Entretien avec Audrey Gory, de l’élevage Pemp Heol

Lors des Rencontres de la Cense, j’ai découvert (in real life) des personnalités passionnantes.

Audrey Gory est éleveuse, cavalière, enseignante… C’est elle qui tient l’élevage Pemp Heol, dont vous avez probablement déjà entendu parler sur les réseaux sociaux.

Si vous me connaissez, vous savez que j’aime particulièrement les chevaux de sport. J’ai longtemps baigné dans de l’élevage de compétition orientée dressage, donc je suis assez familière avec ce qu’on y recherche et avec les grandes lignées reconnues. Du côté loisir, je ne suis pas de très près ce qu’il s’y passe.

Sauf dans ce cas précis : Pemp Heol représente à mon sens l’idéal des chevaux de loisir. Ardente partisane du respect du cheval, je ne pouvais pas ignorer la présence d’un élevage où règne le bien-être équin dans son appareil le plus naturel. Chevaux bien dans leurs têtes garantis.

DCA : Peux-tu m’expliquer comment tu as démarré ton élevage, quel est ton parcours professionnel ?

Audrey Gory : J’ai monté en club pendant quelques temps, et à partir du Bac, je me suis demandée ce que j’allais faire. Je suis partie en formation BPJEPS au CEZ de Rambouillet, en me disant que j’allais enseigner, parce que c’était un chemin qui me tentait plutôt bien. J’ai fait 1 an de formation là-bas, et ensuite j’ai enchaîné sur une formation à la Cense, pour passer les BF pour enseigner en éthologie. Ce sont les premières formations diplômantes que j’ai fait. J’ai commencé à travailler à la sortie de la Cense, surtout en travail à pied, en cours particulier. Ensuite, en évoluant un peu, j’ai voulu me former sur la partie éthologie scientifique, et là j’ai enchaîné sur un DU à Rennes, en éthologie, avec les équipes de Martine Hausberger, Léa Lansade, Séverine Henry… En parallèle, j’ai découvert tout ce qui était renforcement positif, au DU on en a beaucoup parlé. J’ai découvert cette façon de faire et je me suis un peu plus penchée là-dessus.

Côté élevage, je pense que tout ce que je fais découle de Mulan (cf. sa première jument), c’est un peu grâce à elle… Je voulais déjà un poulain de Mulan à la base, et ensuite je me suis dit que vraiment ça me plaisait bien… Créer de toutes pièces un poulain certes, mais aussi une relation, et pouvoir les préparer à être de véritables partenaires de vie. Donc j’ai commencé à chercher un peu et je suis tombée sur Tadi. Je voulais un cheval ibérique car ça me plaît beaucoup ! Et je suis tombée sur lui… Il m’a fait complètement craquer ! Après il y a eu des juments à droite à gauche, plutôt typées aztèques. Donc je fais du cheval OC, ce ne sont pas des pleins-papiers. L’idée c’est d’avoir des croisements entre de l’ibérique et du quarter, tout en acceptant des petites touches extérieures. Ce qui me plaît, c’est vraiment la rondeur et le peps de l’ibérique, et le côté un peu plus posé mais en même temps charnu du quarter.

Donc on est sur uniquement du croisement quarter/ibérique ?

En général c’est ça. Après j’en ai 2 ou 3 qui sont hors-croisement quarter/ibérique. J’ai une croisée Soraya par exemple, qui a des tendances ibériques quand même. J’en ai une qui a un peu d’arabe aussi. C’est plus le coup de cœur, la morphologie et le caractère général qui me parle. Je ne peux pas dire que je ne fais que ce croisement-là.

Aujourd’hui, combien as-tu d’étalons ?

J’ai 2 étalons depuis 2 ans maintenant. J’ai gardé le premier fils de Tadi, qui est né à la maison, Digame. Lui c’est un croisement ibérique/quarter, donc typé aztèque. En fait ça n’est pas connu en France, c’est une race mexicaine, donc je ne peux pas dire que je fais de l’aztèque, mais du typé aztèque car je m’inspire de l’origine de la race, mais je ne peux pas avoir les papiers en France car la race n’est pas reconnue. Et en plus, en aztèque au Mexique, ils n’acceptent pas les robes pie. Moi j’aime beaucoup le pie, donc je voulais pouvoir l’intégrer, ainsi que ramener le gène champagne, qui rend doré, qui fait des chevaux un peu différents et qui me plaisait beaucoup.

