Et si vous vous mentiez ?

Et si vos croyances vous empêchaient de voir les faits tels qu’ils sont ? Et si, sans même vous en rendre compte, vous vous mentiez à propos de vos choix équestres ? Comment se crée une croyance ? Comment dépasser tout ça ? Peut-on même avoir un regard réellement subjectif sur les choses…?

Quand vos émotions deviennent le Hitler de votre cerveau

Pourquoi le monde équestre est-il atteint d’agressivité récurrente…? Les poneys, c’est un truc de timbrés de passion, et donc d’émotions très fortes… Les meilleures potes des croyances dures à défaire.

Je vais vous raconter une petite histoire.

Prenons une des croyances les plus charmantes et humanistes qu’il soit : les immigrés sont une menace, ils sont source d’insécurité et nous volent nos jobs.

Si vous grandissez dans un environnement qui entretient cette croyance, probablement que vous côtoierez des grands discours enflammés lors de la dinde de Noël, générant grandes émotions de peur, d’inquiétude, et de colère. Vous serez (peut-être) marqué par ces émotions, et (peut-être) qu’étant jeune et naïf, vous commencerez à y croire un peu… Après tout, pourquoi l’oncle Jean-Jacques serait-il aussi fâché contre les immigrés ? Ils ont bien du faire un truc de salopards… Alors, votre cerveau va commencer à filtrer les informations sous l’angle de la dissonance cognitive. Vous ne retiendrez QUE les informations associant les immigrés à des salopards violeurs de jeunes filles et qui piquent les boulots des pauvres ouvriers français. Vous ignorerez sans même vous rendre compte toutes les infos positives à leurs sujets… Ah, il avait donc raison, Jean-Jacques !

On rentre alors dans un engrenage où, si vos émotions sont fortement stimulées par cette injustice, vous finirez par carrément CHERCHER les infos connotées négativement.

Bravo, vous avez créé et entretenu une croyance.

“Moi je crois pas en l’éthologie”

C’est pareil avec tout ce qui est sujet à émotion et débat : végétariens, écologie, patrons, business, etc.

Dans le cheval, voici un petit florilège des sujets qui font exploser le compteur à émotions chez beaucoup :

  • pieds-nus / fers
  • mors / sans-mors
  • prairie / boxe
  • renforcement + / renforcement –
  • “étho” / classique
  • couverture / pas couverture

On peut encore en citer tout un paquet. Alors, maintenant : qui a raison ?

Je vais prendre mon exemple car j’ai fait magnifiquement preuve de dissonances cognitives et je les découvre aujourd’hui… Typiquement, voici la croyance que j’avais formé :

Le cheval est fait pour vivre 24/24 et 7/7 en extérieur en troupeau. Le boxe est à bannir et est un mal quelques soient les circonstances pour mes chevaux.

En soit, vous allez me dire que scientifiquement, c’est vrai, blabla, et me sortir une étude (voir point suivant). Minute, papillon. J’ai pas fini.

Donc en soit, ça n’est pas entièrement faux ! Mais ça n’est pas universellement vrai non plus. Mes chevaux sont aujourd’hui dans une pension boxe / prairie et je m’inquiétais beaucoup de leur adaptation. Après plusieurs mois, voici les constats factuels faits :

  • meilleure forme physique notamment de Jazon
  • meilleure forme mentale
  • repos complet au boxe qui était plus rare en prairie
  • aucun signe de stress lisible (stéréotypies, manifestations de stress, résignation, etc.)

Alors évidemment, le message que je veux faire passer ici, c’est qu’en gros, je m’étais accrochée à une croyance, alors que finalement, mes chevaux manifestent + de signaux de bien-être que dans le précédent mode d’hébergement. Bien sûr, ça dépend du boxe, du temps passé en prairie / boxe, de l’environnement, et d’énormément de facteurs.

Autre croyance personnelle :

Les fers sont le mal absolu et les chevaux sont faits pour être pieds-nus.

J’ai ferré Trifine il y a un mois. J’ai persévéré pendant 4 ans de problèmes de pied très importants, à ne jamais céder à la pression de mettre des fers suggérée par le corps médical, puis… Après avoir ouvert un peu les yeux, j’ai réalisé que je n’avais plus de solutions. J’ai ferré en ayant peur de la suite, en maintenant ma croyance de l’impact du fer sur les articulations et la structure interne du pied.

Mais je me suis rendue à l’évidence : Trifine revit et n’a jamais été aussi bien. Elle est confortable, dix fois plus qu’avant.

J’ai donc créé une nouvelle croyance basée là-dessus :

Si les chevaux devraient être idéalement pieds-nus, il est possible que les fers soient requis dans des cas pathologiques comme celui de Trifine.

En bref, et si tout cela était une construction de mon mental ? De ma propre perception du monde ? Et si c’était le cas pour absolument chaque individu… Où est la vérité vraie, alors ?

C’est là où il va falloir se mettre sérieusement dans le crâne que ça n’est JAMAIS aussi simple.

Comment se donner raison facilement : sortir une étude scientifique !

Ouuuuh je vous prépare un petit article pas dégueu dégueu sur ce sujet-là en particulier. On va quand même teaser un peu, sinon c’est pas drôle.

Vous avez déjà vu passer une étude affirmant que le mors fait plus de dégâts que le sans mors ? Probablement.

Vous avez déjà vu passer une étude condamnant totalement les fers ? Probablement.

Vous déjà vu passer une étude condamnant totalement les couvertures, les muserolles, les selles avec arçons, certains types de sangle ou de méthode éducative ? Certainement.

Et maintenant :

1) 60% des personnes partagent des articles SANS MÊME AVOIR LU ledit article.

2) Seulement 35 à 41% vont lire une partie de l’article (même pas en entier).

