Entretien avec Marie-Laure Guénot, conseillère en agro-écologie équine

Marie-Laure exerce un métier encore naissant dans le milieu équestre francophone. Il est à la fois passionnant et difficile à résumer en quelques phrases ! C’est une experte en hébergement du cheval et en agro-écologie équine : mais attention, elle ne va pas vous expliquer comment construire un boxe. Non, Marie-Laure dessine depuis longtemps des tonnes de Paddocks Paradise, apprenant ainsi à adapter ce mode d’hébergement inventé par Jaime Jackson aux terrains de ses clients. C’est aussi une experte en agroécologie, ainsi qu’en permaculture, et elle a eu l’idée géniale d’appliquer ses précieuses connaissances à l’environnement dans lequel on héberge les chevaux.

L’objectif ? Héberger les chevaux de façon à prendre soin d’eux et de la nature. Créer un milieu favorable à la faune, à la flore, aux sols, pour que tout le monde y trouve son compte. Ce qu’elle nomme désormais “équi-piste” est déjà le présent de nombreux chevaux, et constitue à mes yeux l’avenir de l’hébergement du cheval, qu’il soit de loisir ou de sport.

Marie-Laure gère sa propre pension pour chevaux. Elle offre ses services sur son site web Terres et Chevaux. Elle est également à la tête de l’association Equi-Piste. Elle propose des tonnes de ressources sur Facebook et lors de ses stages. N’hésitez pas à y jeter un œil, ça vaut le détour !

Marie Laure Guénot

“…sans un mode de vie adapté, sans une alimentation qui lui convienne, on ne peut espérer avoir un cheval en bonne santé, bien dans sa tête et dans son corps, apte à donner le meilleur de lui- même.”

D’un Cheval L’autre : Quel est le mode d’hébergement idéal selon toi ? Quelle est la nourriture idéale selon toi ?

Marie-Laure Guénot : Un mode d’hébergement idéal à mes yeux, c’est un mode d’hébergement qui respecte les besoins du trinôme cheval / humain / environnement. A l’heure actuelle, on commence à être assez bien sensibilisés au bien-être équin ; mais on a encore trop souvent du mal à articuler ça avec une perspective plus globale : mon postulat là-dedans, c’est qu’on ne peut espérer avoir des chevaux en bonne santé sur une terre malade, parce que la terre est le support qui rend toute vie possible. C’est la base de ce que j’appelle l’ “agro-écologie équine”. Il est essentiel également de ne pas s’oublier soi-même dans l’envie de “mieux” faire pour ne pas se retrouver vidé par un mode de gestion chronophage et/ou énergivore : que nos chevaux soient bien c’est essentiel, mais cela ne doit pas se faire pas à notre détriment, ni au détriment de quoi que ce soit du reste.

Pour la nourriture, de la même façon, toutes les expériences scientifiques et expérimentales nous le disent : les chevaux sont faits pour manger une grande variété d’herbacées, des plantes diverses, des feuilles et des écorces d’arbres. L’époque où l’on apprenait qu’un cheval doit manger X litres de céréales par jour est révolue ; reste à trouver les moyens, dans tous les domaines équestres, de mettre ces nouvelles dispositions en route, mais le pas est franchi et l’on ne reviendra plus en arrière.

Minéraux en libre service aux écuries du Grand Vallat.

Ces deux éléments sont la base fondamentale de toute gestion positive du cheval : sans un mode de vie adapté, sans une alimentation qui lui convienne, on ne peut espérer avoir un cheval en bonne santé, bien dans sa tête et dans son corps, apte à donner le meilleur de lui- même.

DCA : Le « slow feeding » a le vent en poupe. En quelques mots : pourquoi s’embêter à nourrir avec un filet à foin ? Existe-t-il réellement des « dangers » type problèmes de gencives, cheval qui se coince dedans ou autre ?

Le sacro-saint filet à foin.

Le « slow feeding », que l’on pourrait traduire par « alimentation ralentie », consiste à faire en sorte que les chevaux aient à leur disposition suffisamment de fourrage sec, tout en ne pouvant pas en ingérer de trop grandes quantités à la fois et en évitant le gaspillage. Il s’agit de permettre aux chevaux de s’alimenter d’une façon qui convient à leur système digestif, qui n’est ni celui d’un omnivore ou d’un carnivore, ni celui d’un ruminant.

