Doit-on monter à cheval ? Parlons antispécisme

Je vous rassure tout de suite. Je vais faire simple. Je ne vais pas vous culpabiliser, je n’en vois pas l’utilité, je n’en ressens pas le besoin. Je ne vais pas défendre mon avis, je vais simplement l’expliquer. Je vais tenter d’éveiller une réflexion chez vous, qui, si vous êtes cavalier, est importante, si ce n’est indispensable. Je l’adresse à tous, que vous soyez de fervents adeptes du véganisme, ou de grands défenseurs de l’art équestre académique. Ne fuyez pas, si vous grommelez déjà dans votre barbe qu’on vous casse les pieds, avec nos graines et notre bouffe bio. Prenez le temps de lire, d’y réfléchir.

L’une de mes meilleures amies, plongée dans un mémoire basé en grande partie sur l’antispécisme, est profondément torturée par son statut de “cavalière” : elle le remet en question, oscillant entre une haute dose de culpabilité et son amour d’être assise sur le dos de son cheval. Mon inspiration, pour cet article, est venue au travers de nos conversations sur le sujet.

L’antispécisme, c’est aux animaux, ce que le racisme est aux humains : moralement, on devrait considérer tous les animaux de la même façon, quelque soit leur espèce. Ainsi, une poule, sous l’angle antispéciste, devrait se voir offrir la même considération éthique et morale qu’un humain, ou qu’un chien. De mon point de vue, l’antispécisme a de beaux jours devant lui : c’est le futur, c’est le progrès de l’intellect humain, de sa capacité d’empathie envers le vivant, et c’est, je crois, ce qui pourrait améliorer grandement nos sociétés humaines, et leur capacité à améliorer leur environnement.

Si l’on va au bout de la réflexion antispéciste, et qu’on l’applique à notre mode de vie, la logique serait d’adopter un mode de vie végan : on ne consomme plus aucun produit d’origine animal (laine, cuir, oeufs, lait, viande, miel), on ne monte plus à cheval. Je crois qu’il s’agit de l’engagement le plus haut, non pas du plus “extrême“. Cependant, je ne suis, pour ma part, que végétarienne, je limite autant que je peux les produits animaux alimentaires et textiles, mais je monte à cheval.

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Lorsque l’on est cavalier, que l’on est passionné par l’équitation, je crois qu’il est très noble et sain de se poser la question…

Ai-je le droit de monter sur le dos de mon cheval ?

Mon cheval le désire-t-il ? Ai-je le droit de lui imposer, 4 fois par semaine, un entraînement intensif de dressage ? Ai-je le droit de l’utiliser au nom de mon propre plaisir, qui est forcément la motivation première de l’équitation ?

Bien entendu, je n’ai pas de réponse manichéenne à ces questions. La réponse qu’on y offre est le fruit d’une réflexion personnelle, d’une perspective propre, subjective, qui dépend de nos expériences passées et actuelles, des influences que l’on reçoit. Je respecte tout à fait ceux qui font le choix d’arrêter de monter à cheval, qui ne supportent pas d’exiger quelque chose du cheval, de s’imposer à lui, avec leurs erreurs, malgré les instants de bonheur et d’harmonie.

Dressage automnal

Moi-même, pendant de nombreux mois, la pensée me traversaient souvent l’esprit, souvent, après une mauvaise séance où j’avais le sentiment d’aller contre mon cheval. Je n’avais parfois pas du tout l’impression que le bonheur tiré de la séance était partagé, mais que j’étais bien seule. J’ai parfois pleuré de culpabilité pour un geste trop agacé, ou même pour dégager une énergie désagréable, à cause d’une émotion (colère, agacement, frustration…). Il m’est arrivé de culpabiliser des jours, voire des semaines entières. Avec, au fond de moi, une petite voix me disant que je n’avais pas le droit de faire cela, que mes chevaux avaient une valeur bien trop grande à mes yeux pour subir cela. Par “cela”, je n’entends pas de maltraitance… Simplement, une erreur de main, un cri de ma part, des jambes trop dures, des erreurs techniques brouillant la communication, stressant mon cheval. Parfois, c’est même imperceptible pour le regard extérieur. Mais moi, et mon pote poilu, nous le ressentions tous les deux.

