Mon cheval m’embarque en longe… Que faire ?

Dans la série “Horsemanship pour les nuls“, j’avais abordé la problématique de l’attrapage de poney frondeur au pré. N’importe quel cavalier digne de ce nom a du courir un jour ou l’autre après la monture qui lui a été attribuée pour la journée. Dans un autre genre, sur le terrain, on a tous été confrontés à un cheval qui traînait tout le monde à pied, en longe. Je ne compte plus les propriétaires qui m’appellent en me disant : “Mon cheval m’embarque en longe…” Aujourd’hui, c’est de ce fameux souci dont on va parler.

Je connais bien le problème, puisque Trifine est l’ultime spécialiste en la matière. J’ai donc longuement exploré les solutions possibles qui s’offrent à nous en cas de treuillage récurrent. Loin de vous offrir une vérité absolue, je vous propose quelques pistes pour améliorer la situation.

Crédits : Laureline van Overmeir.

Un comportement appris…

Dans quel contexte le comportement est-il apparu la première fois ? Cette toute première fois contient en elle l’essentiel des éléments qui vous aideront à régler le problème.

  • réponse par peur : il a eu très peur de quelque chose, et sans réfléchir, il a fui en arrachant tout au passage. Le challenge sera d’améliorer le fitness émotionnel du cheval, sa capacité à gérer ses émotions, tout en améliorant la réponse à la pression.
  • réponse par agacement : avec certains chevaux cerveau gauche, il arrive que par ennui ou agacement, n’aimant pas un exercice donné ou ne souhaitant pas offrir une meilleure réactivité sur le cercle par exemple, ils décident d’embarquer. Le challenge sera d’améliorer le leadership avec ces chevaux, et de se rendre plus intéressant pour qu’ils n’aient plus envie de s’éloigner.
Une bonne démonstration de Trifine qui m’embarque au pas. Crédits : Laureline van Overmeir.
  • réponse par explosion émotionnelle : un cheval qu’on a poussé trop fort dans un exercice donné, qu’importe l’exercice en question, et qu’on a mis en zone rouge peut avoir pour réponse d’arracher la longe pour s’éloigner de toute cette pression qu’il ne parvient pas à gérer. Dans ce cas-là, ça relève plutôt d’une faute d’éducation de la part de l’humain, et le challenge sera de récupérer la confiance.

De la taille et la force du cheval

Dans mon cas, il est tentant de se dire : “en même temps, tu as vu la force qu’a Trifine…”. Oui, c’est vrai, elle pèse 900 kilos et son caractère pèse au moins autant.

Ce qu’il faut bien garder en tête, c’est que même un poney très déterminé peut parfaitement vous trimballer aussi facilement que Trifine me trimballe. Dans un cas de cheval qui arrache la longe, il s’agit quasiment uniquement d’un problème mental… La force spécifique au cheval n’a que peu d’importance. J’ai eu récemment des chevaux entre les mains bien plus légers et petits que Trifine, mais dont la capacité à treuiller était autrement plus impressionnante.

Si vous avez la tête, avec n’importe quel cheval : vous avez le corps.

Gérer la pression : le fitness émotionnel

Serena.
Photo : Laureline van Overmeir.

Un cheval qui embarque de façon récurrente, quelque soit le stimulus déclencheur, est la preuve-même que la réponse à la pression n’est pas acquise à 100%. Qu’on ne s’y méprenne pas : un cheval reste un animal, qui malgré une éducation extrêmement aboutie, peut être amené à ne plus répondre à nos demandes à cause d’un trop plein émotionnel. Cependant, je prends le risque d’affirmer que plus l’éducation est faite avec qualité et rigueur, plus on réduit les chances que cela arrive. Quand bien même un cheval très éduqué serait terrifié par quelque chose, il est tout à fait capable d’exprimer son angoisse sans arracher la longe de son humain. D’ailleurs, la plupart des chevaux réellement éduqués, et correctement éduqués, ont toujours des peurs ! Éduquer un cheval ne veut pas dire le résigner – et donc éteindre ses capacités émotionnelles. En revanche, cela signifie qu’il a appris à gérer ses émotions.

