[DRESSAGE] L’échelle de progression allemande, c’est quoi ?

A vous tous qui souhaitez mêler gymnastique et horsemanship… Vous avez sans doute déjà cherché une trame de conduite vous permettant de travailler en autonomie. Vous avez sans doute réalisé qu’il n’en existe pas tant que ça. En tout cas, la théorisation du “dressage” est à l’image de cette discipline : compliquée. Si on sort des guerres de chapelle, il existe une échelle de progression, allemande à l’origine, qui permet quand même de s’y retrouver facilement. Je tente de vous l’expliquer en des mots simples 🙂

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A quoi ça sert ?

L’échelle de progression, ça sert surtout à prendre le temps de votre cheval ! Eh oui, combien de cavaliers et d’entraîneurs brûlent les étapes, menant leurs chevaux à des crispations et du stress handicapant… En cas de doute, l’échelle permet de vérifier qu’on n’est pas allé trop vite. Et que les difficultés que l’on rencontre sont peut-être simplement dues à ça…

6 points essentiels et interdépendants

L’échelle, ça n’est pas une liste de tâche à cocher ! Chaque point est la fondation du suivant. Ainsi,  la qualité de chaque élément de l’échelle est dépendant du précédent ainsi que du suivant… Aucun rapport donc avec les Self-Assessements de Parelli pour passer ses Levels 😉 ça ressemble plutôt à la formule de Parelli (rapport, respect, impulsion, flexion).

 

L’échelle

1. Correction de la locomotion ou des allures

La correction des allures, c’est la fameuse notion du rythme qui hantera les cavaliers jusqu’à la fin de leurs jours !

Observez votre cheval en prairie… Il se déplace avec un rythme constant, digne d’un métronome (sauf si boiterie ou blessure). En fait, le bon rythme, votre cheval le connaît déjà… C’est vous, cavalier, qui venez désordonner tout ça =) !

Un mauvais rythme est signe d’une crispation, mentale et/ou physique. Prenez le temps de rétablir un bon rythme au sol et en selle avant de demander quoique ce soit, c’est le gage d’un cheval allant vers la relaxation.

Un mauvais rythme c’est :

  • un cheval qui précipite
  • un cheval qui ralentit dans une partie de la piste mais accélère dans l’autre
  • un cheval en déséquilibre

Un bon rythme c’est :

  • un cheval en équilibre
  • un cheval qui conserve la même vitesse
  • un cheval qui évolue sans courir

2. Décontraction

Crédits : Laureline van Overmeir

Une fois un rythme correct établi, on peut espérer obtenir une grande décontraction physique ET psychique du cheval. Cette décontraction s’observe par une souplesse physique globale, une queue relâchée, des oreilles mobiles, une bouche vivante mais sans excès.

Cette décontraction ne s’obtiendra pas aussi facilement d’un cheval à l’autre. L’anatomie, la psychologie du cheval et la façon dont il est entraîné sont les trois facteurs qui détermineront sa relaxation globale.

Tous les bons livres de dressage vous diront aussi que la relaxation dépend aussi… Des conditions de vie ! Plus celles-ci permettent du mouvement et des contacts sociaux, mieux cela ira sous la selle.

Bien sûr, la décontraction sous la selle dépend de l’éducation fournie d’abord à pied, ainsi que du fitness émotionnel global du cheval sans cavalier sur lui =)

Pour amener de la relaxation :

  • faites une VRAIE détente, pendant 20 minutes
  • montez d’abord en extension d’encolure
  • prenez le temps de monter sur des courbes larges
  • récompensez toute amélioration
  • restez positif 🙂
  • sortez tous les jours votre cheval en prairie

3. Contact

Aaah, ce fameux contact… Chaque cheval a besoin d’un contact différent, mais celui-ci doit rester le résultat du moteur… Les fameux postérieurs ! En dressage, on monte de l’arrière vers l’avant. Dans vos mains, vous réceptionnez l’énergie (décontractée, dans un bon rythme) provenant des postérieurs.

Cependant, il ne faut pas avoir peur de tendre les rênes pour que le cheval comprenne quoi faire de cette énergie : c’est comme si vous vouliez tendre un arc ! Il faut deux points de soutien pour y parvenir. Ici, le point d’entrée c’est les postérieurs (vos jambes), et le point de sortie, le contact (vos mains). Vous créez derrière, vous réceptionnez devant.

