Cher web équestre, tu me tapes sur le système.

Cher web équestre, tu me tapes sur le système.

La vérité, c’est que je t’aime autant que je te déteste. Parfois, tu es mon meilleur ami. D’ailleurs, grâce à toi, j’ai rencontré des personnes formidables, j’ai eu des discussions passionnantes, et j’ai découvert des praticiens qui m’ont ouvert des portes inimaginables.

Cependant, parfois tu me rend dingue.

Tu révèles rarement le meilleur des gens – c’est dommage, et c’est pas forcément de ta faute. Mais bon sang que c’est agaçant.

Tu as permis aux gens de parler, de s’exprimer, aussi librement que possible, plus facilement que jamais. L’ère de l’information, l’ère du blabla et de ces dizaines de notifications qui rendent obsessionnel pendant un débat compulsif.

Les commentaires, les likes, et les jugements fusent à une vitesse qui dépasse l’entendement. Littéralement.

Je me permets de le dire, car moi-même, je l’ai fait.

Tu vois, tes utilisateurs ont tendance à toujours tout savoir, mieux que les autres, à le dire, et souvent, sans aucune retenue, avec une pointe d’irrespect, de prétention et la plupart du temps, sans expertise véritablement mise à l’épreuve.

Tu me diras : mais enfin, Pauline, c’est ça, la démocratie ! Chacun a le droit de penser librement ce qu’il veut, et de l’exprimer comme bon lui semble.

A ça, je répondrai : mais enfin, cher web équestre, chacun a bien le droit d’exprimer son opinion – en tant que blogueuse, je serais bien culottée de dire aux autres de fermer leurs gueules, alors que moi-même je ne la ferme jamais.
En revanche, il est possible de l’ouvrir, et de mettre un mignon filtre social, qui permet d’exprimer son opinion gentiment, avec respect, dans la bienveillance.

Tu sais pourquoi j’aimerais que les gens soient polis, quand ils appuieront sur “commenter” la prochaine fois ?

Parce que leurs paroles, aussi bénignes paraissent-elles, ont un impact. Sur moi, sur d’autres, souvent sur des gens silencieux. Qui sont un peu paumés dans leur pratique, ou bien qui sont facilement influençables. Qui ne sont pas suffisamment armés pour tirer le vrai du faux, pour ne pas culpabiliser à la moindre catchphrase qui claque. Les dieux de la rhétorique ont de beaux jours devant eux, sur l’Internet du cheval (et pas que).

Et tu sais quoi ? Ça peut renfermer les gens sur eux. Les faire se sentir mal, voire même carrément influencer toute leur pratique équestre, et ça ne va pas toujours forcément les rendre plus heureux, eux, et leurs chevaux. Ça peut aussi leur faire faire de grosses conneries, soit dit en passant.

Oui, parfois c’est chouette, de lire des gens qui ont un bagage et qui savent de quoi ils parlent. Ça permet d’inspirer les autres, de les faire grandir, de leur offrir un nouvel angle d’analyse.

Voilà, on y est, mon ami.

Il y a les échanges desquels résultent une inspiration, une ouverture de nos perspectives, une autre façon de faire et voir les choses.

Et il y a les autres, qui sont trop, beaucoup trop nombreux. Ce sont les échanges où l’on va lyncher quelqu’un, souvent sur base de pas grand-chose. Ceux où l’on va s’acharner contre. Accentuer le négatif. Culpabiliser les autres. S’avancer avec prétention comme étant maître tout-puissant du savoir.

Ceux où l’on va parler, et pas vraiment écouter.

Tu sais, mon cher web équestre… On fait tous des erreurs. On est tous con, à un moment donné. Et on sera probablement débilos encore, encore, et encore. On sera tous celui qui parle sans écouter.

Mais si l’on en prend conscience, que pourrait-il se passer ?

On pourrait améliorer nos échanges, et cesser de culpabiliser, de critiquer, de descendre les autres juste parce qu’on est pas d’accord.

On pourrait aussi grandir en humilité, rester conscient que quelque soit le nombre de connaissances qu’on a accumulé, on ne sait jamais vraiment rien, au fond. Les chevaux savent montrer cela, pourtant. On gagnerait aussi en respect des autres. Ouais, même ceux-là, qui ferrent, ceux-là qui font de la compétition ou d’autres encore qui ne font pas comme on aimerait qu’ils fassent.

Tu sais pourquoi je suis un peu reloue avec ça, là maintenant ?

