Juger sur photo : et si nous arrêtions ?

C’est parce que je l’ai beaucoup fait, et que probablement je le fais encore, que j’essaye de limiter mes jugements sur base de photo. On peut faire ce qu’on veut, avec un média. Ce-qu’on-veut. Vidéo, ou photo… Il suffit de choisir le bon angle, de pratiquer le bon montage, et voilà : vous décidez d’une personne si oui, ou non, c’est un bon cavalier, s’il fait un bon travail, si ses chevaux sont heureux. C’est le danger de notre siècle. On condamne ou on valide sur base de… de rien, de vent.

C’est pour cela que je limite les photos et les vidéos de mon travail. Pour moi, ça ne vaut que ce que je veux bien montrer. Je préfère encore qu’on me côtoie, si ce n’est qu’une journée, pour voir comment je travaille avec mes chevaux, plutôt que de décider sur base d’un profil purement numérique si je vaux la peine d’être lue/suivie ou non. En plus, en équitation, le mouvement est quand même un facteur hyper important !

Quand j’ai eu ma période Karl à fond, je condamnais n’importe quel cavalier de dressage dont la monture ne montrait pas des canons parfaitement parallèles au trot, sans me poser aucune question. Pareil pour les extensions d’encolure. C’était comme ça, c’est tout. La logique de Karl me paraissait irréfutable. Or, je n’ai jamais pris le temps de me demander : pourquoi est-ce que d’autres cavaliers ne sont pas d’accord avec lui ? Pourquoi certains voyaient les choses sous un autre angle ? Je ne blâme pas l’Ecole de Légèreté, je me blâme moi : en raccourcissant mon point de vue à celui-là, j’ai jugé, et rejeté tous les autres.

Cette vidéo est très intéressante sur ce sujet-là :

Je le répète, on fait dire ce qu’on veut à une image… Pour avoir étudié les sciences de la communication, la sémiologie, l’histoire des médias, croyez-moi, c’est dingue comme on peut manipuler un média, parfois sans mauvaise intention.  – bon, ne devenez pas complotiste pour autant…-

Je condamnais également avec sévérité tout cheval au chanfrein derrière la verticale, sans ne faire aucune différence entre un cheval plaqué, enroulé, rollkürisé (néologisme, bonsoir), en extension d’encolure, rond et bas, ramené outré, en LDR…

Puis j’ai fait preuve de dissonance cognitive : lorsque la réalité entre en contradiction avec nos croyances, on tente de diminuer l’inconfort psychologique qui en résulte, souvent en justifiant, parfois avec mauvaise foi, la réalité, plutôt qu’en modifiant nos croyances en les adaptant à la réalité que l’on observe. Ce qui serait la bonne attitude…

Donc le jour où j’ai essayé le stretching bas et rond, plutôt que ma bonne vieille extension d’encolure karliste, et que j’ai vu mon poney se transformer sous moi, avec un dos vraiment étiré, une ligne du dessous très étirée également, j’ai eu du mal à m’y faire… J’ai même culpabilisé, alors même que l’expérience que j’avais vécue était très, très positive ! Pourtant, mon poney avait le nez légèrement en dedans, l’encolure très ronde, et tout cela, simplement en travaillant sur l’activité des postérieurs, et simplement en réceptionnant dans les mains. Bref, je n’ai pas “tiré” sur les rênes, je n’ai pas mis d’enrênement, je n’ai rien forcé, l’attitude est venue d’elle-même, et là, j’ai remis beaucoup de croyances en question.

Il est tout bonnement complètement idyllique voire naïf de croire que j’arrêterai moi-même d’émettre, consciemment ou non, un jugement sur base d’une seule photo. C’est plus fort que moi, c’est humain. Par contre, je peux éviter de brandir ledit jugement comme vérité infaillible à grands renforts de débats Facebook sur des groupes divers où, probablement, personne ne sera d’accord, personne ne s’écoutera, chacun restera renforcé dans sa conviction personnelle, en ajoutant une petite touche de jugement personnel type : “en plus, ceux-là, c’est une secte“, “ils en ont rien à foutre des chevaux“, “ils sont lavés du cerveau” bla-bla-bla (ne mentez pas, on a tous pensé ça un jour ou l’autre).

Le pire, c’est que le jour où une expérience me fera changer, ou simplement nuancer mon opinion, je me ferai attaquer également après avoir moi-même attaqué dans le passé des gens pour les mêmes raisons… Et là, je m’en voudrai, car ce n’est pas agréable de se faire juger sur une photo, sans pouvoir partager l’expérience ressentie et les bienfaits constatés. Ce n’est pas constructif, ça ne fait évoluer personne, ça renforce les divisions, ça fait perdre du temps.

Avant de tirer des conclusions sur une personnalité croisée sur le web, que ça ait l’air extraordinaire ou pas, s’il vous plaît : gardez une réserve, essayez de voir en vrai ladite personne. J’ai parfois été extrêmement surprise, négativement et positivement…

Partager l'article
  •  
  •  

4 thoughts on “Juger sur photo : et si nous arrêtions ?

    1. Entièrement d’accord, si nous ne jugions pas du tout, rien ni personne… car je suis sure que chacun fait de son mieux a chaque instant avec ses difficultés et ses connaissances du moment… je pense qu’il est très important de commencer par arrêter de se juger soi même !

  1. Très bon article et très réaliste. Je ne mets que rarement des photos de moi montée pour éviter tout débat qui sont rarement constructif et plus blessant qu’autre chose. J’évite aussi de critiquer les personnes, car je ne suis pas parfaite, mon niveau est loin d’être tip top et comme tu le dis, juger sur une photo c’est ridicule.

    Très bonne vidéo sur le trot allongé en tout cas. 😉

  2. Il y a des images qui quand même ne mentent pas. Je suis allée sur les champs de course et j’en ai tiré des photos assez alarmantes et qui malheureusement reflètent bien la réalité. J’en ai fait un article d’ailleurs.

    Mais je suis tout à fait d’accord qu’on ne peut pas juger un cavalier sur une photo ou une vidéo !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.