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Là, ça va pas, mais alors pas du tout !

Mais j’ai continué à monter. Je ne le regrette pas, même si je regrette ces erreurs nombreuses, et j’en fais encore aujourd’hui. Je suis humaine. Je suis imparfaite. J’apprends tous les jours à améliorer ma technique, mes mains, mes jambes, mon dos, mon mental (surtout celui-là !!), car mon objectif premier, ce Graal suprême, c’est que mon cheval soit content de venir faire du dressage, avec moi. Qu’il en tire les bénéfices physiques, et psychiques, car je suis convaincue qu’ils existent. Les performances ne sont qu’une conséquence de cela.

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J’ai maintenant de moins en moins ces instants de culpabilité. Ils s’éloignent les uns des autres, deviennent rares. Pourquoi ? Car je me suis entourée des bonnes personnes. De professeurs de haute qualité, qui coachent aussi bien la technique, que la tête. En dressage, tout comme en Parelli, mes profs m’aident à comprendre l’impact de mon corps, de mes gestes, et de mes décisions, sur le mental et le corps de mon cheval. Elles clarifient la situation, les erreurs, mais également les réussites. Elles améliorent ma communication avec mes chevaux.

Depuis octobre, à cause d’une problématique structurelle (ma prairie est à 1,5 km d’une piste), j’ai quasiment uniquement fait du dressage, m’octroyant de temps en temps une petite liberté dans le pré. Jamais mes chevaux n’ont été aussi motivés, généreux, voire même déterminés. Je suis la première étonnée, et je vous assure que je n’y aurai pas cru moi-même si on me l’avait prédit. Deux chevaux aux mentalités totalement opposées, aux corps totalement opposés, avec la même motivation, la même générosité, le même besoin de résoudre les puzzles que je leur impose, de la façon la plus douce et la plus éthique possible, je l’espère.

Je continue donc de monter à cheval, car c’est cela qui me fait vibrer. A chaque montoir, à l’instant où je suis installée sur le dos de Trifine, j’ai une sensation de stabilité, de sérénité comparable à celle d’un arbre, chaleureux et réconfortant. Elle m’emmène, j’ai confiance, et pour rien au monde je n’échangerai ce cheval. Quand je m’installe sur Jazon, que je connais absolument par cœur, je ressens son énergie très tonique, vive, parfois instable, mais toujours déterminée, comme un torrent… (ah, c’est marrant ça… En shiatsu, Trif est de l’élément bois, et Jazon, de l’eau !)

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Je continue de monter à cheval, car je constate, dans les faits, que mes chevaux m’attendent chaque jour, qu’ils me donnent d’eux plus que j’aurai jamais demandé ni même espéré, qu’ils sont plus énergiques, plus forts, généreux, toujours à condition que je reste à 200% de mes capacités avec eux. C’est difficile, la motivation baisse parfois, et je ne prends jamais le risque de monter si me sens à 50%. C’est un engagement lourd, difficile, mais le jeu en vaut la chandelle.

La logique théorique voudrait, si je suis ma conscience, mon engagement éthique vis-à-vis des animaux, que j’arrête de monter mes chevaux. En pratique, les faits me prouvent que je peux monter ces deux animaux, en gardant leur mental et leur physique intact. Peut-être que cette vérité, sera fausse pour un autre cheval ! Si je ne parviens pas aux mêmes résultats avec mon prochain cheval, (si 3e cheval il y a), alors je remettrai en jeu cette question, et peut-être, arrêterai-je de monter dessus.

Surtout, ne soyez jamais dogmatique, dans un sens, comme dans l’autre… Mais prenez le temps de vous poser la question.

 

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6 thoughts on “Doit-on monter à cheval ? Parlons antispécisme

  1. Très bel article dans lequel je me retrouve pleinement.
    Je pense que certains végan passent à côté de certaines choses en étant dans l’excès. Le développement personnel qui découle du chemin que tu suis est tellement beau, que ce soit pour le cheval, comme pour toi. Pour ma part, j’ai revu mes priorités. Ce qui compte pour moi est la réelle communication entre nos deux espèces et l’attitude positive de mes chevaux. Le spectaculaire et le travail ne m’intéresse plus avec eux, c’est la force du lien qui nous unie en toute circonstance qui m’apporte réellement du bonheur.