A propos de la couleur, j’ai cru comprendre que c’était un aspect que tu connaissais très bien.

Ça me plaît ! Après, ça n’est pas le point numéro 1 que je regarde. Ma priorité, c’est d’avoir un cheval super au niveau du mental, qui est posé, capable d’être un peu dynamique mais avec du calme. La couleur, c’est le petit truc en plus, c’est ce qui fait que je craque, et que les gens craquent je pense.  Ça peut être le pie, ça peut être le champagne, ça peut être la raie de mulet avec le gène dun, et les zébrures, ce sont ces choses-là qui rendent les chevaux un peu différents, et qui fait que tout de suite, ça accroche plus.

Comment vivent tes chevaux, tes étalons et tes juments ?

Il y a plus ou moins une saison de monte, mais… C’est pas moi qui la gère ! Donc j’ai deux étalons. Chaque étalon vit dans son harem à l’année. Il y a un étalon pour 4 à 5 juments. Ils sont ensemble au pré. Je surveille, bien sûr, pour voir quand est-ce qu’il y a des périodes de chaleur, de saillie, pour voir quand il y a aura des naissances. L’idée c’est de surveiller mais de laisser faire au maximum. Du coup la saison de reproduction, ce sont eux qui la gèrent ! Généralement c’est en mars, juin, juillet. Si c’est vraiment trop tard je pense que j’interviendrai, pour ne pas avoir de poulain d’hiver, mais ça ne m’est pas arrivée pour le moment. Donc voilà, ils vivent à l’année ensemble, les poulains naissent au milieu du troupeau, l’étalon est là, présent pour l’éducation, le sevrage se fait le plus naturellement possible. Le seul moment où j’interviens, c’est pour que les juments aient des rotations. Tous les 2 ou 3 ans, je vais en séparer par paire, en fonction de ce qu’elles semblent me dire, niveau forme, etc. Pour éviter qu’il y ait une cassure dans la cellule familiale, j’en sépare 2, puis je les réintègre l’année suivante.

Comment se déroule le sevrage chez toi ?

Dans l’idée, les juments sont saillies chaque année, et je laisse faire le naturel : la jument arrête d’allaiter avant les 1 an du poulain, souvent vers 10 mois, car elles commencent à se réserver pour le poulain qui arrive. Du coup, je laisse le poulain se faire sevrer du lait de maman, et à partir de la naissance du frère ou de la sœur, j’estime que c’est le moment de quitter le troupeau. En général ils partent donc à 1 an du troupeau. En parallèle, on travaille les bases de l’éducation : le contact à l’Homme, surtout la confiance, pouvoir les approcher et les gratter partout. En fonction du caractère, on ira plus ou moins vite sur les manipulations. On veut qu’ils puissent marcher en longe, donner les pieds, mettre le licol, monter en van… Juste la base, mais que cela soit fait vraiment dans la confiance.

Pour moi, c’est un peu ça, ta marque de fabrique. Quand on me parle de Pemp Heol, je pense à ces chevaux de couleurs atypiques bien dans leurs têtes. Là, tes premiers poulains ont quel âge ?

Alors les plus grands ne sont pas des poulains de Tadi à vrai dire. Les deux premiers ont donc 5 ans. Sinon les premiers poulains “Tadi”, ils ont 4 ans cette année.

Ils sont déjà dans leurs nouvelles familles ?

Oui ! Il y en a un qui est resté étalon, Digame. Il n’est pas encore débourré, mais travaillé au sol. Je prends le temps pour qu’il puisse se construire. Il sera certainement débourré vers 5 ou 6 ans, on verra. Les autres ne le sont pas encore, donc pour l’instant personne n’est monté. Mais il y en a qui travaillent déjà pas mal à pied, sous forme de jeux, de sorties en extérieur. L’idée c’est de privilégier le mental, de pouvoir avoir des chevaux vraiment confiants avec l’homme, après qu’ils ne sachent pas tout faire c’est important à partir du moment où ils savent que l’Homme est quelque chose de positif et bienveillant.

Et quels sont les retours que tu as des propriétaires ?