Parce que je crois fermement qu’on deviendra de véritables Hommes et Femmes de chevaux de grande classe uniquement si l’on sait avoir une attitude positive et bienveillante envers tous les autres. Même ceux qui ont une opinion différente. Pardon, je corrige : SURTOUT ceux qui ont une opinion différente.

Construire des ponts, et pas ériger des murs les uns contre les autres. Le deuxième est d’une facilité désolante ; le premier demande des efforts considérables. J’essaye, je galère, et je tombe plus facilement dans l’envie de casser quelqu’un plutôt que de prendre sur moi et d’essayer de voir les choses du point de vue de l’autre.

Ça commence par le web. Ça commence par se parler gentiment et pas regarder 20 secondes d’une vidéo et dire « pfff, de toutes façons c’est naze ce qu’elle fait, elle. »

En fait non, je corrige, mon cher web équestre : je crois que ça commence par la vraie vie. Le terrain. La pratique. Des heures de bacs à sable, ou des heures de ce que tu veux, mais dehors, avec des chevaux, et des gens de chevaux qui savent de quoi ils parlent. Ni Facebook, ni les forums, ni tous les blogs du monde n’enseigneront aussi bien la vie, que le terrain.

Ce qui est marrant, c’est que souvent c’est ceux qui parlent le plus qui en font le moins. Et qui condamnent des pratiques dont, finalement ils ne savent rien. Ils condamnent sur base d’image, et de ce que leur imaginaire veut bien voir.

Et ce, de tous les côtés. Il y a beaucoup de gens incompétents qui se font un nom sur ta plateforme. Qui deviennent même des “références”, et ça, ça me tue. Parce que les gens ignorants ne peuvent pas toujours différencier les gens compétents de ceux qui font illusion à merveille.

Franchement, c’est vraiment un truc qui m’agace – même si tu as également offert une visibilité magnifique à des gens le méritent. Et c’est là-dessus que j’aimerais me focaliser aujourd’hui.

Alors aujourd’hui, j’aimerais continuer à toujours essayer d’être plus respectueuse quand j’échange sur le web équestre. Je suis humaine, et je me planterai, probablement plus d’une fois. Mais j’essaierai. Et ça serait trop chouette que tout le monde essaie.

Qu’on puisse échanger avec plus d’humilité, et surtout, qu’on passe plus de temps à expérimenter, plutôt qu’à parler, en fait. Ouais en fait, c’est ça. Faudrait qu’on parle moins, et qu’on pratique un peu plus. C’est peut-être ça, la solution… Qui sait. Je sais pas grand chose, finalement.

 

Partager l'article
  •  
  •  

4 thoughts on “Cher web équestre, tu me tapes sur le système.

  1. Je ne peux que valider cet article !
    Etant moi-même blogueuse/youtubeuse équestre, j’essaye de prodiguer des conseils quand je pense en être capable mais j’essaye de ne pas me placer comme la Sainte Parole des cavaliers. Je fais mon possible pour rester humble et enrichir mes connaissances avant de les partager sur le web.
    Evidemment je suis beaucoup de blogs et de groupes sur les réseaux sociaux et comme toi parfois ça me révolte cette façon qu’on certains de dédaigner les autres, de leur cacher dessus et de les écraser. On devrait utiliser ces moyens technologiques pour grandir et échanger dans le respect.

  2. Bonjour, je vous connais pas mais je tiens à vous présenter mes respects pour cet article. C’est vrai qui sommes nous pour porter un jugement sur ce que fait l’autre…Parce qu’il ne fait pas comme un “nouveaux maitres” il est à descendre ? Le plus important n’est il pas de respecter l’intégrité du cheval ? Et alors si pour arriver à un résultat, tout en respectant le cheval, on ne se place comme ci ou comme ça et que l’objectif est atteint il est ou le problème ? Klaus Ferdinand m’aura ouvert les yeux alors que la méthode John LYONS m’a fait découvrir le Horsemanship et pour en fait pratiquer la méthode LA CENSE et tous ça en autodidacte, je n’ai pas de complexe quand je rentre dans un rond de longe, car mon professeur est le cheval et pas celui qui est derrière son clavier et crois tout connaitre ou tout cas il manque cruellement d’humilité. En tous cas je suis d’accord avec cette définition pour éduquer ou ré éduquer les chevaux, il faut avoir “La fermeté d’un maitre d’école, le calme d’un moine, la bienveillance de père”. Respectueusement Patrice

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.