Concrètement, la manière la plus simple/courante pour nous de mettre cela en œuvre, c’est de leur proposer du foin à volonté en le disposant dans des filets à petites mailles (i.e. entre 4 et 6cm), afin que les chevaux puissent prendre des petites bouchées et les mastiquer correctement pour mieux profiter de leur nourriture (parce que « la digestion commence dans la bouche », comme on dit).

Aire de nourrissage, filets à foins disposés au sol.
Crédits: Marie Laure Guénot.

Actuellement le slow feeding a le vent en poupe et l’on voit naitre toutes sortes d’expérimentations, de systèmes et de montages divers et variés pour ralentir l’ingestion des chevaux. D’après l’expérience que j’en ai (celle de mes écuries + de mes clients), pour profiter des bénéfices du système tout en évitant tout risque de stress, d’irritation de gencives, voire dans certains cas d’usure des incisives (c’est très rare mais ça arrive, oui), il est important de respecter certaines dispositions, parmi lesquelles :

  • autant que possible il faut que les chevaux mangent tête en bas ;
  • le filet doit reposer sur le foin, afin que les chevaux n’aient jamais à forcer sur le filet pour – atteindre le foin ;
  • personnellement, je conseille de n’utiliser que des filets à foin provenant de fabricants spécialisés (éviter les filets de récup’ et les filets vendus par des fabricants généralistes), afin – de garantir une matière adaptée à l’usage ;
  • les filets ne doivent pas ballotter afin que la prise de nourriture soit facile, non stressante, et – pas dangereuse ;
  • la taille des mailles varie en fonction du foin que l’on a : plus il sera fin plus les mailles seront serrées, plus il sera fibreux plus les mailles seront larges, afin qu’il soit facile d’en attraper des brins sans avoir à forcer sur le filet.
La version “roundballer”.

Rappelons également que l’objectif du slow feeding est d’apporter du bien-être aux chevaux, et non un stress supplémentaire : inutile donc de redoubler d’inventivité pour compliquer l’accès au foin… ce n’est pas le but 😉

DCA : La plupart des écuries nourrissent avec des granulés composés de céréales. Qu’en penses-tu ?

Les bons vieux granulés céréaliers à la mélasse.

Aujourd’hui il est clairement démontré que non seulement les céréales ne doivent pas constituer une base alimentaire pour les chevaux, mais qu’en plus, pour les chevaux de sport, le fait de leur distribuer un foin plus riche plutôt que de leur donner des céréales permet de meilleures performances (cf. p.ex. A. Jansson & JE. Lindberg (2012), « A forage-only diet alters the metabolic response of horses in training », in Animal:6, pp. 1939-1946.). Il n’y a donc plus vraiment de raison de distribuer des céréales aux chevaux par habitude, parce qu’ils travaillent ou parce qu’ils ont besoin de reprendre du poids. Il existe en outre maintenant tout un panel d’aliments complémentaires très variés que l’on peut utiliser lorsque tous les apports nutritifs de base de sont pas assurés par le foin et/ou l’herbe, sans nécessairement avoir recours à des aliments à base céréalière.

En fait, l’une des questions qui se pose vraiment à présent quant aux fait de diminuer (voire supprimer) l’apport en céréales, c’est : comment assurer une production de foin adaptée aux équidés en quantité suffisante pour assurer l’alimentation de tous les chevaux de sport du territoire ?

DCA : Peux-tu m’expliquer ce qu’est un Paddock Paradise en quelques lignes ?

Crédits AANCHP

Un Paddock Paradise, c’est un système d’hébergement où l’on cherche à favoriser le mouvement des chevaux en éloignant les ressources les unes des autres (eau, foin, abri, etc.) et en reliant les zones de ressources par des couloirs. Après un ensemble d’observations et d’essais successifs, c’est ce que Jaime Jackson (https://www.jaimejackson.com) a trouvé de plus efficace dans sa pratique, et il a donc développé le concept pour aider les gardiens de chevaux à leur offrir des conditions de vie plus propices à leur bonne santé. Il a cherché surtout, par ce système, à permettre d’éviter le plus possible les pathologies de type fourbure, insulino-résistance, etc.