Ils sont très bons ! Déjà je suis ravie des productions, des poulains, de ce qu’ils donnent, et des familles que je trouve. J’ai de super familles. J’ai des nouvelles tout le temps, je les vois grandir, j’ai des photos et des vidéos… Je participe de loin à l’évolution, ça me tient à cœur et ça me fait vraiment plaisir. Pour l’instant, je touche du bois, mais je n’ai que de bons retours, ils ont l’air ravis. Je trouve que les couples se sont super bien formés. Ça me fait très plaisir.

Comment choisis-tu tes juments ?

Je fonctionne au coup de cœur, j’ai beaucoup de typées ibériques. Certaines proviennent d’élevage, d’autres non. J’ai deux races espagnoles, j’ai une aztèque, et des croisements… Tout au coup de cœur ! Le plus important reste le coup de cœur. Sinon je ne vois pas l’intérêt…

Peux-tu me parler du travail que tu fais avec Tadi ?

Il vit à l’année avec ses juments, il peut les quitter à n’importe quel moment. Au final ce sont plutôt les filles qui vont l’appeler un peu quand il est en carrière. Il le vit très très bien, il en a même besoin. Il a ce côté commère, ce sont des entiers… Ils ont besoin d’interagir. Il aime bien sortir, travailler, et il me le fait comprendre. De toutes façons quand il ne sort pas assez, il me regarde à l’entrée du pré, en attendant que je vienne… Je peux l’amener par exemple ici, à la Cense, 3 jours entiers, et tout va bien. Quand je vais le ramener, il va faire 2/3 bisous à tout le monde, se rouler, manger directement… C’est naturel, quoi. Certainement que son tempérament y fait quelque chose. Il est très franc, très volontaire et courageux, ça aide. Après il y a aussi de l’éducation. Je l’ai eu à 4 ans et demi, il était déjà très gentil mais il aimait bien se montrer, il aimait bien faire le show. Donc j’ai bossé sur la tranquillité et le calme, et ça s’est fait sans problème. On travaille en licol essentiellement, un peu en cordelette. On peut sortir en extérieur avec des juments, des entiers, il n’y a pas de souci. Faut faire attention, mais comme avec un autre cheval. Globalement, il est vraiment sympa.

Quelle est la fourchette de prix d’un poulain Pemp Heol ?

Entre 2500 € et 5000 €, sachant que d’office, tout est compris jusqu’à 1 an, sevrage tardif, tous les soins, parage, vétos, vermifuges, vaccins, manipulations… Ça dépendra après du caractère, du sexe, de la robe aussi un peu, c’est un ensemble.

Quel type d’hébergement as-tu choisi pour tout ce beau monde ?

Ils sont en paddocks avec piste ! Ils ont quand même accès à l’herbe à l’année avec une piste tout autour, du foin l’hiver, des rotations de parcelle pour bien gérer tout cela.

Quelles activités accueilles-tu dans ta structure ?

J’ai une activité pension en plus, avec Paddock Paradise pour les pensionnaires, j’en ai une quinzaine. J’essaye de développer les stages pour les poulains, pour un travail gentil, tranquille, avec bienveillance, et du renforcement positif. quelques stages extérieurs surviennent parfois aussi, et je donne quelques cours dans le Morbihan.

D’où provient le nom de ton élevage?

Pemp Heol c’est du breton, ça veut dire 5ème soleil. En fait c’est une prophétie maya, ça vient des aztèques. Ça serait la fin d’un monde, le renouveau, ça correspondrait à une période d’élévation des consciences. Ça me parlait, car j’ai l’impression qu’on parle de plus en plus d’un retour au naturel. C’est un sens important à donner à l’élevage ici. Et le mettre en breton pour les racines, quand même…

Est-ce que tu sélectionnes les humains qui viennent pour acheter ?

Ça m’arrive, mais surtout pour les conditions de vie. De toutes façons, je pense que les gens qui viennent acheter un poulain Pemp Heol n’ont pas l’intention de faire carrière en CSO et de les mettre en boxe… Je ne produis pas ça du tout ! Je pense que si toutes les conditions ne sont pas réunies, que la personne ne correspond pas au poulain – car c’est un couple pour la vie – je peux refuser. Je suis responsable, je le fais naître, l’idée c’est qu’ils aient une belle vie. Si je vois que les caractères ne marchent pas, ça m’arrivera de refuser.

C’est vraiment pour du loisir, on peut se faire plaisir sur des petits concours, mais l’idée c’est une belle vie, une belle complicité avec son humain.

 

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