, s’imaginent omniscient. Ils savent tout et mieux que tout le monde et dénigrent les autres façons de penser et faire. J’ai eu la chance de faire une rencontre fabuleuse pour le débourrage de ma jument et il m’a appris quelque chose d’essentiel : il n’y a aucune méthode universellement bonne, il faut adapter la méthode au cheval. Je suis complètement d’accord avec cela.

    Par contre, je pense qu’il faut savoir aussi être de bon sens et arrêter de se voiler la face sur certaines pratiques en se disant qu’elles ont toujours existé et donc qu’elles sont bonnes. 🙂

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