C’est là qu’on peut parler de gestion de la pression, et du fitness émotionnel. Un cheval réellement abouti possède un bon fitness émotionnel : quand il angoisse, il garde les neurones connectées, ce qui lui permet de se maîtriser. Contrairement à un cheval un peu vert, qui monte en pression si fort que la seule façon pour lui de se sentir à l’aise, est de tout arracher, le cheval éduqué est capable de rester “poli”, sécurisé, tout en manifestant quand même son mal-être mental.

Le fitness émotionnel n’est pas valable uniquement pour la peur : on peut aussi parler d’agacement, d’ennui, ou de colère, surtout dans le cas d’un cerveau gauche (big up Trifine). Parlons de ma Trif, tiens : elle n’embarque quasiment jamais par peur. Elle embarque par prise tout à fait consciente de cette décision. Si je propose quelque chose qu’elle n’aime pas, qui l’ennuie, elle attendra le moment opportun pour me trimballer (au pas, de préférence, c’est plus drôle). Dans son cas, mon leadership n’est pas assez fort pour qu’elle prenne sur elle, malgré un léger agacement – par exemple, parce qu’on fait un cercle au trot, et qu’elle n’adore pas ça. C’est un peu comme une gamine qui piquerait une colère parce qu’on la force à manger des épinards, sommes toutes.

Un problème de leadership ?

Trifine, mon challenge leadership du moment. Photo : Laureline van Overmeir

Parfaite transition pour en revenir au fameux leadership… Si votre leadership est impeccable, vous n’avez pas – plus ! – ce genre de souci. Être un bon leader (j’en parlerai dans un prochain article tant je suis horrifiée de certaines choses que je peux lire à ce sujet) ça n’est pas “dominer”, être le “chef de troupeau”, “l’alpha” de votre cheval… Certainement pas ! Le “leader” tel qu’on en parle en Horsemanship, c’est plutôt tel qu’on conçoit un leader humain : quelqu’un de ferme, certes, mais d’inspirant, d’intéressant, de charismatique, que l’on a envie de suivre et que l’on respecte beaucoup également. C’est cela, que vous devez être pour votre cheval.

Avoir un bon leadership, cela veut dire non seulement que votre cheval a envie sincèrement de faire des choses avec vous, mais cela veut aussi dire qu’il a assez de respect pour ne pas vous arracher la longe à la moindre contrariété. Cependant, votre cheval ne sait pas naturellement que ça n’est pas poli de le faire. Lui, il reproduira un comportement qui lui a apporté suffisamment de confort… Il faut donc être assez malin pour faire en sorte que tirer, treuiller, embarquer devienne trop inconfortable pour qu’il ait envie de le refaire – et par le même biais, être assez bon leader pour rendre le reste encore plus confortable, pour que l’envie de treuiller ne lui vienne même plus du tout à l’esprit !

Déconstruire une réponse automatique

Photo : Laureline van Overmeir.

Si vous lisez encore cet article, c’est que vous avez probablement le problème vous-même et que vous ne savez pas comment le régler. Si votre cheval vous a déjà embarqué régulièrement, pensez bien qu’il s’agit maintenant de déconstruire un comportement acquis… Autrement dit, c’est loin d’être facile, mais c’est tout à fait faisable avec un bon suivi.

Rappelez-vous : si votre cheval tire régulièrement, c’est que cela lui apporte plus de confort, que de rester avec vous.