Chaque cheval aura une “dose” de contact différent, et ce, au cours de toute sa vie ! Certains chevaux aiment en avoir plus pour comprendre au début, d’autres au contraire ont besoin de très peu. Mais le contact ne peut pas être juste sans rythme correct, et sans relaxation.

Dans l’appui…

  • votre cheval vous déséquilibre vers l’avant
  • vous vous crispez pour “tenir” votre cheval
  • vous avez l’impression qu’il tire sur les rênes

Dans le refus du contact…

  • votre cheval se crispe en s’ouvrant
  • il s’enroule
  • vous ne sentez “rien”
  • vous ne parvenez pas à le tendre

Dans le soutien normal…

  • vous êtes bien équilibré sur votre selle
  • vous sentez la bouche
  • vous pouvez changer la hauteur d’encolure sans perdre le contact
  • le contact reste stable dans les transitions

Il y a beaucoup d’images pour définir le contact juste :

  • deux amoureux se prenant la main
  • prendre un oiseau dans la main
  • un élastique fin qui se tend sans se briser
  • une poignée de main ni brusque, ni molle (pas celle de Donald Trump autrement dit)
Ingrid Klimke. Le cheval s’arrondit très bien de la pointe des postérieurs jusqu’au contact.

4. Propulsion

Belle propulsion avec Alizée Froment.

De la même façon que le contact, on pourrait écrire un livre entier dessus… Plus le cheval parvient à se tendre sur ses rênes, plus on peut améliorer sa propulsion vers le haut et l’avant.

Certains chevaux “dansent” naturellement, d’autres traînent des pieds. Les chevaux ne naissent pas égaux en termes de propulsion. La propulsion est le résultat de la force prise dans la croupe, ainsi que dans les abdominaux et le dos : le cheval peut alors se porter beaucoup mieux, allonger ses temps de suspension, et améliorer globalement sa locomotion de base.

Ce qui nuit à la propulsion :

  • une selle inadaptée
  • des maux de dos
  • une alimentation non-adaptée
  • mal aux pieds
  • une encolure bloquée, verrouillée
  • un contact au contraire inexistant, flottant

Une bonne propulsion s’obtient…

  • avec des tonnes de transitions !
  • avec un contact présent

5. Rectitude

Le but de l’équitation, c’est quoi ? Mettre le cheval droit ! En effet, tout comme vous, les chevaux sont dissymétriques. En selle, on va donc travailler sur le long terme de façon à leur rendre une mobilité plus ou moins équivalente des deux côtés.

Il y aura toujours un postérieur plus faible que l’autre, une main où l’incurvation est plus facile, un côté où le contact sera plus franc et l’autre où il sera plus flottant. Je vous recommande les excellents travaux de Pierre Beaupère sur le sujet.

On améliore comment la rectitude ?

  • tout le travail de deux pistes (épaule en dedans, cessions à la jambe, appuyers…)
  • travailler sur de petites courbes
  • le contre-galop ou galop à faux aide à redresser

6. Rassembler

Christian Carde. Crédits : Cheval Savoir.

Votre cheval travaille dans un bon rythme. Il est relaxé sous la selle. Il comprend le contact. Vous avez amélioré sa propulsion, ce qui vous a permis d’aller vers une meilleure rectitude. Désormais, votre cheval est prêt à danser… Piaffer, passage, pirouettes, ces exercices nécessitent des mois de préparation physique rigoureuse.

Ne vous laissez pas berner si l’on vous fait croire que votre cheval peut piaffer et passager alors qu’il n’est pas encore capable de travailler selon les 5 points précédents avec facilité.

Ingrid Klimke.

Sur le long terme, un rassembler forcé ou demandé trop tôt peut avoir des conséquences importantes. Rêvez, mais surtout… Travaillez !

Un mauvais rassembler…

  • est fait dans la contraction
  • on observe alors des fautes de rythme…
  • …un contact rigide et figé…
  • …un cheval qui se vautre sur son avant-main…
  • …et qui perd l’impulsion

Sur le long terme, forcer le rassembler peut amener à de graves lésions musculaires et articulaires.

 

Un bon rassembler…

  • dégage une sensation de fluidité et de souplesse
  • se fait à partir d’un cheval ultra disponible
  • permet de changer l’équilibre du cheval à tout moment
  • permet de conserver une grande impulsion
  • se voit par un contact léger
  • s’observe par un cheval qui s’assied, en élevant l’avant-main

 

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