“Il est tellement FACILE, ton cheval…!”

Je vous préviens les gars (et les filles)(en vrai mon lectorat est féminin à environ 90%)(ceci est un appel aux hommes, s’il vous plaît, venez aussi lire des articles de poney), je suis en FORME.

Mes amis, attaquons une ou deux idées reçues bien reloues, si vous le voulez bien.

#1 : “Qu’est-ce qu’il est gentil, ton cheval !”

Vous avez envie d’agacer un cavalier qui a travaillé comme un dingue ? Cette phrase est le choix idéal.

 

 

Souvent prononcée par un incompétent complet, les poils se hérissent sur les bras de son interlocuteur. Il a environ mille argument à étayer pour contrer cette stupide remarque. Mais comme les conventions du politiquement correct et des conflits sociaux vous ont probablement empêché de le faire, laissez-moi vous aider un peu (il suffit de leur envoyer cet article, vite fait bien fait et discretos, sur Facebook – ça fera l’affaire)(je me décharge de toute responsabilité concernant la possibilité de conflit)(une bonne ambiance à l’écurie est source d’apaisement et de joie, ne l’oubliez pas).

Admettons-le, ce genre de commentaire est toujours légèrement horripilant.

 

 

Oui, car vous vous rappelez nettement bien de toutes les fois où votre séance avec Caramel relevait plus du combat de catch que d’une vidéo digne de Native Horse. Il vous a trimballé, traîné, humilié, et où vous êtes rentrés chez vous, pathétique et minable. Votre incompétence était à son apogée. Quel bonheur d’avoir balayé cette période désagréable ! Faut le dire, quand on a pigé 2-3 trucs sur notre poilu, on est bien fiers d’être parvenu à rétablir une relation agréable. On est aussi très fier de faire plein de choses avec lui, dans la joie et la bonne humeur, autant du côté poney que du côté humain. On a travaillé très dur pour qu’il soit heureux et épanoui dans toutes les manipulations du quotidien, dans le travail à pied et en selle.

Alors quand un ignorant nous balance qu’on a “de la chance”, que notre cheval est tellement “facile”, et “gentil”, avec un air envieux, notre égo vibre de mécontentement et exige qu’on lui fasse honneur. Des mois de travail, d’investissement de dingue, réduit à la tolérance de notre cheval…

Mais en fait, au fond : c’est bien de ça qu’il s’agit. Tout dépend de la tolérance de notre ami Caramel. Je crois simplement que son niveau d’acceptation varie en fonction de notre niveau de compétence. Un cheval auquel on s’adresse poliment et avec justesse sera plus enclin à s’offrir que si on s’adresse à lui comme s’il était un bien acquis. Au final, ce qu’on obtient de lui dépend en très grande partie de son bien vouloir. Pour contenter votre égo, on peut en conclure qu’au final, si notre niveau de compétence est bon, la théorie veut que notre cheval sera plus généreux, plus ouvert – même si avec du vivant, on sait tous que ça n’est pas si simple.

#2 : “Je pourrais jamais faire ça avec mon cheval, il n’est pas aussi facile que le tiens.”

 

 

Parfois, ceux-là aiment bien montrer à quel point leur cheval est fougueux et comme ils ont une superbe maîtrise des coups de cul de leur nerveuse monture. Allez, on en connaît tous un, non ? Un cavalier qui fait exprès de déclencher les foudres de son cheval… Et qui se marre, fier d’avoir “tenu” pendant la petite session de rodéo que son cheval lui a gentiment procuré. (si vous êtes concernés : sérieux, les gars, y’a d’autres moyens de se procurer des shots d’adrénaline)

Parfois aussi, j’aime croire que ceux-là prononcent la phrase comme un aveu de fainéantise. Ben si, en fait, vous pourriez faire pareil avec votre cheval. Il suffit justement de demander conseil à la personne qui fait des trucs chouettes avec son cheval… Mais vous savez d’avance que cela va demander de l’investissement en temps, en énergie et peut-être même en argent, et au final, vous préférez rester dans votre routine confortable et vous auto-persuader que c’est juste les autres chevaux qui sont plus simples.

