De la sudation équine

Entendu lors d’un cours il y a quelques mois : “j’ai vu un cavalier de dressage travailler dans mon écurie l’autre jour. Son cheval était trempé de sueur, j’étais hyper choquée. Il avait les veines qui ressortaient et il moussait tellement il fournissait de l’effort.”

Cette cavalière, pleine de bonnes intentions pour les chevaux qui l’entourent, est loin de faire figure d’exception. Bien au contraire. J’ai très souvent constaté que de nombreux cavaliers sont vite choqués par la transpiration, par les veines dilatées d’un cheval au travail. En bonne sportive, j’admets que ça me fait toujours un peu bizarre que cela choque, alors je me suis dit qu’on allait en parler !

C’est l’heure de casser quelques idées reçues 😉

1. La transpiration au travail c’est normal

Source : Cheval Savoir

Ne vous avisez pas d’arrêter de travailler dès que votre cheval mouille un peu. Transpirer fait juste partie du processus de thermorégulation normal chez le cheval. Tout comme chez l’humain, l’évaporation de l’eau par la peau permet simplement de refroidir la température du corps, afin de la garder stable. Donc si votre cheval transpire, pas de panique, vous n’êtes pas en train de maltraiter Caramel.

Equisense a écrit un très bon article qui explique tout ce processus, en parlant d’électrolytes, et pourquoi parfois, les chevaux qui transpirent ne semblent pas avoir soif.

Au travail, que se passe-t-il ? Les muscles doivent fournir un effort plus important qu’au repos. Le cœur et les poumons vont suivre afin de fournir les muscles en oxygène ainsi qu’en nutriments. Tout s’accélère afin que le corps puisse réagir correctement. Cette accélération dégage de l’énergie, et cette énergie augmente la chaleur du corps : ainsi, la température va être régulée par le processus de thermorégulation.

2. Les veines qui ressortent, OMG

Droits réservés. Peau de pur-sang et veines apparentes.

Les veines qui ressortent, c’est quoi exactement ? Est-ce même normal ?

En fitness, voire en musculation, on parle énormément de ce phénomène, que généralement les hommes recherchent beaucoup car ça fait… viril. Il s’agit de la congestion musculaire.

Concrètement, lors d’un effort musculaire répété (et même pas forcément un gros effort !), les muscles se gonflent de sang pour effectuer la tâche désirée. Elle permet d’apporter l’oxygène et les nutriments au muscle. Les muscles prennent du volume, les veines chargées de sang vont donc ressortir.

Rien-de-grave. Chez les chevaux de sport, ce phénomène est plus flagrant pour plein de raisons :

  • ils ont souvent la peau plus fine, ce qui augmente la visibilité des veines
  • ils sont souvent moins gras que 90% des chevaux, ce qui réduit le masque du gras entre la peau et le muscle

Si Caramel, poney haflinger trop gras ne montre jamais ses petites veines, c’est probablement parce qu’il bosse pas beaucoup et qu’en plus, il est grassouillet avec une peau épaisse. Si par contre Caramel n°2, KWPN, qui bosse régulièrement, a la veine apparente facile, c’est parce qu’il a une peau très fine et qu’il a naturellement moins tendance à stocker le gras que le précédent.

3. L’écume, normal ou pas ?

Eh ben… Ça dépend ! (lol pas de réponse simple sinon c’est trop facile les gars)

Il y a des chevaux qui écument plus facilement que d’autres, et l’écume est généralement produite dans le cas d’un frottement : le tapis, les rênes, ou les cuisses. Cette étude en parle. Certains chevaux transpireront peu, mais écumeront vite, tandis que d’autres transpireront beaucoup sans écumer.

Encore une fois, ça n’est pas un indicateur très fiable puisque très variable d’un individu à l’autre.

3. Nous ne sommes pas égaux devant la sudation

Les chevaux non plus.

