C’est quoi le souci avec la contrainte ?

La contrainte, c’est un mot qui n’a pas bonne pub ces temps-ci. Les raisons semblent évidentes : l’utilisation abusive d’outils coercitifs, l’utilisation maladroite d’outils délicats, la dramatisation de la pression, souvent définie comme étant forcément mauvaise… Faisons le point.

Un fantasme basé sur le fake des réseaux sociaux

Je vais partir de mon expérience afin de soulager certains esprits encombrés. J’ai eu toute une période durant laquelle toute pression me semblait néfaste, et surtout, fortement condamnée par la communauté équestre à laquelle je pensais appartenir. Il semblait y avoir une scission évidente entre deux camps : les gentils, et les méchants. Devinez lesquels utilisent allègrement la pression sans sourciller ? Les méchants, évidemment !

Évidemment, les gentils eux, sont gentils avec leurs chevaux. Ils ne s’empêchent pas de formuler des conseils partout sur les réseaux sociaux, même s’ils n’y connaissent rien. Ils se basent sur une photo pour émettre un jugement implacable. Et surtout, ils se fourrent un énorme doigt dans l’oeil en étant rêveur devant des pros qui relèvent plus du gourou que du formateur, dont ils n’ont généralement rien vu d’autre que leurs réseaux sociaux… Enfin, vous connaissez mon avis sur Internet.

Cessons d’être une ignoble sarcastique. Ce que je veux dire, c’est qu’on est parfois tombé (moi la première) dans une vieille idée pourrie et fausse qu’on pouvait tout faire SANS aucune contrainte, et que la contrainte c’était mal. Arrêtez de baser votre méthodologie sur quelqu’un que vous n’avez jamais vu travailler ! Prenez de l’inspiration, appréciez une réflexion, appropriez-vous des principes ou des outils, mais soyez avant tout vous-même…

La contrainte, c’est la vie

La contrainte, quelque soit sa forme, existera toujours. La vie est faite de contraintes : qu’on soit un humain ou bien un cheval, on les rencontre dans des formes multiples.

Un humain sera confronté :

  • à la contrainte de l’autre, qui est très loin d’être simple à gérer
  • à la contrainte de son propre corps, qui peut changer, évoluer, être douloureux, être fatigué
  • à la contrainte de la société, aux normes et aux diktats culturels, évoluant au fil des générations
  • à la contrainte de la liberté ! Être libre ne signifie en aucun cas ne pas avoir de contrainte…
  • à la contrainte de se nourrir
  • à la contrainte de dormir
  • à la contrainte de se loger
  • à la contrainte de se nourrir
  • à la contrainte de ses propres émotions

Un cheval, lui, sera confronté :

  • à la contrainte de vivre avec un humain qu’il n’a pas choisi (un peu comme vous et votre famille)
  • à vivre dans un endroit qu’il n’a pas choisi (un peu comme vous jusqu’au départ de la cellule familiale, et encore, parfois vous êtes “contraints” par votre travail, ou votre cheval lol)
  • à vivre avec des chevaux qu’il n’a pas choisi (un peu comme votre classe à l’école, ou vos collègues de travail)
  • à faire des activités qu’il n’a pas choisi (comme beaucoup d’humains qui se retrouvent dans un job qu’ils n’ont pas choisi)
  • à ses propres émotions, s’il est né anxieux, ou angoissé, il devra apprendre à gérer ça
  • à son propre physique, certains chevaux ont un corps plus simple que d’autres et je peux vous affirmer que ça n’est pas toujours OK pour eux
  • à subir des tapis de couleurs affreuses et des assortiments de couleurs interdites

Le but aujourd’hui, c’est de vous expliquer que ça n’est pas forcément un problème, toutes ces contraintes.

Apprendre est parfois contraignant…

Parlons rapidement du fameux mâchonnement qui a été si mal interprété et expliqué pendant quelques décennies. Comme beaucoup, on m’a beaucoup dit qu’un cheval qui mâchonne, c’est un cheval qui a compris.

En réalité, un cheval mâchonne pour libérer une forme de tension ou de stress. Ils le font après une interaction qui a généré parfois beaucoup d’énergie, ou des interactions négatives entre eux.

Doit-on donc d’office condamner le mâchonnement, puisqu’il indique qu’il a été précédé d’une tension ou d’un stress ? On ne veut pas que notre cheval soit tendu ou stressé, non ?

Pourtant, ça n’est pas si simple. Tout stress n’est pas nécessairement rejetable !

Serena, correctement incurvée sur son cercle.

 

Comment le cheval apprend-il ?

Le cheval apprend par expérimentation. Contrairement à un humain qui peut apprendre des connaissances, des théories avant d’expérimenter, le cheval apprend directement par son expérience des choses.

Par exemple, aller en concours : si tout ce qui est contenu dans l’expérience “concours” est négatif (transport, stress sur place, pression pendant le warm up), alors le cheval comprend ceci…

  • Concours = transport inconfortable
  • Concours = cavalier stressé et donc stressant
  • Concours = chevaux stressé
  • Concours = pression forte

Conclusion : Concours = Expérience désagréable, stressante, inconfortable = association négative = le cheval n’a pas envie de renouveler l’expérience.

Lorsque vous enseignez quelque chose à un cheval, il va devoir chercher la réponse, et pour ceci, il va devoir se concentrer. Avez-vous déjà constaté, qu’en essayant de résoudre un problème compliqué, vous aviez une forme de tension en vous ? Cette tension de la concentration ?