Donc une étude scientifique, qui n’est pas écrite comme un roman de J.K Rowling, comment vous dire…

Qu’on se le dise tout de suite : comme dans tout monde d’humain, tous les scientifiques ne se valent pas, et toutes les études non plus. Il y en a faites méticuleusement avec un échantillon réfléchi aussi subjectivement que possible, se basant sur des lois statistiques aussi éloignées de la subjectivité de l’examinateur que possible. Et il y a les autres, complètement biaisées de bout en bout, affirmant des résultats universels et généralisables à tous.

Ça n’est pas parce qu’un “éthologue” a dit ceci ou cela basé sur telle étude que personne n’a même pris le temps de lire que c’est vrai. Même en France, on a quelques exemples un peu dangereux de “scientifiques” qui affirment des choses graves, 100% basées sur leurs croyances, et qui utilisent des études faites à l’arrache pour promouvoir leurs croyances.

Donc les corrélations foireuses, c’est un truc qui commence à me tendre légèrement.

Le site Spurious Correlation fournit des exemples très rigolos. Ici, la corrélation INCROYABLE entre le nombre de personnes qui se sont noyées dans une piscine et le nombre de films où Nicolas Cage est apparu entre 1999 et 2009. Coïncidence ? Je ne crois pas… Un véritable complot judéo-maçonique !

Est-ce grave ? Franchement, oui. Cela rend les gens hyper faciles à manipuler.

Pourquoi ?

Votre cerveau, cette énorme feignasse

Le cerveau humain est une machine incroyable, mais comme les muscles de votre corps, il faut l’entretenir pour qu’il reste en forme.

Concrètement, plus vous êtes passifs, moins vous fournissez d’efforts de réflexion, plus votre cerveau est une grosse feignasse qui peut, petit à petit, vous rendre un peu débile. En gros, il va tout faire pour rationaliser le plus simplement possible lorsqu’il est face à une situation qui contredit ses croyances initiales ou qui le met en forte émotion.

Un peu comme un ordinateur qui bug quand on fait deux commandes en même temps… “Y’a un truc qui va vraiment pas, c’est pas possible, j’y crois pas.” DONC pour rationaliser, il va mettre la faute sur quelqu’un, quelque chose, ou trouver un biais inventé de toutes pièces pour expliquer d’une façon qui maintient sa croyance initiale intacte. On voit ça beaucoup en commentaires Facebook d’ailleurs 😉

La croyance est souvent plus forte, car elle est déjà là, bien au chaud dans votre petit cerveau chéri d’amour. Elle est confortable, elle est installée, et le cerveau a accumulé suffisamment de preuves ou d’expériences (peut-être totalement biaisées cognitivement comme expliqué ci-dessus mais le cerveau s’en contre fiche) qui soutient cette croyance, la rendant indéniablement solide.

C’est exactement pour ça que la vidéo est un média qui est beaucoup plus attractif que le texte, d’où l’explosion des chaînes YouTube et la diminution progressive des blogs. La vidéo intègre généralement un humain, avec ses expressions faciales, sa voix, ses idées, des images et de la musique qui vont conférer des émotions plus vite et plus facilement qu’un texte. Ça ne veut en aucun cas dire que le texte n’est pas capable de fournir des émotions extraordinaires… Cela nécessite un effort mental plus important, plus actif que la vidéo.

Conclusion : lisez, réfléchissez, sortez de votre zone de confort mental, si vous tenez à votre intelligence. Et arrêtez de croire tout ce qu’on vous dit.

3 thoughts on “Et si vous vous mentiez ?

  1. Bonsoir !

    Encore un super article, plein de bon sens, de recul… vous tournez vos articles toujours en dérision sans qu’on se sente coupables et c’est un plaisir de vous lire à chaque fois ! Cela nous pousse à réfléchir sans jugement sur nous même

    J’avais beaucoup aimé votre article sur la difficulté à trouver une bonne pension, comme vous semblez avoir trouver un endroit où vos loulous se sentent bien je suis ravie pour vous 3 ! Simple curiosité, ils sont rentrés au box à quelle fréquence ? uniquement en hiver ou le soir également en été ? ou c’est plutôt x mois paddock et x mois en box ?

    Bonne soirée et à bientôt ! 🙂

  2. Comme toujours, un article particulièrement juste ! J’en ai fait l’expérience récemment, au sujet de la couverture. J’avais un schéma basique à savoir un cheval dehors = sans couverture (sauf en cas de -10°C ou de travail intensif). AHAH. J’ai couvert ma jument hier alors qu’il fait relativement chaud dans ma région (Bretagne donc on tourne aux alentours de 5°C actuellement), que ladite jument a son poil d’hiver donc selon mes croyances, parfaitement adaptée à affronter n’importe quelle condition météorologique. Sauf que non. Ma jument avait froid. Parce que l’abri naturel des arbres de son pré est inefficace, parce qu’il pleut à répétition et qu’elle n’a pas le temps de “sécher” donc l’humidité s’infiltre petit à petit et peut-être pour encore d’autres raisons que je ne sais pas voir / que je ne connais pas. J’ai donc dû transiger sur mon idéal du cheval “tout nu” et me résigner à lui mettre une couverture, rentrant dans la catégorie de personnes que j’ai doucement raillés comme faisant un anthropomorphisme de bisounours (mon cheval a froid, il préfère la chaleur …). Voilà. L’adaptation et la remise en question, tout un programme !

    1. Ah mais ça c’est vachement intéressant car il m’est arrivé exactement pareil il y a deux jours avec Jazon, qui a un poil d’ours… Et je l’ai couvert pour affronter les grosses pluies, eh bien incroyable comme sa ligne de dos est plus belle d’un coup ! Il avait froid… Merci !

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