Ethomagie, clicker, bisounours… Comment en arrive-t-on là ?

Dans la continuité d’un précédent article sur l’utilisation des friandises, je souhaite faire une petite synthèse des approches éducatives “alternatives” existantes à ce jour. Comme un petit bilan, pour voir où se situent vos affinités personnelles… Et peut-être aller plus loin dans une approche qui vous fait de l’œil.

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Avant de partir dans des débats enflammés sur Facebook, avant de juger celui qui vous confronte, avant de distribuer des points d’approbation sous forme de “likes”, essayons de se mettre dans la peau de l’autre. Nous prenons tous des chemins différents. Nous avons tous une perception unique des choses. Croire que notre façon de faire est la meilleure, c’est se fourrer un sacré gros doigt dans l’œil. Notre approche personnelle nous convient, à nous, elle peut convenir à d’autres, mais pas à tout le monde. Tant que les chevaux ne sont pas maltraités, on peut accepter ça, non ? 🙂

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Comment passe-t-on de l’approche club équestre du cheval, à l’éthomagie, au clicker, voire carrément à l’arrêt de l’équitation ? Que peut-il bien se produire dans la tête d’un tel Bisounours pour en arriver là ?

C’est un cheminement. Une réflexion. Une évolution, personnelle, en tous points.

Pour beaucoup d’entre nous, c’est d’abord un manque. Un manque de compréhension du comportement des chevaux qu’on monte, qu’on côtoie au club. Comme un flou artistique  sous-jacent, qui ne se clarifie jamais. C’est aussi le désir de faire mieux, de rendre la relation plus claire, plus agréable, d’améliorer le bien-être du cheval – qu’on aime avant tout pour ce qu’il est : un cheval. On va donc chercher ailleurs…

Peut-être d’abord auprès de coachs dans l’équitation classique, mais de qualité. Qui ont le sens du cheval. Qui sont animés d’un sens éthique fort. Il en existe plus qu’on ne le croit, toutefois, faut-il qu’on connaisse leur existence et qu’ils soient accessibles. Seulement ici, j’aimerais parler de “l’alternatif”, donc je ne me focaliserai pas sur le classique (les lecteurs habitués sauront toutefois que je pratique moi-même une discipline classique avec assiduité et que je n’ai pas la volonté d’opposer les méthodes, mais de les combiner).

Peut-être allons nous aller encore plus loin, à la recherche d’une façon fondamentalement différente d’approcher le cheval, de l’éduquer, d’envisager la communication avec lui. Plusieurs options s’offrent à nous…

  1. L’éthomagie

La Cense, Parelli, Firfol, Andy Booth, et il y en a encore beaucoup d’autres…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces méthodes se basent sur le renforcement négatif.

La Cense s’inspire d’une méthode Parelli vieille d’il y a… 10, 20 ans, qui n’a pas pris en compte l’évolution de la méthode Parelli qui est phénoménale. De mon point de vue, il faut bien distinguer les deux, tout comme il faut maintenant bien distinguer Andy Booth de La Cense. D’un regard extérieur, on rassemble tout dans le même sac, mais en réalité, chacune de ces approches possède ses propres subtilités.

Personnellement, je me retrouve énormément dans le Horsemanship de Parelli. Je sais que je risque de m’attirer les foudres de quelques-uns en disant cela, mais pour moi, le Parelli Natural Horsemanship n’a aucun rapport avec ce que propose La Cense. La Cense propose de travailler selon une progression quasiment universelle, enchaînant les exercices à connaître les uns après les autres, selon le principe du renforcement négatif. Pour moi, c’est déjà très bien : cette méthode permet déjà d’envisager autrement l’approche du cheval, de construire sa technique en termes de renforcement négatif, de timing, ce qui permet d’améliorer la communication avec le cheval.

Le Natural Horsemanship de Parelli va beaucoup plus loin. Outre la progression universelle qu’on observe dans les Level 1, 2, 3, 4, au travers des 7 jeux (déclinables à l’infini), la manière d’arriver à la progression, elle, s’appuie sur les horsenalities (cerveau droit/gauche, extraverti/introverti). Je vois déjà de loin certains crier à la honte de classer les chevaux dans des cases… Le concept est bien plus subtil que vous ne le croyez. On prend le cheval tel qu’il est, à un instant T, et on adapte la façon d’amener les exercices tout en ayant conscience de sa horsenality de base. C’est un vrai travail de lecture du comportement du cheval, qui demande d’adapter notre stratégie pour obtenir ce que l’on cherche (un cheval calme, connecté, et réactif).

On tombe vite dans un écueil fréquent chez Parelli : apprendre un répertoire d’exercices spectaculaires pour épater la galerie. Or, lesdits exercices ne sont qu’un moyen d’améliorer la communication, la relaxation, la responsabilité, l’autonomie du cheval. Ce sont des challenges techniques, mais aussi et avant tout psychologiques. Parfois, on voit des couples capables d’exécuter des exercices d’un Level 3/4, sans toutefois pouvoir obtenir ledit Level, car le cheval est totalement contraint, manifeste sa tension (queue qui fouaille, visage contracté), tandis qu’on voit des couples plus modestes, où le cheval participe avec volonté. Bref, tout l’intérêt de cette approche, à mes yeux, c’est qu’on s’intéresse à ce que ressent le cheval. On cherche à le faire réfléchir. Oui, on passe par des moments très fermes, c’est loin d’être Bisounoursland. Mais ces moments sont très calculés, n’arrivent pas au hasard et il est essentiel d’être coaché pour apprendre tout ça. On veut qu’il devienne acteur de la discussion, pas une machine à exercices incroyables qu’on pourra compiler et mettre sur Youtube (ça, c’est la cerise sur le gâteau si le cheval est acteur). L’objectif, à terme, c’est une conversation menée à 51% par le cavalier, et à 49% par le cheval. Pour ma part, Parelli m’a permis de différencier le trick training (on voit beaucoup de chevaux conditionnés à jouer, par exemple), la résignation acquise (pour le coup, il y en a beaucoup en éthologie !!), du cheval acteur et relaxé.

