Enseigner avant d’entraîner : quand ton poney ne pige plus rien

Salut la compagnie ! Après des mois d’absence, me revoilà, fraîche, reposée, au taquet pour démarrer un hiver belge comme je les aime : pluvieux, humides, froids.

Après avoir sillonné les routes d’écuries en écuries toute l’année, je peux reprendre un peu de temps pour l’essentiel : mes propres poneys. En leur offrant de nouveau une partie de mon espace cérébral, en évoluant, en apprenant auprès de mon coach, en m’occupant d’eux quotidiennement de nouveau de façon intensive… J’ai réalisé qu’il y a un sujet que je n’avais jamais abordé par écrit, et pourtant je crois que bon nombre d’entre vous vivent ce dilemme difficile à résoudre.

Entraîner ou enseigner ? Ou bien, entraîner et enseigner ? Telle est la question.

Tu es le coach de ton poney

En 2019, pas besoin de s’appeler Jésus pour constater que, même si les choses évoluent positivement, on a encore du mal à intégrer un peu plus de pédagogie équine dans la pratique équestre. Je m’explique : vous, le cavalier, vous êtes d’abord, et avant tout, le guide, le “leader“, l’enseignant de votre cheval.

C’est vous, qui lui apprenez les choses.

Votre prof, votre coach, votre entraîneur, vous apprend les choses. C’est une belle chaîne pédagogique sans fin, mais à chacun de bien connaître sa place pour connaître un apprentissage sans heurts et plein de belles perspectives.

En bref, vous êtes responsable si votre cheval comprend quelque chose à vos demandes, ou s’il ne comprend rien. Ça n’est pas de sa faute, a priori c’est à 80% (chiffre choisi au hasard, aucune étude ne le soutient) de la vôtre, mais pas d’auto flagellation et de culpabilité éhontée ! C’est pas grave, vous aussi, vous apprenez. Mais plus vous apprendrez, plus vous serez enrichi de connaissances et compétences nouvelles, meilleur prof vous serez.

Entraîner et enseigner : même deal ?

Donc on a déjà mentionné le fait qu’en étant responsable des apprentissages de votre cheval, vous êtes en partie responsable :

  • de sa compréhension de l’exercice
  • de la qualité d’exécution de l’exercice
  • de la qualité de la communication
  • de l’amélioration de son fitness émotionnel
  • de sa capacité à appréhender les nouveaux apprentissages (si les précédents se sont produits dans la force et la douleur, les futurs feront peur / si les précédents se sont produits facilement et ont permis au cheval de prendre confiance en lui, en vous, et en son environnement, les futurs apprentissages seront accueillis avec plaisir)

Or, lorsque vous avez envie de monter votre cheval en respectant son petit corps de rêve, vous savez qu’il va falloir lui expliquer comment se tenir. Pour l’avoir déjà répété 100 fois sur ce blog, mais je ne m’en lasse pas donc je vais le redire, votre cheval n’est pas fait pour être monté. A partir du moment que vous posez vos fessiers sur son dos, vous devenez un effort pour lui, et vous vous devez de lui enseigner comment se tenir pour ne pas se faire mal.

Vous voilà donc en quête d’entraîner votre cheval sportivement, quelque soit la discipline vers laquelle vous vous orientez.

C’est là qu’on tombe dans l’erreur archi répandue en équitation, qui consiste à passer de enseigner, progressivement, pas à pas, en décomposant tout… à entraîner comme des guedins, en retirant toute notion de pédagogie et de compréhension, ou en tout cas en la diminuant fortement.

Entraîner sans enseigner = progression en dents de scie

Il arrive souvent (pas dans la majorité des cas mais c’est fréquent) que les formations classiques n’intègrent pas réellement de notion de psychologie équine. D’un pro à un autre, ça sera +- inné, et souvent leur formation privilégie l’entraînement du cheval d’abord. Ceci n’est pas une critique, c’est un constat descriptif pour expliquer un phénomène rencontré par de nombreux cavaliers.

Par conséquent, il arrive souvent qu’en cours, on privilégie plutôt le corps que l’esprit. C’est d’ailleurs ça qui crée chez certains cavaliers un découragement qui les motive à essayer d’autres formes d’équitation ou d’autres approches. Encore une fois, dépendant du coach

On arrive donc à perdre quelques fois la notion de confort/inconfort, de théories de l’apprentissage, de timing, de respect du temps de concentration de l’animal, de pauses (ne serait-ce qu’intellectuelles), de shaping – façonnement du comportement, décomposer un apprentissage en plein de petites étapes… L’humain doit penser à mille choses en même temps, et ça devient difficile d’être à la fois élève et enseignant exactement au même moment.

Alors que se passe-t-il ? La progression se fait, ou ne se fait pas, ou se fait en dents de scie. On prend du recul, et on se dit que le progrès n’est pas réellement là, ou alors instable, fragile, on se blâme, on blâme les autres, on blâme même le cheval parfois.

Alors quoi, faut changer de prof et Parelli doit dominer le monde ?

Que nenni.