  • la déconstruction de la réponse se fera avec cela en tête ! L’objectif, c’est de rendre la chose difficile facile (ici, mettez la raison pour laquelle votre cheval embarque généralement), et de rendre la chose facile difficile (ici, le fait d’embarquer/d’arracher la longe).
  • si votre cheval vous embarque quand il est sur le cercle : faites attention à ne jamais bouger vers lui sur le cercle, mais bien toujours légèrement en reculant. Cela permettra d’aspirer un peu le cheval à chaque foulée – tandis que si vous longez en marchant vers lui, cela le pousse et l’encouragera à s’éloigner de vous.
Serena, correctement incurvée sur son cercle.
  • longez en vérifiant bien que vous maintenez le pli vers l’intérieur du cercle. Ne laissez pas un cheval tourner complètement contre-incurvé, cage thoracique vers l’intérieur du cercle, nez vers l’extérieur. Cela l’encouragerait aussi à s’éloigner. Pour éviter cela, 2 techniques : soit vous marcher toujours légèrement vers ses postérieurs, afin qu’il les chasse légèrement. Soit vous poussez la zone 3 (la cage thoracique) avec votre stick, tout en maintenant le nez à l’intérieur avec une longe courte, et votre main levée.
Ici, Trifine a une position correcte, sa tête n’est pas complètement à l’extérieur du cercle – mais ça pourrait être bien mieux.

Une règle d’or : ne jamais lâcher !

Ça peut paraître simple dit ainsi. C’est pourtant la première règle à suivre comme si votre vie en dépendait. Je me rappelle de mon premier cours avec Aurélie de Mévius, elle m’avait dit : “je préfère te voir faire du ski nautique dans la piste plutôt que de te voir lâcher cette longe.” Elle a bien raison… Plus vous lâcherez la longe, plus votre cheval renforce ce comportement. Ainsi, si le cheval tire vraiment trop fort pour rester en position, je préfère encore voir mes élèves suivre leur cheval en courant, tout en maintenant la pression sur le nez, jusqu’à que le cheval cède.

Moi, désespérément en train de poursuivre Trifine qui a décidé d’embarquer au galop, cette fois-ci. Crédits : Laureline van Overmeir.

Le schéma de cession à la pression que votre cheval doit apprendre :

Inconfort émotionnel => tirer sur la longe => pression maintenue => céder à la longe => grand confort proche du cavalier, renforcement positif éventuel si cheval vraiment lourd

Le schéma de cession à la pression que votre cheval NE DOIT PAS apprendre :

Inconfort émotionnel => tirer sur la longe => pression disparaît => confort émotionnel loin du cavalier

Quelques conseils pour ne pas lâcher quand votre cheval tire :

  • se mettre en “power position” : à l’instant où votre cheval tire, ayez le réflexe de vous asseoir dans le vide, en gardant vos coudes collés à votre corps. Cela vous donnera plus de force de résistance.
  • travailler avec une longe plus longue pour pouvoir maintenir la pression sur le nez, même à plus grande distance. Si vous longez avec une 3,7 mètres dans une carrière de 20 m x 60 m, bon courage : avec une 7 mètres ou même un lasso, vous pouvez maintenir la pression même avec un cheval qui s’éloigne beaucoup, quitte à le suivre en courant. Ce qui compte : ne pas retirer la pression !
  • ne pas tirer, mais bien résister : si vous tirez la longe vers vous, vous augmentez inutilement la pression, et vous risquez d’empirer la situation, braquant de plus belle votre cheval.
  • longer plutôt avec un licol en corde, qui a sa raison d’être : si votre cheval tire, ça sera bien plus inconfortable qu’avec un licol plat. Dans certains cas extrêmes devenus dangereux, on longera même avec un mors, avec la longe passée en gourmette : ces cas-là doivent rester ponctuels et on prendra l’avis d’un professionnel pour le faire correctement. Il y a aussi une technique qui consiste à passer la longe autour du nez du cheval, de façon à ce que la longe se resserre quand il tire : personnellement, je ne la conseille vraiment pas. Cela peut être extrêmement dangereux, l’os du nez étant très fragile, et un cheval qui tire étant parfois assez déterminé pour se faire mal par la même occasion. Quitte à aller dans l’extrême, je préfère un mors (simple) avec la longe passée en gourmette, qui n’agira vraiment que ponctuellement.
  • si le cheval se tourne de façon à ce que la longe soit de son côté extérieur, par exemple s’il se met à main droite et que votre longe est à sa gauche, essayez de lui faire désengager le postérieur gauche en laissant glisser la longe au-dessus du jarret.