On peut considérer qu’apprendre peut générer une forme de stress, mais le stress c’est aussi une façon de pousser à l’apprentissage. Parfois, un bon coup de pression de la vie vous offre de très grandes leçons…

La pression est-elle forcément un problème ?

Dans un monde normal et réaliste, votre cheval sera beaucoup plus heureux et épanoui s’il a appris à répondre à la pression. Un cheval qui ne comprend pas ce que signifie cette longe qui effectue une pression dans sa nuque, et à qui ont ne met jamais aucune contrainte parce que quelqu’un avec plein de followers l’a dit sur Instagram, pourrait finir par tirer au renard ou bien par embarquer son cavalier en fonction de sa météo émotionnelle ou des circonstances.

Or, un cheval par-fai-te-ment éduqué à céder à la pression, surtout physique, aura 10 fois plus de facilité à naviguer dans ce monde fait de pressions physiques (licol, longe, parage, ferrure, vétérinaire, piqûre, pratique équestre, etc).

La pression est un problème à partir du moment qu’elle est soit mal utilisée, soit mal expliquée.

La pression pas ou mal expliquée, ça donne ça :

  • un cheval qui est lourd au licol
  • lourd aux jambes
  • tire au renard
  • mou et dur à mettre au trot
  • dur à freiner ou à arrêter
  • qui a une “bouche dure” et qu’on veut enrêner
  • un cheval qui embarque
  • un cheval qui bouscule
  • en gros… L’essentiel des problèmes de comportement sont dus à ça.

La pression (très) mal utilisée, ça donne ça :

  • un cavalier qui finit par en coller une à son cheval (parce que celui-ci n’a jamais appris comment répondre à cette fameuse pression) parce qu’il en a ras-le-bol que celui-ci bouge à la tonte
  • un cavalier qui s’énerve parce que ça fait 1/2 heure qu’il met toute sa force dans ses jambes pour entretenir le trot de son cheval complètement démotivé
  • un cavalier qui colle une tarte à son cheval parce qu’il n’arrête pas de le pousser au pansage
  • un cavalier qui tire d’un coup sans raison sur la bouche de son cheval car il n’en peut plus que son cheval le trimballe dans la carrière
  • un cavalier qui tire pour freiner (en mettant de la force)
  • un cavalier qui enrêne parce que “son cheval ne veut pas se mettre en main”
  • un cavalier en rênes allemandes parce que son cheval “ne veut pas utiliser son dos”

Dans ces cas-ci… C’est une mauvaise utilisation de la contrainte.

Utilisez la contrainte et la pression, mais intelligemment

Penser qu’on a d’office une meilleure relation avec son cheval et/ou qu’on est encore plus éthique quand on ne met aucune contrainte, ça relève de l’utopie. Il y aura toujours une forme d’une contrainte… tout dépend de ce qu’on met derrière ce mot !

Une relation amicale, familiale, romantique implique une forme de contrainte, et c’est normal.

C’est pareil en équitation… Le tout, c’est que les termes de la contrainte/pression soient très clairs et utilisés à bon escient, c’est-à-dire, pour communiquer et transmettre des messages.

Prenons un exemple de message sous forme d’une pression physique :

  1. J’aimerais que mon cheval avance.
  2. Je presse mes jambes doucement autour des flancs du cheval.
  3. Mon cheval reçoit l’information “jambes pressées autour du flanc”
  4. Il donne un pas en avant
  5. Je cède immédiatement la pression atour de ses flancs
  6. Il comprend que la pression se retire quand il donne ce comportement
  7. On répète jusqu’au moment où on doit mettre la pression la plus légère possible pour que le cheval avance.

Ensuite, une fois que cet apprentissage est bien mis en place :

  1. J’aimerais que mon cheval avance.
  2. Je presse doucement les jambes.
  3. Le cheval reçoit le message “J’aimerais que tu partes au pas s’il te plaît.”
  4. Le cheval répond positivement en allant en avant, il est récompensé par le retrait de la pression.

Plus vous additionnez ces messages utilisant la pression, plus vous vous créez un répertoire infini de langage commun…

J’ai encore beaucoup de choses à dire sur la “contrainte”, notamment en utilisant le prisme des horsenalities. Par exemple, un cerveau droit extraverti appréciera que le cadre soit très clair et parfois ferme. Cela lui permettra de se relaxer et de se détendre, à l’image d’un humain émotionnel qui appréciera les choses très structurées et dont les limites sont claires. De même, un cerveau gauche introverti appréciera un humain un peu mordant et provocateur, beaucoup plus intéressant qu’un humain qui s’excuse d’exister à ses yeux. C’est la même chose chez les humains gauche intro… Ceux-là aimeront parfois qu’on leur balance un tacle dans un débat, ça stimulera leur intérêt et ravivera leur envie de participer à la conversation.

Mais je vais m’arrêter là-dessus, c’est déjà beaucoup d’informations à prendre en compte… A la prochaine !

 

2 thoughts on “C’est quoi le souci avec la contrainte ?

  1. Bonjour
    J ‘adore vos articles,toujours clairs et structurés ,intéressants, logiques et bien écrits. Un seul regret : vous êtes trop loin de chez moi ! Mon seul souhait : Continuez !
    Bien cordialement
    Eve

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