Equitation classique : la frustration créative

Ceci est ma traduction française d’un article paru le 11/11/14 sur Eurodressage, rédigé par l’excellente Sarah Warne, auprès de laquelle j’ai demandé la permission bien sûr.

Retrouvez ici son génialissime blog. Anglophones, je vous le conseille à 200% : vous y trouverez aussi bien des articles techniques que des chroniques intelligentes et pertinentes.

Retrouvez ici ses papiers pour Eurodressage.

Le concept de frustration créative semble peu approprié lorsqu’on parle de chevaux, mais l’art du dressage est vaste ; et comme tout artiste vous le dira, la frustration est un élément naturel du processus artistique. Colère, rage, égo n’ont aucunement leur place dans le monde du cheval, dans aucun autre domaine d’ailleurs ; en revanche, la frustration est un sentiment que n’importe quel cavalier endurera à un moment donné dans son apprentissage.

Cette frustration peut aussi bien venir de soi-même, elle peut être engendrée par le motard qui passe juste à côté de la piste, causée par le chien assis en plein milieu de la ligne central du manège, ou par ces -4 °C prévu par la météo, cela peut être vous-même frustrant votre entraîneur, ou bien cet agacement quand votre cheval ne comprend rien alors même que vous tirez sur les rênes tout en le talonnant.

La réalité, c’est que la plupart des choses de la vie peuvent être formidables, mais le chemin pour les réaliser est souvent plein de hauts et de bas. Quand vous pensez enfin avoir mis le doigt sur quelque chose, un nouvel obstacle surgit pour vous rappeler que la route est encore longue.

J’ai récemment enduré une période d’intense frustration, car mon cheval avait atteint un pic dans sa progression. Il paraissait fort et sûr de lui au travail et était vraiment avec moi, s’appliquant. Il avait presque l’air de penser “Que puis-je offrir d’autre, maintenant ?“. Bien sûr, la partie frustrante ce n’était pas ça ! Ma frustration venait du fait que ma propre faiblesse devenait l’élément qui nous empêchait d’avancer. Je suis devenue frustrée, car je n’arrivais pas à progresser autant que mon cheval. J’ai entrepris de changer mon corps : en commençant par être plus à même d’aider mon cheval dans sa progression, et deuxièmement, en trouvant de nouveaux moyens de vaincre ces vieilles blessures, que j’avais géré depuis des années.

Pour vous, ça pourrait être une main raide, ou une jambe contractée qui a toujours eu l’air d’être là, mais juste quand vous pensiez avoir réglé le problème, ou tout du moins appris à l’utiliser de manière à faire du bien à votre cheval, voilà qu’on revient à lui tirer la bouche ou bien à lui donner des coups de talons. On a tous notre propre source de frustration, et en tant que cavaliers nous devons apprendre à surpasser cette frustration et canaliser cette énergie pour qu’il en émerge des changements positifs. Elle ne doit pas nous engloutir dans un éternel “Pourquoi je n’y arrive pas ?

Nous vivons tous le stade “Pourquoi je n’y arrive pas ?” à un moment donné. “Pourquoi je n’arrive pas à garder mon épaule gauche en arrière ? Pourquoi je n’arrive pas à relâcher mes jambes ? Pourquoi mon cheval y arrive-t-il avec lui, et pas avec moi ?”

J’ai découvert que l’approche classique de la frustration commence par le fait d’accepter le problème, puis par intégrer le fait qu’on n’atteindra probablement jamais la perfection, mais de décider de tout faire pour s’en rapprocher autant que possible. Le déni ne fait jamais de bien et aussitôt que vous niez l’élément frustrant ou que vous essayez de l’excuser, il vous engloutit. Utilisez plutôt cette énergie dans le bon sens, utilisez-là pour nourrir votre détermination à résoudre ce problème, ou tout du moins, minimisez-le.

La frustration provient aussi souvent de problèmes extérieurs, comme un vent d’orage ou un chien fugueur. Ils peuvent nous rendre terriblement frustrés. Pourtant, ce sont eux qui nous apprennent à prendre les bonnes décisions et donc l’art de l’équitation délicate, en testant notre capacité à connaître nos limites et celles de notre cheval.

Par exemple, je suis énervée contre le chien, mais il ne bougera pas, je dois donc travailler autour de lui, et même l’utiliser comme marqueur de la ligne du centre. De la même manière, c’est un jour orageux, venteux et pluvieux et mon cheval est pratiquement hors de contrôle. Je ne me sens pas en sécurité, peut-être que je devrais descendre et le longer, ou bien demander à quelqu’un de m’aider à longer mon cheval pour qu’il se sente bien malgré ce genre de météo, et ainsi me faciliter les choses.

La frustration de l’entraîneur est naturelle, surtout si vous avez un coach qui croit en vous et connaît vos capacités et celles de votre cheval. Si votre professeur n’est jamais frustré et n’essaye jamais de repousser vos limites, vous devriez vraiment vous poser des questions. Vous dépensez juste des tonnes d’argent pour entendre combien vous avez fière allure sur votre cheval !

Un super entraîneur utilisera cette frustration pour susciter votre intérêt et il vous montrera à quel point il est passionné par votre réussite et celle de votre cheval. Certains disent que le cheval ne ressent pas d’émotions, mais je peux vous assurer que Batialo peut être énervé contre moi, tout comme vous devez le ressentir parfois sur votre propre cheval.

En revanche, vous n’avez pas le droit d’être énervé contre votre cheval, ça n’amènera jamais rien de bon. Si vous sentez la frustration sur le dos de votre cheval, vous feriez bien de vous demander ce que vous avez fait qui fait que votre cheval fait quelque chose qui n’est pas ce que vous vouliez ; et comme votre entraîneur, canaliser tout ça dans une énergie positive, qui vous aidera à comprendre ce qu’il se passe et aidera votre cheval à grandir. Avez-vous utilisé la mauvaise aide ? Avez-vous trop demandé ? Votre message était-il flou et a-t-il semé la confusion chez votre cheval ? La frustration est un bon moyen de vous éperonner pour vous réveiller, mais jamais, au grand jamais, elle ne doit être utilisée pour éperonner votre cheval.

 Sarah Warne

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One thought on “Equitation classique : la frustration créative

  1. C’est en effet un article très intéressant, qui aide à remettre les choses en perspective ! C’est particulièrement agréable de lire cela en rentrant d’une séance d’entrainement qui n’a pas été fort productive, je tâcherai de m’en souvenir.

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