Le Paddock Paradise est l’un des systèmes possibles pour permettre aux chevaux de marcher autant qu’ils en ont besoin, tout en leur offrant un ensemble de stimulations physiques et cognitives. D’autres systèmes d’hébergement sur pistes sont possibles, que l’on peut regrouper sous l’appellation d’équi-pistes (ce qui a fait l’objet de la création récente de l’association du même nom, cf. http://www.equi-pistes.fr). Le Paddock paradise est un type d’équi-piste parmi d’autres, avec sa spécificité qui est de supprimer totalement l’accès à l’herbe sur pied. Mais il est tout à fait possible d’imaginer toutes sortes d’autres systèmes et notamment d’articuler ce type de dispositif avec du pâturage tournant par exemple, pour profiter des bénéfices qu’il apporte aussi dans la gestion de l’environnement. Tout le cœur de mon travail est là, d’ailleurs : arriver à proposer des systèmes d’hébergement qui répondent aux besoins des chevaux (dont celui, fondamental, de marcher) tout en s’appuyant sur le fonctionnement naturel de l’écosystème dans lequel on se trouve, et en y intégrant le cheval comme un acteur bénéfique à l’environnement. Chaque configuration, chaque réponse sera différente, tous les cas sont uniques 🙂

DCA : Pourquoi les chevaux ont-il ce besoin profond de marcher autant que possible ?

Parce que « Le mouvement est le principe de toute vie », comme dirait Léonard de Vinci 🙂 C’est quelque chose que l’on retrouve partout, y compris dans la philosophie traditionnelle chinoise : sans mouvement, pas de vie.

Donc tout simplement, parce qu’ils sont des êtres vivants et que leur organisme ne peut pas fonctionner correctement sans avoir ce mouvement, qui maintient tout en action. L’ensemble de leur corps est étudié pour vivre en se déplaçant beaucoup ; peut-être que c’est encore plus marqué chez eux que chez d’autres espèces d’ailleurs, mais dans tous les cas, quel animal d’une demi-tonne saurait se maintenir dans un parfait état de santé en vivant dans quelques centaines, voire dizaines de mètres carrés, seul et sans rien à faire ? C’est nous, humains, qui avons progressivement réduit leurs déplacements pour faciliter notre gestion et notre utilisation des chevaux, mais on a par là même engendré toutes sortes de problèmes et de maladies chroniques (tics comportementaux, troubles digestifs, troubles articulaires, etc. : la liste est longue !) qui sont devenus leur lot quotidien, et un « risque acceptable » pour nous. Pourtant, à l’inverse plus on permettra aux chevaux d’assouvir leurs besoins naturels, à commencer par le fait de marcher, plus on les aidera à être en bonne santé : c’est la base, et sans la base, on ne fera que compenser sans cesse des manques fondamentaux.

PP de luxe.
Crédits : Espace équestre les Crins Nature.

DCA : En quoi mettre ses chevaux en équi-piste est mieux que dans une prairie classique ?

Du point de vue du cheval, parce que selon les observations faites jusqu’à présent, cela génère plus facilement davantage de mouvement. On n’a pas encore d’étude suffisamment large et précise à ce sujet, mais l’Association pour le développement des sciences équines (http:// sciencesequines.fr) est en train de procéder à des expériences sur le sujet et on espère avoir bientôt quelques premières réponses à creuser plus avant sur l’influence de tel ou tel dispositif sur le déplacement des chevaux.

Et du point de vue de l’environnement, parce que le cheval est l’herbivore le plus sélectif qu’on ait domestiqué ! Il est impossible de conserver des espaces biologiquement équilibrés en se contentant de laisser les chevaux se débrouiller sans rien faire. Il faut forcément intervenir d’une manière ou d’une autre, et à ce titre, la mise en place d’une équi-piste peut grandement aider à maintenir la biodiversité, voire à la restaurer, sans passer notre temps à corriger les problèmes générés par les chevaux.

Il est bien entendu que l’équi-piste n’est pas la seule façon d’arriver à ce genre de résultat, mais c’est une façon simple et efficace de le faire, et c’est pour cela que ce type d’hébergement est de plus en plus recherché, et par les propriétaires de chevaux, et par les gestionnaires de structures équestres.

DCA : J’entends souvent : « si mon cheval marche toute la journée, cela va ruiner ses performances. » En quoi un mode d’hébergement type équi-piste ou prairie est compatible avec une équitation sportive ?

Non seulement c’est compatible, mais c’est même clairement bénéfique ! Est-ce que les marathoniens restent assis toute la journée pour s’économiser et réserver leur énergie pour les courses ? 😉 Les chevaux de sport sont des athlètes, et à ce titre ils ont besoin à la fois d’un entrainement intensif régulier, mais aussi d’un entretien de fond de leurs capacités physiques.