Faut pas se mentir. Des chevaux “gentils”, ou plutôt “tolérants”, ça existe. L’ironie du sort veut qu’ils se retrouvent parfois entre les mains des incompétents… Ou peut-être que cela relève d’une logique implacable, après tout. Si l’incompétent prend un cheval difficile, ou ira-t-il…?

Chaque cheval a son propre niveau de tolérance par rapport à l’incompétence de l’humain face à lui. Certains ont un tout petit niveau de tolérance, d’autres ont une zone de tolérance extrêmement large. Dans la tête de l’humain inconsciemment incompétent, le cheval gentil est celui à la zone de tolérance large. Dans les faits, on va voir un cheval qui ne dit jamais non, qui laisse des signaux de mécontentement nettement visibles pour l’œil aguerri, mais pas pour celui qui est ignorant malgré lui – côté lecture du cheval, rares sont les personnes réellement formées. En fait, ce qui compte, c’est que ledit cheval fait tout ce qu’on lui demande, sans broncher. Disons-le franchement : c’est rarement inné. Ce sont souvent des chevaux qui ont atteint un niveau de résignation acquise bien violent et qui sont donc complètement blasés, lobotomisés, et donc facilement manipulables.

Le cheval au niveau de tolérance plutôt bas, c’est celui que personne ne veut monter au poney-club. C’est la morue, le petit con, celui qui vire tout le monde. On a tous prié silencieusement pour que le moniteur l’attribue à quelqu’un d’autre. C’est celui qui ne veut jamais faire les choses sans batailler. Bon j’exagère un peu, pour que ça soit facile à comprendre, mais vous voyez l’idée. En fait, lui, c’est juste un cheval normal : il est vivant, il a une personnalité, et il exige de se faire respecter. Deux choix s’offrent à lui : ou bien il se résigne et se calme, ou bien il changera de propriétaire. S’il a du bol, il tombera sur un cavalier compétent.

Il deviendra alors, après des mois de réhabilitation acharnée, le fameux “cheval facile”, d’un calme olympien et monté en cordelette, et ça fera rire jaune celui qui a galéré à rattraper les erreurs de ses prédécesseurs.

 

 

#3 : “Il est devenu si facile, ton cheval !”

Entendu récemment concernant Serena, jument complexe que j’ai au travail : “qu’est-ce qu’elle est DEVENUE gentille !”. Oui, d’un claquement de doigt, du jour au lendemain, la jument anciennement dragon s’est transformée en licorne. C’est simple un cheval, mine de rien.

Honnêtement, c’est pour moi un superbe compliment, adressé un peu maladroitement. Serena a toujours été “gentille”. Seulement, je n’avais pas forcément encore atteint un statut assez haut dans son estime pour qu’elle me montre sa meilleure facette. Un cheval, contrairement à un chien, aime rarement inconditionnellement. On mérite leur amour. Eh bien si j’ai gagné l’estime de Serena, c’est que j’ai bien fait mon boulot. Alors quand on me dit qu’elle est gentille, c’est le plus beau compliment que l’on puisse faire à mon travail. Serena n’est pas gentille ou méchante… C’est un cheval qui se fait respecter, et pour ça, elle a mon admiration éternelle.

Il s’avère que lors du Masterclass de Linda Parelli, cette problématique (si l’on peut considérer qu’il s’agit d’un problème) avait été abordée. Linda a expliqué très justement que nous devions apprendre à recevoir ce genre de commentaire comme un compliment extraordinaire. Si l’on vous répète que votre cheval est si sympa, si facile… C’est que vous avez bien bossé. Vous devriez même voir cela comme un signe de succès !

Trifine, jument de trait mise en dressage

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11 thoughts on ““Il est tellement FACILE, ton cheval…!”

  1. Je ne peux qu’être d’accord avec ton article !
    Personnellement, je bous intérieurement quand on me dit que mon poney est “facile” et que c’est “pratique”, et que je suis “chanceuse” parce que c’est le genre de poneys “gagnants” en compétition.
    Euh… On en parle des soirs où je pleurais parce que je m’étais faite traîner comme en cerf volant, du fait que j’ai eu à une époque, peur de le monter seule, et des moments où j’ai douté de mes compétences ?
    Mais paradoxalement, ça me rend aussi fière, fière parce que je sais que tout ce qu’il a (bien) apprit, c’est aussi grâce à moi, à grand renfort de confiance et d’éducation.
    C’est contradictoire comme pensées, mais je me reconnais bien dans ton article !