  2. C’est un sujet qui ressort de plus en plus. Je peux comprendre que l’on souhaite laisser les chevaux à leur états naturels et donc ne pas les monter. Après je ne comprends pas les gens qui condamnent les cavaliers en les traitant d’égoïstes. Sans les chevaux, nous n’en serions pas là où nous sommes aujourd’hui…

    Alors oui, aujourd’hui c’est plus un plaisir de monter qu’une nécessitée. Nous avons tant d’autres moyens pour circuler. Mais après, je trouve la démarche plus écologique de partir en balade à cheval sur de longue distance plutôt qu’en Quad….

    Il y a du bon et du mauvais. Certains chevaux ne cherchent qu’à être tranquille dans leur pré et qu’on ne vienne pas les y déloger. D’autres se plaisent dans le travail. Il faut à mon sens savoir écouter. J’essai d’écouter mes grosses au maximum. J’essai parce que comme tu le dis il y a des jours où on est pas au top et du coup, ils subissent…

    Après je pense aussi que l’être humain base tous sur l’échange. Un couple fonctionne seulement si il y a des efforts des deux côtés, en tant que parents nous attendons des choses de nos enfants en échange du fait qu’on prenne soin d’eux, etc… Pour ma part, monter mes grosses une fois de temps en temps en échange d’en prendre soin me paraît être un compromis juste. 🙂

  3. Je ne pense pas que ce soit du spécisme que de faire travailler un cheval. C’est au contraire le traiter exactement de la même façon qu’un humain : un homme (ou une femme) travaille la majeure partie de sa vie (toute sa maturité en fait), afin de gagner de quoi se loger, se nourrir et avoir une retraite. Un animal travaillant 7 heures par semaine en échange de sa nourriture et son espace de vie, ainsi que sa retraite, c’est finalement pas si mal par rapport à la vie d’un humain (en proportion).
    Ce ne serait du spécisme que dans un monde où les humains n’auraient pas à “gagner” leur vie, car il serait alors injuste d’exiger d’un animal qu’il doive, lui, “gagner” sa vie.

    1. Sauf que l’humain le choisit, le cheval, s’il est laissé seul, “sauvage” dirons-nous, se bat de son côté pour s’alimenter. 🙂

  4. Voilà un article très très intéressant. Tu associes le fait de rester à pied au véganisme et même si cela peut être lié, ça ne l’est pas toujours. Dans mon cas avant d’être végane, j’avais déjà cessé de monter à cheval pour différentes raisons. Le véganisme m’a fait me questionner très longuement sur la question mais ça m’a permis aussi de retirer mes oeuillères que j’avais. Ma jument est agacée d’être montée, tenue, etc… Et bien maintenant on fait QUE des balades en liberté !! Ca m’arrive parfois de mettre le cul dessous mais c’est 5 minutes ou juste pendant un changement de parc (et encore c’est exceptionnel). Ne plus monter à cheval ne veut pas dire ne plus rien faire. Nous, on ne monte plus, mais par contre les weekends on se fait des balades de 2 à 3h (voire des randos) sur tout type de terrain, dans différents environnement, et ce à pied. Ma comtoise étant en semi-liberté lors de ces balades/randonnées !

    Je ne pense pas d’ailleurs avoir renoncé au fait de monter à cheval. Je ne pense pas que le fait de monter à cheval est un acte spéciste en soit. Ce qui rend l’acte spéciste c’est l’esprit du cavalier (si le cavalier se dit que c’est normal que le cheval fasse ce qu’on lui demande et subisse ce qu’on lui fait subir, alors c’est spéciste!)

    Merci pour cet article en tout cas !

    1. Merci pour ton commentaire 🙂

      En fait j’ai du mal m’exprimer : certains végans restent à pied, mais j’en connais qui continuent à monter bien sûr. Je ne pense pas qu’il existe de règles toutes rigides et chacun choisit le chemin avec lequel il est en harmonie, à mon sens, dans un respect du vivant. Merci ! 🙂

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