On voit une grande déclinaison de l’éthomagie. Ce qu’il est important de savoir toutefois, c’est que les concepts qui accompagnent l’interprétation de l’équitation “éthologique” sont scientifiquement faux. La dominance inter-espèce n’existe pas. Il n’y a pas un seul leader dans un troupeau. Un cheval dit “cerveau gauche” n’utilise pas principalement son cerveau gauche. C’est une image. Il faut garder cela en tête : ces concepts, de mon point de vue, permettent d’imager clairement pour le cavalier, mais ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Ça n’empêche pas que la méthode peut considérablement améliorer la relation.

Ces méthodes basée sur du renforcement négatif connaissent tout un tas de dérives que certains se feront très certainement un plaisir de souligner en commentaire 😀 J’ai envie de dire, comme TOUT dans la vie, tout dépend de COMMENT c’est utilisé…

 

2. Le monde du positif

L’éducation positive, le clicker training… Là encore, les écoles sont nombreuses.

 

Alexandra Kurland
Georgia Bruce

Dans certaines branches, comme celle d’Alexandra Kurland, on veut arriver à terme à une pratique équestre classique (dressage, par exemple), mais avec une approche différente : celle du clicker. Dans la même veine, on peut aussi évoquer Georgia Bruce. L’idée est de capter les comportements désirés et de les récompenser, et non plus de réprimander les mauvais comportements. Le clicker suit une méthodologie très précise de construction de l’exercice, en passant notamment par le leurre ou le shaping, avec beaucoup de travail en contact protégé au début, notamment chez Kurland.

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Le leurre, par exemple chez les chiens, consiste à utiliser la friandise comme “aimant” : pour apprendre à votre chien à se coucher, vous glissez la friandise devant son nez jusqu’au sol, et il reçoit la friandise une fois qu’il s’est couché, sans même s’en rendre compte. Pour le shaping, c’est en fait un mot pour désigner quelque chose que l’on fait également en équitation classique et même en horsemanship, seulement, en clicker/éducation positive, on décompose beaucoup plus.

Le shaping, ça consiste à décomposer un exercice pour arriver au résultat final : par exemple, on arrive au pas espagnol en apprenant d’abord la jambette sur une jambe, puis sur l’autre, puis avec un pas, puis deux pas… En clicker/éducation positive, on décomposera bien plus, ce qui rend l’apprentissage encore plus facile et plus fluide pour les animaux.

On ne va plus exiger comme en renforcement négatif : c’est le cheval qui choisit ce qui rapporte, ce qui le place encore plus au centre de la conversation. Cela implique toutefois la mise en place d’un signal, pour éviter les dérives fréquentes du renforcement positif, comme le cheval qui s’obstine sans réfléchir à donner toute la galerie d’exercice qui d’habitude, “rapporte”. Cette approche implique un management très important de l’environnement, puisqu’au début de l’apprentissage, il faut toujours faire en sorte que le cheval soit dans les meilleures dispositions pour présenter le comportement désiré.

Si le clicker est un outil de renforcement positif, l’éducation positive implique un changement complet de toute l’approche éducative. On peut certes utiliser le clicker, mais toute notre façon d’interagir avec les animaux est différente. On voit fréquemment, par exemple, des cavaliers utilisant essentiellement le renforcement négatif, utiliser ponctuellement le clicker : c’est par exemple un outil extraordinaire pour les soins. Cependant, celui qui décide d’opter pour l’approche éducative positive n’utilise plus du tout de renforcement négatif (peut-être sauf en cas d’urgence) dans toutes ses interactions avec le cheval. Cela implique une révision totale de nos comportements avec les chevaux.

3. Le véganisme

Dans d’autres branches, qui vont encore plus loin dans la réflexion, on repense entièrement notre rapport au cheval. On élimine l’équitation telle qu’on la connaît, on repense le rapport au cheval. On peut refuser de monter sur le cheval, ce qui se justifie pleinement : en quoi avons-nous le droit de monter dessus ? De lui imposer une discipline sportive ? Voire même de lui imposer des exercices de cirque ? Je comprends entièrement ce point de vue, que je trouve cohérent. Je ne suis pas allée aussi loin, en revanche. Mais il est important d’indiquer son existence.

Je pense que le véganisme est une bonne représentation de ce mouvement. Toutefois, il existe des personnes ni véganes, ni même végétariennes, qui ont arrêté de monter à cheval pour les mêmes raisons.

La conclusion… On fait quoi ?

Je tiens à souligner qu’il n’existe jamais de BONNE réponse.

La seule BONNE réponse, c’est celle qui vous convient le mieux, qui s’affirme comme le meilleur compromis entre vos envies, vos désirs, et votre éthique, votre conscience.

Ne cherchez pas à faire comme les autres. Ne cherchez pas à vous conformer à un comportement idéalisé sur Internet. Construisez votre PROPRE approche, créez votre façon de faire, sur bases de faits, plutôt qu’uniquement sur bases d’idées.

Les idées inspirent une approche, et les faits la consolident dans son essence.

 

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