  2. Je viens d’avoir droit au “Je trouve qu’elle n’a pas changé”…
    Euh, en 15 mois, rien? Genre vous vous rappelez que c’était la jument dont personne voulait au club? Et quand je dis qu’elle m’a quasiment pas fait de crasse de tout ce temps, là ils sont surpris… Genre elle a pris 50 kilos, mais non elle est pareille qu’avant?
    Quand moi je vois comme elle est devenue plus expressive, plus sûre d’elle, plus complice? Bref, je vais retourner profiter de ma jument et plus les écouter je crois.
    (Autrement dit, cet article est très vrai 😀 )

    1. Peut-être qu’ils sont encore plus dans le déni que ceux qui répètent à quel point “il est facile ce cheval” ^^ ? après tout, si ta juju était complexe avant, ils ont peut-être les boules d’admettre que ça n’est plus la même…

  3. Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse. Tu as réussi à obtenir ce que tu voulais grâce à ta patience, ton intelligence, l’analyse de ton cheval, ta gentillesse et tes compétences. Bref, tu as le cheval que tu mérites après tout, non?
    Je te propose de répondre ça la prochaine fois «Oui, mon cheval est top, on a le cheval que l’on mérite». Qu’en penses tu?
    Er bravo à toi si tu as un cheval facile 😉

  4. Je n’ai pas de cheval mais j’entends ça avec mon chien qui a 8 mois et qui se fait aimer de tout le monde tellement il est “gentil” … Certes il a bon caractère, mais ça fait aussi 5 mois qu’on vit avec 24h/24 et qu’on bosse avec lui pour qu’il prenne de bonnes habitudes et “oublie” les mauvaises ! Même si on part d’une bonne base, il ne faut jamais oublier le boulot qu’il y a derrière pour réussir à ce que le “bon” côté s’exprime plus souvent que le “mauvais”.
    Quant aux chevaux, je ne suis pas d’accord avec toi : les chevaux “chiants” sont souvent bien plus intéressants à monter ^^ Certes, avec les “gentils”, on réussit, mais on ne progresse pas vraiment parce qu’ils n’exigent aucune remise en question. Je préfère donc de loin les “compliqués” (dans la limite où ils ne sont pas dangereux), je galère mais au moins ça me fait réfléchir et même si je sors de la carrière en râlant, j’arrive toujours à trouver quelques éléments positifs dans la séance. Hélas, ma monitrice l’a bien compris ^^
    Merci pour cet article très juste en tout cas !

  5. MERCIIIIIIII
    Oui, j’ai lu ton article en rigolant avec z’hom dans mon dos (il a lu lui aussi). Z’hom m’a fait cette réflexion il y a peu de temps : “Pff, Ganesh, il fait tout ce que tu lui demandes!” du coup maintenant il corrige mon orthographe : chacun sa compétence 😉
    Superbe ton cheval!

  6. souvent victime de ça avec le Gros … tellement que ça a provoqué un accident !
    le Gros ne bouge pas, ne réagit à rien, jamais !
    en extérieur on avait fait monter 2 amis avec un petit niveau sur nos chevaux que l’ont tenait. mon amie a pris de retard et sans m’avertir à fait trotter sa jument. Elle l’a lachée pour qu’elle puisse trotter et la jument a attéri dans le cul du Gros … qui est parti au grand galop plein gaz ! impossible de le retenir, le cavalier à terre mais heureusement sans bobo, le Gros en liberté .. .bref panique à bord ! l’excuse ? “oui mais il dit jamais rien j’aurai jamais pensé qu’il réagisse comme ça !”
    bah oui mais aussi mou qu’il soit ça reste un cheval ! et qui dit cheval de selle, dit cheval “à sang chaud”à la base, on est jamais à l’abris de rien !

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