Le fait pour un cheval de marcher n’est pas un effort, n’est pas « fatigant », c’est simplement la réponse à un besoin pour faire fonctionner son corps normalement, et comment demander à un athlète de réaliser des performances sportives si son corps ne fonctionne pas correctement ?

Par ailleurs, il suffit d’aller demander aux cavaliers de chevaux de sport hébergés en équi-pistes comment ont évolué les performances de leurs chevaux : je ne connais personne qui dira qu’il souhaite revenir en arrière 😉

DCA : La boue : personnellement, c’est le plus gros désagrément que je vois à la vie en prairie. Pourquoi est-ce que personne ne stabilise les sols des prairies, plutôt que de rentrer tous les chevaux en boxe l’hiver ? Est-ce si complexe ?

C’est coûteux d’abord, et c’est aussi administrativement complexe : techniquement, on n’est pas censé modifier la nature d’un sol agricole : sur un sol stabilisé, on ne peut plus guère faire pousser grand-chose… Mais il existe des astuces, des solutions qui permettent de venir à bout des questions budgétaires tout en limitant autant que possible l’impact sur la nature du sol. C’est une question tellement importante que l’on trouve de plus en plus de solutions professionnelles et d’expérimentations intéressantes.

Crédits : Ecovegetal

Tout de même, il reste évident qu’il est plus facile de gérer l’hiver dans une région globalement sèche que dans une région pluvieuse ; à l’inverse se poseront d’autres questions dans les zones sèches, comme celle de la pousse de l’herbe insuffisante par exemple ! Chacun doit apprendre à faire avec les contraintes de son lieu de vie, et l’on a tous des avantages et des inconvénients différents. Cela étant, comme on le dit notamment en permaculture : « La seule limite, c’est notre imagination », autrement dit tout est possible pour trouver des solutions, même dans les situations les plus compliquées, à la condition d’aller chercher au-delà des habitudes et des procédés conventionnels.

DCA : Ok, donc l’équi-piste semble idéale. Maintenant, encore peu d’écuries proposent un tel hébergement. Que conseillerais-tu à un propriétaire qui n’a que l’option prairie en termes d’aménagement/nourriture ?

Grosso modo, plus l’espace sera petit, plus il nécessitera d’investissement au départ pour l’aménager et le protéger, parce que le chargement en chevaux sera proportionnellement plus élevé. La base est d’éloigner les ressources, puis d’habiller le reste de la surface pour inviter au mouvement d’une ressource à une autre ; il n’y a pas que les couloirs qui sont possibles, les solutions seront différentes selon la taille et la forme du terrain (et là, on entre dans l’un des objets de mon travail justement !). Multiplier les accès au fourrage (ou à l’herbe le cas échéant) est essentiel puisque les chevaux passent au moins 15h par jour à se nourrir. Faire en sorte que les chevaux aient de nombreuses sources de confort et de stimulation dans le parc : abris, zones dégagées, dénivelés, grattoirs, surprises ponctuelles, etc. Et selon la surface, réguler l’accès à l’herbe pour protéger les sols et maintenir la biodiversité.

Pour la nourriture, considérer qu’une ration d’herbe ou de foin même à volonté sera nécessairement déséquilibrée, les chevaux ayant besoin d’une multitude d’espèces à leur disposition pour équilibrer spontanément leur alimentation (et accessoirement, ils ont besoin de savoir le faire également, i.e. d’avoir eu l’occasion de l’apprendre). Ensuite, très globalement deux approches semblent possibles : soit l’on considère que la clé est dans la diversité et l’on tâche d’apporter suffisamment de variété pour espérer atteindre un certain équilibre ; soit l’on fait analyser son foin et/ou son herbe et l’on calcule ou on fait calculer par un-e nutritionniste un complément sur mesure en fonction de la base alimentaire d’une part, et du cheval d’autre part. Dans tous les cas, se renseigner sur les besoins alimentaires spécifiques aux chevaux me semble une base indispensable lorsqu’on s’occupe de les nourrir.

DCA : Il y a un sujet qui fait hurler tout le monde : le prix. Beaucoup de propriétaires ont en tête que pension prairie = moins chère. Pourtant, il y a pension prairie et pension prairie. Qu’est-ce qui différencie la traditionnelle pension en pré pas chère, de celle en équi-piste ou bien en prairie à 200 euros voire beaucoup plus (jusqu’à 400 euros autour de Bruxelles) ?