Lorsque vous avez une visée d’entraînement sportif, intégrez soigneusement vos compétences d’enseignant dans votre travail…

Enseigner d’abord…

C’est pareil chez les humains. Lorsque vous démarrez un nouveau sport, avant de vous entraîner comme des forcenés, il est judicieux – voire indispensable – d’apprendre comment pratiquer ce sport. Prendre la bonne posture, respecter la forme des mouvements, engager les bons muscles au bon moment, inspirer et expirer en suivant le bon flow, bref… Tout sport contient son lot de technique, et notre cerveau doit se les approprier avant de pouvoir pratiquer intensément sans souci.

A chaque fois que vous voulez intégrer une nouveauté, prenez le temps de l’enseigner comme d’habitude : utilisez les renforcements pendant votre entraînement ! N’ayez pas peur de faire pleuvoir des friandises pour récompenser de gros efforts ou une très bonne foulée. Restez enseignant avant d’être entraîneur.

Gardez un esprit ludique, de jeu, même si vos entraînements sont pris au sérieux. Continuez à décomposer vos demandes, à intégrer des pauses au bon moment, à utiliser la notion de confort / inconfort, à utiliser les 7 jeux… Ça n’est pas parce que vous vous mettez à une discipline classique, que vous devez changer votre façon de faire. Bien au contraire ! Unissez les forces 🙂

Si vous êtes super fort pour améliorer la communication homme-cheval : exploitez cette force pour rendre l’entraînement facile, fluide, et développer sportivement votre cheval dans la joie et la bonne humeur.

Par exemple… Avez-vous pris le temps d’expliquer les divers effets de jambes, de rênes, à l’arrêt avant de le faire au pas ? Puis au trot ? Puis au galop ? Êtes-vous sûrs que votre cheval peut céder les épaules dans les deux sens à l’arrêt avant de chercher à obtenir une belle épaule en dedans ?

Votre cheval est-il capable de galoper sans vous, avant de galoper avec vous dessus ? Est-il capable de donner des déplacements latéraux à pied, avant de les donner avec vous dessus ? Si vous galérez sur un exercice depuis des mois, retournez au sol, réglez-le, puis recommencez en selle.

Puis entraîner !

Une fois seulement qu’un exercice est bien compris, eh ben… C’est pareil que pour le reste. Vous pouvez le développer, améliorer sa qualité puis sa quantité, puis sa difficulté.

Par exemple, votre épaule en dedans peut être tenue sur 3 foulées, puis sur 6, puis sur une demi-longueur de manège, puis sur une longueur entière, puis au trot, puis au galop… Puis quelques foulées sur le cercle, puis un demi-cercle, bref, ainsi de suite…

Mais n’allez pas démarrer vos premières épaules en dedans en espérant que Caramel donne 5 foulées parfaites du premier coup : c’est vous mettre dans une situation où vous êtes tous les deux perdants.

Une fois que vos gammes sont impeccables – et ceci prend beaucoup de temps, alors vous allez pouvoir entraîner plus intensément. Faites attention à ne pas partir sur des bases vacillantes, car vous serez obligés de régresser pour y revenir sans cesse si vous ne résolvez pas le problème une bonne fois pour toutes : est-ce qu’il répond bien à chacune de mes aides ? Est-ce qu’il le fait dans le calme, dans la relaxation ? Est-ce que la réponse est immédiate ? Est-ce que c’est facile ?

Quand le cerveau hacke le corps

Ce qui est assez cool, avec la bonne utilisation des renforcements combiné à un bon entraînement physique, c’est que vous conditionnez le cerveau à mourir d’envie de prendre la bonne posture. Un cheval par exemple très contracté de l’encolure pour régler ce souci assez vite si le R+ intervient dans l’enseignement de la mise en main, de même pour un cheval qui répond mal aux jambes.

Faites attention, cependant, car cette qualité peut causer énormément de tort : par exemple, quelqu’un qui utilise très bien les renforcements, mais qui manque de technique, ou de connaissance biomécanique, pourra conditionner son cheval à se tenir très mal.

Je m’explique : vous pouvez renforcez fortement le cerveau, le récompenser, pour une posture franchement catastrophique sur le long terme. Je le vois tout le temps, aussi en équitation éthologique, j’en ai déjà parlé ici, et ici (flexion verticale).

D’autres exemples :

  • attention au pas espagnol avec le cheval qui laisse les postérieurs derrière (lombaires, thoraciques, parfois même cervicales qui prennent cher)
  • idem avec le trot espagnol, un exercice très très difficile et qui ne devrait pas être exécuté sans un encadrement très précis. On voit trop de cheval le donner en se tenant vraiment très mal…
  • attention aux “passages” qu’on apprend facilement aux chevaux un peu sanguins ou créatifs au sol, s’ils sont enseignés sans notion posturale, et s’ils sont effectués de façon récurrente.
  • idem pour les piaffers…
  • attention également à la qualité de vos reculers, qui peuvent sur le long terme créer des lésions ostéopathiques si pratiqués sans attention portée à l’engagement du dos.
  • les cabrés sont également un bon exemple, pensez plutôt levade.
  • attention à la mise en main de l’avant vers l’arrière (type flexion verticale), qui donne une illusion de cheval qui travaille “bien”

Sur ce, n’oubliez pas : l’enseignement doit être une notion prioritaire, pour assurer un entraînement super cool, super serein, et prometteur 🙂

Photos Zoé Cormerais et Laureline van Overmeir.

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