Être propriétaire de cheval, ce job à temps plein

Ça fait longtemps que j’ai envie d’écrire sur la vie de propriétaire de cheval. Ce sont des problèmes, des peines, mais aussi des joies qu’on tire de ce statut et des responsabilités qui en découlent. Aujourd’hui, toutes mes activités, professionnelles et aussi personnelles, découlent de ce besoin d’améliorer la vie des propriétaires de chevaux. Ce besoin prend source dans mes propres expériences, également dans celles de mes élèves, de mes coachs, de mes amis… Mais surtout dans les chevaux qui entourent ce beau monde.

C’est un peu comme être un parent avec des enfants…

…Mais sans la sécurité sociale en cas d’hospitalisation, cf. true story. L’acquisition d’un cheval engendre un nombre de responsabilités parfois accablantes. Vous devenez responsable du bien-être de votre cheval. La conséquence ? D’interminables prises de tête, des recherches sans fin, un porte-monnaie qui fuit, une grosse partie de votre temps est maintenant consacrée au poney, et un nouvel ordre de priorité est à mettre en place.

Avoir un cheval, avoir un enfant : même délire ? On en est pas loin… Pour de nombreux propriétaires, leurs chevaux occupent une place centrale de leurs vies, au grand désespoir de la famille et des petits copains qui sont pas toujours ravis d’être relégués au second rang (spéciale dédicace, Raphaël). Vos chevaux ont besoin de vous, pour être soignés s’ils sont malades, pour être nourris correctement, pour s’épanouir dans un lieu de vie adapté, etc. Tout cela, sans même compter l’investissement en temps, en argent et en énergie si vous avez des objectifs de travail, ou d’entraînement élevés.

Être propriétaire de cheval, c’est mettre en place une synergie positive

Le job considérable du propriétaire de cheval, c’est de gagner en expertise et d’atteindre un point où l’on devient apte à détecter ce qui va, ce qui ne va pas, et qui appeler dans quelle situation. Cela prend des années d’expérience avant d’être véritablement opérationnel. Avec parfois, une perte de temps, d’argent et d’énergie considérable si l’on n’avait pas toutes les cartes en main dès le départ. C’est aussi pour cela que je travaille sur un projet de plateforme pédagogique. Pour faciliter tout ce processus, et passer plus de temps à faire ce qu’on aime en gérant efficacement les problèmes qui surgissent.

Le job consiste à mettre en place un système, un cercle vertueux de gestion de notre cheval. On doit parvenir à la compréhension de notre cheval comme un système, et pas comme des entités séparées. Un problème de pied, n’est pas forcément un problème de pied. Un abcès, par exemple, peut-être une réaction à un vaccin, ou bien la sortie de toxines accumulées dans un précédent environnement non-adapté. Un cheval qui perd du poids a peut-être des problèmes de dents, de digestion, ou tout simplement de dépression. Un bon propriétaire perçoit tout le système et est capable de voir quelles pièces du puzzle peuvent être atteintes, et dans quel ordre les vérifier.

Propriétaire malheureux, cheval malheureux

J’ai longuement pensé que je devais toujours plus sacrifier mon propre plaisir pour rendre mon cheval heureux. C’était quand je fonctionnais sous le paradigme de la culpabilité, une des tendances de la planète cheval au naturel – et dont je parlerai dans un autre article. A force de gagner en expérience, de me former auprès d’excellents professeurs, d’avoir des chevaux très différents entre les mains, et d’enseigner à des humains de niveaux et de psychologies variés, je réalise à quel point j’étais dans le faux.

Sans entrer dans un débat, j’ai constaté que parfois, des chevaux dans des conditions optimales étaient malheureux. J’ai observé des chevaux dans des cadres non-idéaux, sans être mauvais, qui étaient bien plus épanouis et heureux.

Les chevaux ont une sensibilité et une conscience émotionnelle très développée ; tandis que nous, nous essayons toujours plus d’éteindre nos émotions, cachant ainsi notre mal-être au plus profond de nous-mêmes. Mais vos chevaux, eux, perçoivent avec aisance ce mal-être, que vous, vous ne sentez même plus.

Si vous êtes malheureux, frustré, agacé, votre cheval s’imprégnera à sa façon de cette négativité. Certains font le choix de vider leurs peines avec leur cheval. Je ne suis pas toujours de cet avis. D’où l’utilité d’aller du côté du développement personnel, pour améliorer notre quotidien et celui de nos chevaux.