Une pension au pré pas chère, c’est soit une pension dans l’illégalité (en France, ça arrive…), soit une pension avec peu voire pas de services (et peu voire pas de garanties).

Une pension en extérieur qui propose un hébergement étudié pour le bien-être des chevaux (et qui, par là  même, devrait avoir pour conséquence notamment une réduction des frais de vétérinaire par exemple 😉 ), qui apporte une surveillance par des professionnels ayant pris la peine de se former en profondeur aux différents aspects de leur travail (gestion des chevaux, gestion agricole, etc.), qui dans la plupart des cas ne comptent pas leurs heures pour s’occuper de leurs pensionnaires et leur apporter des soins qui bien souvent vont au-delà de ce qui est écrit dans le contrat… ça a un prix. Ça, plus l’achat ou la location des terres, la pose et l’entretien des clôtures, la gestion des prairies, des arbres et des haies, l’achat et l’utilisation du matériel agricole, etc. Autrement dit, il n’est pas forcément moins cher d’entretenir correctement des prairies que de faire des boxes 😉

Un prix élevé pour une pension en extérieur se justifie amplement dès lors que la qualité de la prestation est à la hauteur, et que le cheval se trouve dans des conditions réellement favorables à sa santé et à son confort. Et puis mettons-nous à la place des gestionnaires de pensions : ces personnes ne sont que très rarement bénéficiaires, même à tarif élevé et proportionnellement au travail qu’elles fournissent : on ne fait manifestement pas ça pour s’en mettre plein les poches, on le fait parce qu’on a le goût de bien faire.

Crédits : Marie Laure Guénot.

DCA : Dans la tête de beaucoup de gens, l’équi-piste c’est réservé aux grands propriétaires terriens avec des hectares et des hectares. Que réponds-tu à cela ?

Je réponds que c’est drôle parce qu’on peut aussi entendre exactement l’inverse, i.e. que c’est réservé aux petites surfaces pour les rendre vivables ! Dans un cas comme dans l’autre, ce sont deux généralisations abusives 🙂

J’ai vu de très belles équi-pistes, propres et efficaces, sur quelques dizaines d’ares, tout comme j’ai vu des installations inefficaces sur de grands espaces… et vice versa. Ce qui compte, ce n’est pas la taille du terrain, c’est ce qu’on en fait.

DCA : Si tu avais une devise, laquelle serait-elle ?

« Penser ce qu’on sent ; dire ce qu’on pense ; faire ce qu’on dit. » C’est une phrase de Jean Sur, dont on peut trouver quelques-uns des formidables écrits sur le site https://resurgences.net. Elle m’accompagne sur mon chemin de vie depuis des années déjà, et quoi que je puisse « faire dans ma vie », elle y a toujours trouvé sa place. Jean Sur est un immense écrivain de l’honnêteté et de la bienveillance et je ne ferais qu’une piètre interprétation de cette phrase en tâchant de l’expliquer, je ne peux pas en écrire toute la profondeur en quelques mots, donc je laisse cette phrase pénétrer chacun à sa façon… ou pas ! 🙂

Dans mes activités actuelles, ces quelques mots me rappellent constamment que la première des règles à suivre, c’est celle de l’endroit où l’on se trouve : avant de travailler sur des grands principes, avant de prédire qu’il faudra procéder selon telle ou telle méthode, la toute première chose qu’il fait prendre en considération c’est ce qu’on a sous les yeux, parce que la réalité est toujours pleine de contradictions, de variété, de particularités qui font que l’on ne peut espérer obtenir un même résultat sur deux lieux différents parce que la combinaison sites/chevaux/ humains en présence sera différente. Sur cette base réelle, palpable, je peux mettre mon expérience à profit, relier les éléments entre eux pour trouver une solution qui fonctionne, mais pas sans cela. Sinon je tombe dans la prescription, « Pour obtenir ci, il faut faire comme ça », et on pourra dire tout ce qu’on veut : avec le vivant, ça ne marche pas.

Merci d’avoir lu cet article 🙂

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One thought on “Entretien avec Marie-Laure Guénot, conseillère en agro-écologie équine

  1. Merci pour cet article vraiment instructif et passionnant ! cela fait plaisir de découvrir des méthodes et surtout des personnes qui ont pour objectif ultime de ‘vraiment’ vivre avec la Nature.

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