Moi, par exemple, je transpire BEAUCOUP lors de mes trainings à la salle. A niveau égal, j’en connais quelques-unes qui mouillent à peine leur chemise… Quelle injustice.

Certains chevaux vont transpirer plus que d’autres, naturellement, à niveau égal. C’est ainsi. Ce qui doit être surveillé, c’est plutôt sa capacité à récupérer sa respiration ainsi qu’un rythme cardiaque après l’effort. Lorsque vous faites une pause, est-ce que votre cheval met 5, 10, 15, 20 minutes à respirer normalement ? Si vous culpabilisez lorsque Caramel transpire, focalisez vous surtout sur les deux autres facteurs. Ce sont ceux-ci qui révèlent sa capacité à gérer l’effort.

4. Bannir la transpiration, c’est bannir l’évolution physique de votre cheval

Je me doute que là, certains vont criser. Pas grave, j’assume !

Comme chez n’importe quel sportif humain, il est difficile de croire que l’on peut réellement faire évoluer la musculature d’un individu sans jamais aller jusqu’à la sudation. La sudation survient parce que le corps dégage de l’énergie. Cette énergie est essentielle pour sortir le corps de sa zone de confort et donc parvenir à l’améliorer.

Alors attention : je ne dis pas que vous devez faire transpirer votre cheval pour qu’il progresse. Je dis juste que c’est absolument normal et qu’il faut être un doux rêveur pour croire que vous progresserez réellement dans la gymnastique de votre cheval si vous ne voulez pas voir une goutte de sueur.

Typiquement, la plupart des chevaux de loisir sont bien trop gros. Pour éliminer les cellules lipidiques, il y a fort à parier que votre cheval mouillera sa chemise assez conséquemment au début… Non seulement parce que le corps n’est pas habitué à faire fonctionner sa machine (coeur, poumon, muscle), mais parce qu’en plus il est handicapé par plusieurs kilos de trop qui compliquent l’effort.

5. Attention cependant…

Pour clôturer, je me dois d’être sérieuse et responsable et de bien souligner les soucis inhérents à la transpiration.

Un cheval en transpirant, et contrairement à l’humain, perd un certain nombre d’ions – les fameux électrolytes. C’est très loin d’être anodin, puisque cela peut rendre un cheval profondément déshydraté : typiquement, si les cellules ont perdu leur équilibre en ion, le corps fera tout pour le rétablir. Or, si le cheval boit de l’eau normale, non enrichie en électrolytes, le taux des cellules en ion va encore baisser… Donc le cheval n’aura pas soif. Equisense le décrit très bien. Bref, il faudra les utiliser avec parcimonie, puisque cet équilibre en ion est fragile : pas d’abus des électrolytes, mais en donner après une grosse séance n’est pas une mauvaise idée.

Je vous renvoie vers l’article d’Equisense (promis je ne suis pas sponsorisée) qui évoque tous les risques liées à l’hyperthermie globalement.

Sur ce, bon sport à tous !

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2 thoughts on “De la sudation équine

  1. Je ne sais plus où mais j’avais lu quelque part que la mousse était un mauvais signal, le signe que le cheval est face à un effort si important qu’il n’arrive plus à évacuer la chaleur par la transpiration normale.

    1. Tout dépend de quoi, quand, comment. Les chevaux ne produisent que de l’eau, de transpiration, pas de mousse. La mousse surgit quand il y a frottement répétitif et beaucoup d’eau. Certains chevaux auront tendance à mousser s’ils transpirent beaucoup avec un frottement régulier, mais en général ce sont déjà quand ils sortent beaucoup d’eau.
      Il faut regarder au cas par cas. Il est vrai que certains chevaux en produisent car ils transpirent excessivement à cause du stress, et d’autres en produisent un peu en fin de séance plus intense que d’habitude. Ca n’est pas nécessairement un “mauvais” signe, pris individuellement. Il faut toujours regarder l’ensemble des facteurs.

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