Améliorer le contenu de la séance

Si un cheval tire de façon trop récurrente, il va falloir se pencher sérieusement sur le contenu global de la séance, ainsi que sur votre gestuelle, et sur votre pédagogie. Je reprends mon cas : certes, Trifine a appris très tôt qu’elle pouvait se débarrasser de la pression en arrachant la longe, parce que j’étais clairement incompétente. Toutefois, elle ne l’a plus fait lorsque j’ai commencé à rendre mes séances plus intéressantes pour elle. Puis, lorsque j’ai amené des exercices demandant un leadership plus fort, elle a recommencé à essayer de m’emmener en longe. C’est essentiellement le contenu de la séance qui agit sur ce comportement. Il faut être suivi par un bon professionnel pour vous aider à vous orienter là-dessus, tout en essayant de déconstruire la réponse automatique.

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6 thoughts on “Mon cheval m’embarque en longe… Que faire ?

  1. Ah super article ! J’y reconnais tellement ma jument cerveau gauche 🙂
    Et en effet, ma prof m’a fait passer par les étapes que tu décris :
    – longe de 7m : “donne lui de la longueur, elle en a besoin” – “tiens la longe par le bout”. J’ai appris à donner à ma jument la place dont elle avait besoin pour s’exprimer.
    – “tiens ta position quand elle tire” : s’assoir dans le vide, un pied devant l’autre, et tenir, tenir, tenir …
    Désengager dès qu’elle cédait à la pression, rien qu’une foulée. Rendre le retour au centre hyper agréable : j’aime mon leader.

    Aujourd’hui, nos séances en longe sur le cercle sont un vrai plaisir. Elle prend la distance qu’elle peut selon la taille de la longe, mais ne m’arrache plus les bras même quand elle fait des conneries au bout. Elle a surtout très bien compris que si elle fait ce que je lui demande sans tirer, l’exercice s’arrêtera très vite. Elle pourra donc faire ce qu’elle préfère : ne rien faire ! Et maintenant, ne rien faire en étant à côté de moi est devenu un plaisir partagé <3

  2. De bons conseils ☺ même si personnellement, je travaille mes chevaux en rond de longe mais libres. Je n’utilise pas de longe, pas de pression.
    Je commence par mériter la confiance du cheval avec quelques exercices simples. Mes chevaux répondent à la voix et non à une quelconque pression.
    Le travail en longe est fait en promenade à pieds. Je prends la route, les chemins de randonnée pour apprendre à mes chevaux tout ce qu’il y a dans la vie : voitures, autres animaux, tout ce que l’on rencontre comme le brouillard, boire dans les réserves… Je les ai récupéré à l’état sauvage il y a un an et aujourd’hui, Ganesh accepte que je le monte. Par contre, je n’utilise pas de mors. Je laisse la bouche libre pour qu’il puisse brouter lors des pauses en randonnée.
    J’ai trouvé ton approche très intéressante pour ceux qui travaillent en longe classique.
    Merci. Belle journée à toi.

    1. Merci pour ton commentaire et bravo pour tes réussites.

      Cependant, je préfère souligner qu’à partir du moment où il y a des exercices, il y a toujours une forme de pression. Toutes les façons de faire emploient, d’une façon ou d’une autre, la pression. Même (je dirais même surtout) en liberté. La voix est une pression. La gestuelle, même très discrète, est une pression. L’énergie est une pression. Le mot “pression” est connoté négativement dans nos mondes d’humains. Dans le monde du cheval, tout est énergie, donc tout est pression.

      🙂

  3. Encore un très bon article ! Même si je ne rencontre pas ce problème avec les miennes, cela peut toujours être utile.
    En revanche, j’ai hâte de lire ton article sur le leadership , car c’est vrai que je trouve de tout et n’importe quoi à son sujet, et du coup j’ai un peu de mal à identifier de quoi il s’agit vraiment 😉

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