Un propriétaire heureux, épanoui, pose déjà les bases du bonheur de son cheval. C’est exactement comme les enfants, qui apprennent par mimétisme. On lit souvent sur des blogs spécialisés en parentalité positive, que la meilleure façon d’avoir des enfants épanouis et heureux, c’est de l’être soi-même… Pour les chevaux, à quelques détails près, on se rapproche de cette idée – bien que ça ne soit pas simple.

Un bon compromis

En fonction du niveau de conscientisation du propriétaire, on peut imaginer une espèce d’échelle du sacrifice de soi. Quelque soit le niveau de la personne, il y a ceux qui sacrifient tout plaisir au nom du bien-être de leur cheval, et ceux qui font précisément l’inverse. L’idée, c’est de trouver un bon équilibre, et de ne pas s’oublier au profit de notre cheval, car, big news : si vous n’êtes pas épanoui, il va manquer une sérieuse pièce au puzzle ! Tout est une question de compromis, et de synergie positive.

Avant, quand je parlais sous l’angle de la culpabilité, j’avais tendance à encourager les cavaliers à mettre en priorité leur cheval, coûte que coûte. Aujourd’hui, je souhaite légèrement nuancer. Certes, il me semble indispensable de respecter ses besoins et comportements naturels, de toujours mieux se former pour être sans cesse un meilleur humain pour son cheval. C’est ce qu’on lui doit, je crois. Par contre, j’essaye de valoriser l’idée de compromis positif. Les 2 membres de l’équipe doivent s’y retrouver. Si l’un des deux n’est pas en équilibre, c’est une sérieuse défaillance dans un couple – où, par définition, le système ne fonctionne qu’à deux.

Être propriétaire d’un cheval, c’est une folie douce et audacieuse

Lorsqu’on achète un cheval, je ne pense pas qu’on réalise dans quelle aventure on s’embarque. A moins d’en avoir eu avant, généralement, on est loin d’imaginer toutes les péripéties qu’on va potentiellement rencontrer. C’est dur. C’est parfois épuisant. Mais les merveilleux moments qu’on vit avec nos chevaux au quotidien valent toutes les galères.

Pour moi, être propriétaire d’un cheval, c’est faire preuve d’une folie pleine d’audace. C’est une folie, soyons clairs. On y met des montants qui choquent n’importe quel humain non-cavalier, on y consacre un temps démesuré, notre esprit tout entier est complètement obsédé par nos chevaux.

Mais la valeur de ce que nous apportent les chevaux est absolument inestimable. C’est pour cette raison qu’on donne tant de soi, pour eux. 

Avoir un cheval, la meilleure école de vie du monde (avis 100% subjectif)

Le cheval nous apprend tellement de choses… Les relations avec autrui. La place de votre bonheur. Les responsabilités. Le sacrifice de soi, mais également apprendre à recevoir. Prioriser. Gérer l’inconnu et l’attendu. Savoir profiter des moments heureux. Vivre le moment présent. Transformer des problèmes en challenges. La rigueur, le travail. L’épanouissement.

Le cheval vous apprend à vivre, de la façon la plus délicieuse qu’il soit.

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One thought on “Être propriétaire de cheval, ce job à temps plein

  1. Bel article ! Moi aussi je suis souvent dans la culpabilité avec mon cheval, il fait un temps épouvantable dehors, je me dit qu’il serait mieux au box, alors je le mets au box et je me dis mince le pauvre, il est enfermé … Ce qui est difficile c’est que le cheval ne parle pas ( en tout cas, on n’arrive pas toujours à lire ce qu’il aimerait nous dire). ça serait tellement plus simple s’il pouvait me dire ” Hey Aurélie, il caille dehors, j’ai pas encore un super poil d’hiver, tu pourrais me rentrer au box juste pour cette nuit ?”. J’ai entendu une étude intéressante qui disait que la plupart des gens sont plus en phase avec un choix qu’ils ont fait dans la vie quotidienne quand ils se lavent les mains ensuite. Alors maintenant je fait ça, avec mon cheval comme dans la vie, quand j’ai une décision importante à prendre, je n’ai que 2 choix, alors une fois que j’ai choisi, je me lave les mains, et on en parle plus. Il suffit de ce dire que peu importe le choix que l’on fait, on fait toujours le bon !!
    Sinon, je suis complètement d’accord avec toi que pour que le couple fonctionne bien il faut que chacun, cheval comme cavalier, y trouve son compte !
    Commentaire un peu long, désolé 🙂 A bientôt Aurélie

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